MARIN
» S'il faut que cet intrus suborne un témoin et perpétuelle-
(1) Quatrième Mémoire à consulter contre M. Goezman, Juge,... Madame Goezmun et le sieur Bertrand, accusés ; les sieurs Marin, gazctiër ; d'Arnaud Baculard, conseiller d'ambassade, et consorts. Et Réponse ingénue à leurs mémoires, gazettes, lettres courantes, injures et mille et une diffamations.
(2) Bachaumont, vu, 131.
BIOGRAPHIE DE BACULARD d'ARNAUD 55
ment se balance sur l'escarpolette de l'intérêt au point de ne plus savoir ce qu'il affirme ni ce qu'il a dessein de nier, qu'elle lui donne Bertrand.
» Et si quelque auteur infortuné doit servir un jour de conseiller à cette belle ambassade, j'oserais supplier ta divine providence, demande-t-il à Dieu, de permettre qu'il y remplît un rôle si pitoyable, que, bouffi de colère et tout rouge de honte, il fût réduit à se faire à lui-même tous les reproches que la pitié me ferait supprimer. Heureux encore quand une expérience de soixante-quatre ans et demi ne lui aurait pas appris à parler, que cet événement lui apprît au moins à se taire ! donne-moi
Beaumarchais, pour cette question d'âge, avait dû prendre son renseignement dans Palissot, et Palissot l'a trompé. Baculard était alors dans sa cinquante-sixième année. Mais qu'importe ? La flèche avait touché le but. Et combien publiquement ! Six mille exemplaires vendus en trois jours. Baculard jouit là d'une brillante publicité.
Il semble qu'ainsi raillé, montré au doigt et le méritant par des maladresses, des mendicités plus ou moins déguisées, une vie d'expédients, sans ordre, sans dignité, et trop souvent ignorante de délicatesses et de scrupules, François Thomas Baculard d'Arnaud aurait dû voir toutes les portes se fermer devant lui, aurait dû être repoussé de partout et de tous. Ses parents étaient morts à six ans de distance, le père en 1757, la mère en 63. Sûrement il ne s'était jamais attendu à un héritage qui l'enrichirait. Mais l'eussent-ils fait maître d'une fortune, on l'aurait bientôt vu tout aussi dénué qu'auparavant, tant l'argent coulait de ses mains et de celles de sa femme, sans que personne, ni lui-même, ni elle, comprît comment.
Il travaillait toutefois, il fournit un labeur considérable, c'est pourquoi il fut sauvé, garda quand même une certaine surface, un certain rang, conserva d'honnêtes relations —-par exemple avec Delille, — continua à être reçu — par exemple aux vendredis de la comtesse de Beauharnais. C'était là un milieu charmant. Toute la République des Lettres s'y donnait rendezvous. On causait jusqu'à onze heures et demie. Le souper était alors servi, durait peu. A minuit, on rentrait au salon. Dorai présidait. Des lectures commençaient, qui se prolongeaient au