‹ François-Thomas de Baculard D'ArnaudChapitre 33 sur 63 · SES ŒUVRES DIVERSES · texte numérisé non relu

SES ŒUVRES DIVERSES

Depuis sa lettre à Gottsched où il soutenait le droit de la poésie à une pincée de libertinage, il était en littérature devenu un modèle de vertu. Il ne noircissait de papier que pour le plus grand bien de la morale. Sa prose avait toujours été édifiante. Laissez passer le joli sourire des Odes anacréontiques, pas toutes anacréontiques, une d'entre elles est imitée de William Congrève : ses poèmes s'essouflèrent à vouloir élever les âmes, et bien que, selon l'expressioTi de l'Année Littéraire, qui l'en félicite, il y mit « de la fiction et de la machine » (et dès avant la lettre il y en avait dans la Mort du Maréchal de Saxe, il y en eut dans les cinq cents vers A la Nation, il y en aura dans ces autres consécutifs à l'attentat de Damiens, La France sauvée et tous ceux de même haute inspiration), on est bien contraint d'avouer qu'ils n'y gagnaient pas. « Ne forcez pas votre talent », dit La Fontaine. Mais du jour où il avait condamné en bloc ces trois volumes de ses Œuvres diverses, où cependant ne manquaient pas des pages innocentes, quand ce n'eût été que les Divertissements' composés pour les Demoiselles de l'Enfant Jésus et exécutés par elles, il ne se permit plus le plus petit mot pour rire, et, quoi qu'on en pense, faire de l'humanité et de la morale, quand on attend de vous du charme et de la poésie, c'est un remarquable et très sûr moyen d'ennuyer. Son époque se jetait sur les' productions de d'Arnaud. Il y a beau temps qu'on ne le lit plus.

Heureusement encore qu'il n'a pas donné suite à son projet d'un poème épique s'ur Pierre I", où il se fût trouvé en concurrence avec Thomas qui s'occupait également d'une Pétréide. C'est là qu'il aurait eu l'emploi de mainte fiction et d'autant de machine ! Mais la confiance n'était pas pour d'Arnaud. « Il n'y a pas d'apparence, disait Bachaumont, que le moderne Jérémie puisse tenir devant un pareil adversaire. » — « Quoi ! disait d'autre part Marmontel à cet adversaire, d'Arnaud veut mettre sa brouette à côté de votre char. » (1)

Si le nom du moderne Jérémie de celui-là, du brouettier de celui-ci n'a pas péri tout entier, d'Arnaud ne le doit en somme qu'à son théâtre où il eut quelque chose d'un novateur, exerça une influence certaine sur les progrès chez nous de l'Art drama-

(1) Reviie U'Hisloire Littéraire, Juillet-Septembre 1917. Maurice Henriet. CorrcspoïKloncc inédite entre Thomas et Barthe, p. 493.

BIOGRAPHIE DE BACULARD d'aRNAUD 59

tique. C'est un Théâtre très particulier, très personnel. Il y a profit à en étudier les théories et les œuvres-, et nous nous y efforcerons. Mais d'abord achevons avec son auteur.

Doyen des romanciers noirs, ou, comme on l'appelait encore, Ancêtre de la Littérature, nous ne le suivrons pas dans les tristesses et les hontes d'une vieillesse dégradée. A quoi bon l'asseoir à côté de madame Simard, dans le comptoir du caférestaurant dont elle est la très engageante limonadière, à l'entrée de la rue Mouffetard, y amusant de bavardages' les musiciens et les officiers de la 96° et acceptant d'eux, quand ils le lui offrent, un petit verre de liqueur ; ou le montrer, des jours de chance où elle l'y avait invité, s'en allant avec sa femme faire le bon dîner que la chère personne avait cuisiné à leur intention ? Combien ne vaut-il pas mieux, au plus mauvais instant de cette incurable pauvreté, quand plus rien ne se vendait, que les libraires, comme il s'en plaignit, n'avaient plus de clients que pour ces « libelles' à deux sous qui infestent les esprits et les âmes », le voir se reprendre à l'espérance, et, tout joyeux, se persuadant que la fortune enfin lui sourirait, car tout arrive ! s'acheminer du cul de sac Saint Dominique, près la rue d'Enfer, quartier du Luxembourg, où il logeait, ayant tant de fois déménagé (1), vers le Théâtre Français, alors Théâtre de la Nation, et se hâter pour ne pas manquer l'heure de sa répétition.

On allait donc jouer un de ses ouvrages sur une scène qu'on n'aurait pas improvisée, qui ne serait pas éphémère ? Oui-dà. Il ne s'agissait de rien moins que de son Comte de Comminge, avec la distribution suivante :

Le père abbé Naudet

Le Comte Saint-Fal

Le Chevalier d'Orvigni Talma

Religieux Florence

— Dunant

— Gérard

Le frère Euthime Mlle de Garcins

(1) Un de ses derniers domiciles avait été rue des Postes, près l'Estrapade, dans la maison de M. de Fouchy : c'est là qu'en 1783, on souscrivait aux Délassements d'un Homme sensible, qui paraîtraient en six volumes, à raison d'un demi-volume par mois.

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