‹ François-Thomas de Baculard D'ArnaudChapitre 22 sur 63 · SON ARRESTATION · texte numérisé non relu

SON ARRESTATION

Antérieurement, dès le 17, jour de sa prise de corps, d'autres précieux papiers ramassés dans son logement se trouvèrent sans valeur pour l'action poursuivie. C'étaient des « fragmens de Romans ou de pièces pour le Théâtre où, assura la police, il n'y avait rien de remarquable. »

Ainsi nulle preuve, quelque droit peut-être à une présomption dans une affaire qui très possiblement n'était que de façade. Le soupçon en est permis dès à présent. Car on ne parlait pas de Coligni qui aurait motivé plus raisonnablement ces remueménage de geôliers et de sergents ; *de Coligni que Baculard croyait et crut toujours avoir été la cause de son embastillement (1) ; de Coligni dont Voltaire n'était pas l'auteur, mais dont l'esprit de Voltaire n'était pas absent. La police elle-même nous confessera le mot de l'énigme.

Voyez ses rapports. Il n'est pour elle qu'un grief ; elle n'entend punir qu'un délit. Nous donnerons les textes :

« 17 fév. 1741. Le s' Baculard d'Arnaud, auteur d'une pièce indécente, etc. Il était élève de Voltaire. « Signé : « Philypeaux.»

« Bastille, 17 fév. 1741. Papiers du s' Baculard d'Arnaud... Baculard père dud. Darnaud, demeurant à Vincennes et d'Arnaud chés un Procureur, rue du Chevet Saint Landry. Elève de Voltaire. 16 pièces. »

Elève de Voltaire ! C'est pourquoi M. de Maurepas avait en tout cela joué un rôle si actif, et c'est pourquoi Voltaire continua ses subsides, ses conseils et son amitié à Baculard qui se reprit d'un bon cœur à travailler, fit des vers et, pour la mettre au point et l'achever, revint à sa vieille ébauche du Mauvais Riche, laissée de côté depuis le collège. Et il écrivait à Voltaire des lettres, que, — chose toute nouvelle, — on pouvait lire sans se damner à de pénibles déchiffrements. Voltaire l'en complimenta :

Mon cher enfant en Apollon, vous vous avisez donc enfin d'écrire d'une écriture lisible, sur du papier honnêite, de cacheter avec de la cire, et même d'entrer dans quelque détail en écrivant. II faut qu'il

(1) Coligni ou la Saint Barthélemi, tragédie en trois actes et en vers, à Paris, cher la veuve Ducheene, libraire, mdcci.xxx, Avertlsspmwit, v>- 1 : " Cet otjvra^e qu'il composa dans sa première jeunesse (à peine avait-il dix-huit ans) lui valut beaucoup d'applaudissements, foule de critiques et les honneurs de la Bastille. »

Et en note : « Honneur en ce sens est devenu je ne sais trop pourquoi le terme usité ; mais je crois qu'horreur était véritablement le mot propre. )

BIOGRAPHIE DE BACULARD d'ARNAUD 17

se soit fait en vous une bien belle métamorphose ; mais apparemment votre conversion ne durera pas, et vous allez retomber dans votre péché de paresse. N'y retombez pas au moins, quand il s'agira de travailler à votre Mauvais Riche, car j'aime encore mieux votre gloire que vos attentions. J'espère beaucoup de votre plan, et surtout du temps que vous mettez à composer, car depuis trois mois, vous ne m'avez pas fait voir un vers. Sat cito si sat bene.

Inspirée d'une des paraboles que rapporte l'Evangile selon Saint Luc, cette comédie du Mauvais Riche, au sujet de laquelle, nombre d'années plus tard, en 1765, son auteur accusa de plagiat le sieur Bret, auteur d'un drame, le Faux Généreux, traitait du dévouement d'un fils vendant sa liberté pour son père. La situation n'était peut-être plus très neuve quand d'Arnaud l'employa, mais il trouvait néanmoins fort impertinent qu'on la lui eût empruntée sans son consentement. Et pour se faire rendre justice, il publia chez Fréron, dans l'Année Littéraire, à la suite de sa plainte, le fragment ci-dessous de sa pièce, acte second, scène première, sans le faire précéder d'aucun argument, remarquant que « la lecture seule suffira pour l'intelligence du sujet » :

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