AVERTISSEMENT
Il fut un poète, ne manquait pas de quelque talent pour la versification et Voltaire pendant longtemps lui crut du génie ; mais il était pauvre et de plus affligé d'un nom « Baculard » qui prêtait à rire et dont il ne parvint pas à se débarrasser, encore bien qu'il ne signât jamais que de son autre nom : d'Arnaud. Il conçut de bonne heure l'ambition de ne rien écrire qui ne servît à la morale ; et pour ce désavoua ses premiers poèmes, quelques succès qu'ils lui eussent valu, mais. quand tout lui réussissait, une imprudente vanité le dressa contre celui qu'il avait eu pour maître et pour bienfaiteur, et cette faute qui ne lui fut jamais pardonnée suscita contre lui un parti puissant, tenace dans ses mépris et dans ses haines. Il laissa faire et dire et travailla sans repos jusqu'à son dernier jour, méritant d'être qualifié de « Young français », et, le premier des « Romanciers sensibles », faisant pleurer les plus beaux yeux du monde et tous les autres aussi ; mais il gâta ces avantages par une vie d'expédients et d'emprunts, à qui il arriva d'appeler sur lui les sévères curiosités de la Tournelle et du Châtelet ; il garda pourtant un cœur tendre, pitoyable aux malheureux, et il le prouva, en pleine Terreur, quand être pitoyable pouvait conduire à l'échafaud. Tel vécut l'homme dont nous entreprenons de raconter l'histoire.