‹ François-Thomas de Baculard D'ArnaudChapitre 17 sur 63 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

biographie

François Thomas Baculard, que tous ses biographes prénomment sans raison François Thomas Marie (1), naquit à Paris, rue Saint-Sauveur, le 15 septembre 1718 (et non en 1709, comme le prétend Palissot en ses Mémoires Littéraires), de Thomas Baculard, secrétaire du Roy (2), et de dame Marguerite Julie de la Croix, son épouse. Il fut baptisé le 17 (3) en l'Eglise Saint Sauveur, ayant pour parrain son grand-père, François de la Croix, peintre du Roy, demeurant sur la dite paroisse de Saint Sauveur.

Ce Thomas Baculard, père de l'enfant, lorsqu'il mourut à Versailles, le 13 juin 1757, âgé d'environ quatre-vingts ans, fut qualifié Thomas de Baculard, écuyer, sieur d'Arnaud Rousselain. Il appartenait, disent certains, à une vieille famille noble originaire de Venise. Mais Jal avoue n'avoir rien trouvé sur cette ascendance problématique, et nous n'avons pas été plus heureux. Selon d'autres, la famille tirait ses origines du Comtat Venaissin. Renseignement que donnent la Biographie Michaut, le docteur Hoefer, etc.

(1) Le prénom de Marie ne se trouve ni dans son acte de baptême, ni dans son acte de mariage, ni dans son acte de décès. Cf. Jal, Dict. 1872.

(2) Déjà secrétaire du Roy en 1717 (Jal).

(3) Jal dit : le « 7 ». Est-ce le 17 septembre ou le 7 octobre ?

A l'appui de cette hypothèse, on pourrait citer l'abbé J. Pithon-Curt, Histoire de la noblesse du Comté Venaissin, Paris, David jeune et Delormel, mdccxliii, qui, tome I, p. 7, fait mention d'une Marguerite Baculard de la fin du xvi* siècle, demeurant à Mazan, au diocèse de Carpentras, épouse du sieur Pantolin de Salezin et, p. 332, d'une N. Baculard, mariée à Thomas de Cheilus, co-seigneur de Venasque et Saint Didier, sieur de Saint Jean au terroir de Pernes, vers 1640.

Quoi qu'il en soit, le titre de sieur d'Arnaud Rousselain ne marquerait pas pour le secrétaire du Roy une noblesse bien ancienne. On appelait communément sieurs les bourgeois acquéreurs de fiefs.

Qu'on admette cependant ces prétentions de François Thomas à une haute extraction, elles expliqueraient peut-être sa confiance un peu excessive en lui-même. Par ailleurs il tenait de sa mère, dame Marguerite Julie de la Croix, les singularités de son caractère et sa tendance à ne jamais s'inquiéter de gain ni d'épargne. Eût-il, à se mêler de trafics, réussi mieux que son père ? Le sieur d'Arnaud Rousselain n'y avait nullement brillé. C'était, dit Voltaire, « un homme que des affaires, où d'autres s'enrichissent, ont ruiné. » (1)

Cela étant, on conçoit que François Thomas Baculard n'eut pas une enfance très heureuse. Il dut faire assez pauvrement ses études chez les jésuites, au collège d'Harcourt, comme externe. Il y reçut une forte éducation classique ; on rencontre chez lui des souvenirs d'Horace, d'Ovide, de Perse, de Stace, autant que des tragiques grecs. C'était un jeune homme d'une longueur « fantasmagorique » (2), sec et propre, très doux, léger, fort peu timide et capable de toutes les audaces. Quelques biographes assurent qu'il faisait des vers depuis l'âge de neuf ans, mais on ne sait sur quoi ils fondent leur assertion. Toujours est-il que n'ayant pas encore dit adieu aux bancs du collège, il composa trois tragédies, Idoménée, dont il ne se ressouvint que tardivement, Didon, qui fut complètement oubliée, et Coligni, réservé à de plus florissants destins. Dans le

(1) Corr. Beuchot, t. m. 445.

(2) Le Tribunal d'Apollon, Paris an viii, cité par Monsclct, Oubliés et Dédaignés, t. u, p, 165.

BIOGRAPHIE DE BACULARD d'ARNAUD 3

même temps, il ébauchait une comédie, Le Mauvais Riche, Il avait alors quinze ans, il le dit. Il déclare une autre fois qu'il en avait dix-huit. Peu importe.

Bientôt après, élève de philosophie, il allait faire sa réelle entrée dans la littérature au moyen d'une Epître à Voltaire, épître qui fut publiée en une plaquette de douze pages in-12, à la Sphère, avec ce titre :

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