‹ François-Thomas de Baculard D'ArnaudChapitre 21 sur 63 · SON ARRESTATION · texte numérisé non relu

SON ARRESTATION

Paris qu'au jour de son mariage. Le certificat en est signé par sœur Marie Hamelin de Saint Antoine, prieure ; sœur Marie de la Nativité, sous-prieure ; sœur Marie de Marsollier ; sœur de Saint Dominique ; sœur Marie Madelaine de Mornay de Sainte-Agathe, etc. Laissons cela.

On perquisitionna au domicile du sieur Durey d'Harmoncourt de Morsan. Et voici que, non sans surprise peut-être, il y fut découvert des lettres de d'Arnaud. Ce qui s'ensuivit est très simple. Un billet de service fut adressé à M. de Maurepas.

Monsieur,

J'ay l'honeiir de vous rendre comte qu'en conséquence de vos ordres j'ay aretté et conduit à la bastille le s^ d'Arnaud, poëte, pour avoir composé une pièce des plus licentieuse ayant pour titre l'Art de /...

Ce 17 février 1741. Dubut.

Cinq jours plus tard, le 22, M. d'Harmoncourt de Morsan était incarcéré à son tour. Il fut tenu en prison jusqu'au 24 mai suivant. D'Arnaud était déjà libéré depuis le 10. Mais on ne l'avait pas gardé tout ce temps à la Bastille, — non pas qu'on se fût laissé attendrir par l'Epître qu'il y rima pour « Monseigneur Feydau de Morville, lieutenant de police », où se disant

Malheureux comme Ovide et comme lui coupable,

il demandait grâce et montrait que

Louis des mêmes dieux n'apprit qu'à pardonner.

On n'avait pas non plus conçiî des doutes sur sa culpabilité. Non ! Le comte de Maurepas qui suivait l'affaire avec une attention passionnée, ni aucun de ses affidés ne s'abandonnait là-dessus à la moindre hésitation. « Le s' Bacula Darnaud », (ainsi le nomment les papiers qui le concernent alors) était bien toujours détenu comme « l'autheur d'une pièce de vers des plus licentieux et absolument contraire aux bonnes mœurs. » Ce qui fut considéré, c'est qu'il était, au dire de tous, « en état de payer sa pension à Saint Lazare » et qu'on l'eût donc fait inutilement rester à la Bastille. M. de Maurepas en fut d'avis, fit expédier les ordres nécessaires et le transfert à Saint Lazare eut lieu le 8 mars.

BIOGRAPHIE DE BACULARD d'ARNAUD 15

Les parents du prisonnier s'employèrent avec instance à l'en faire sortir et y parvinrent. M. de Morville « signa sa liberté » ; on fit un extrait pour obtenir un « ordre du Roy en forme », tout fut prêt au 10 mai, les portes furent ouvertes. Mais comme si véritablement on avait enfermé Baculard « pour avoir composé l'Art de /... », il avait fallu .en outre qu'il « promît de ne se plus mesler de pareils ouvrages. »

Il aurait fallu aussi, pour satisfaire au règlement, qu'il payât les frais de sa pension en prison ; mais, parce que très loin de ce qu'on avait imaginé, il ne se trouvait pas en état de payer et ne payait pas, on chercha une combinaison.

Une lettre de Daudin prêtre à « Monsieur Brice ». vaut d'être citée :

Je vous prie... de faire venir... et un autre (ordre) p"^ la liberté de M"^ Bacula d'Arnauld sorti aussi en vertu d'un ordre anticippé du 10 may, mais ayés la bonté de faire remarquer que les deux mois moins un jour de la pensi'on du S' Bacula doivent être payés par le gouvernement.

Cette fcttre est du 15 mai. Le 16, réponse à Daudin, prêtre :

« C'est Baculard qui doit payer. »

Il doit. On poursuivra.

Et une pièce postérieure où l'on entame la procédure donne en marge, et d'une autre écriture, l'épilogue de l'affaire ;

« Le Roy payera. »

N'avait-on pas bien travaillé ?

Au fait, s'il ne se fût agi que de ce misérable Ballet sur lequel on faisait tout reposer, il n'y avait d'autre charge contre Baculard que d'être un ami du sieur de Morsan, d'avoir tout au moins échangé des lettres avec lui. Le sieur Dacier, colporteur, n'avait pas été inquiété ; on ne voit pas davantage que l'imprimeur du fâcheux livret, le nommé Osmont, frère du libraire, eût été mis sous les verrous, et l'arrestation de Baculard avait précédé la saisie de sa correspondance. (1)

(1) Année 17il. Baculard d'Arnaud.

19 pièces.

« Parmi ces pièces sont trois paquets, l'un contenant 30 exemplaires de l'Arl de f..., l'autre 19 pièces de Lettres saisies chez lui lors de sa détention, et le 3", 3 pièces coucenjapt le sieur Dacier, colporteur, qui n'a potat été mis à la Bastille. »

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