‹ François-Thomas de Baculard D'ArnaudChapitre 36 sur 63 · CONVENTION NATIONALE · texte numérisé non relu

CONVENTION NATIONALE

Comité 'de Sûreté générale et de Surveillance de la Convention nationale au Citoyen accusateur public près le Tribunal révolutionnaire séant au Palais,

Du 27 Juin 1793, Z'an second de la République française une et indivisible.

Le Comité vous adresse, citoyen, les pièces ci-jointes à la suite desquelles se trouve l'arrêté qu'il a pris contre un nommé

BIOGRAPHIE DE BACULARD d'aRNAUD 65

Mazelier, prévenu d'émigration, et Darnaud et sa femme prévenu (sic) de l'avoir caché. Vous voudrez bien accuser la réception de ces pièces au Comité.

Les membres du Comité de Sûreté générale à la Convention nationale.

Amar, Ingrand,

La Vicomterie.

Nous suivrons le drame ; mais laissons traverser d'un peu de joie ces tristesses, puisqu'il s'y en trouve un peu. Il parvenait des bruits de l'extérieur dansTes geôles révolutionnaires et le prisonnier d'Arnaud fut touché de la bonne nouvelle dont vint à s'égayer sa captivité : la Comédie reprenait Comminge. Le voilà qui aussitôt écrit une lettre. Elle n'est pas fière comme nous l'eussions voulue, montre moins de dignité que de prudence et finalement demande quelque argent. Elle était datée du samedi 30 juin (qui était un dimanche) et adressée

à messieurs

Messieurs les Comédiens de la Nation à Paris.

Messieurs,

J'apprends que vous avés rhonnèteté de donner aujourd'hui une représentation de Comminge. Je né sais si le bruit public vous a fait parvenir la nouvelle de ma situation accablante : je me vois avec ma femme plongé dans une prison (l'abbaye) ; le sujet de ma détention est une accusation qu'on me fait d'avoir donné azile à un émigré, ce qui n'est point et que je vais prouver, vous scaurés comme le public mes moyens de défense et de justification. Je vous suis redevable de quelque bagatelle sur les représentations de Comminge, je vous prierois en ce moment de céder à un mouvement de sensibilité qui sans doute vous portera à suspendre la rentrée de ma dette à votre égard, et à me faire accorder le peu qui me revient sur trois ou quatre dernières représentations de ma pièce. J'ose me flatter que vous réaliserés mes espérances : ce procédé est digne d'une société qui se picque de faire de bonnes actions et vous pouvez compter sur mes sentiments de reconnoissance que j'ajouterai aux sentiments de considération avec lesquels je serai toujours, Messieurs,

Votre très humble

et très obéissant

serviteur d'Arnaud.

P. S. Vous devés sentir qu'il faut que mon état soit pressant pour jne forcer à soUiciter cette marque d'honnêteté de votre part.

66 d'arnaud et le comité révolutionnaire

Cette lettre parvint au Théâtre dès le lendemain, 1" Juillet. Mais ce même jour, d'Arnaud était interrogé. Il a dit qu'il avait été « ruiné par les circonstances. » La pièce 3 lui est relative :

72 ans, détenus depuis plus de 8 jours es prisons de l'Abbaye, etc.

En marge : Soit montré à l'accusateur public.

On a apiiK)&é chez eux les scellés. Même pièce. Rien.

La pièce 5, datée du 13 et de la main de Fouquier-Tinville, nomme d'Arnaud, Brulard d'Arnaud. Elle fait connaître que le comte de Mazellier avait émigré en juillet 1792 et était revenu en novembre.

Le Tribunal accorde par signatirre des trois citoyens Montané, Foucault et Roussillon que les inculpés, pris au corps et arrêtés, soient écroués « sur les registres de la maison d'arrêt dite de l'Abbaye, où ils sont actuellement détenus. »

Tout était en règle, il n'y avait plus qu'à aviser au jugement. Les questions furent posées dans cet ordre :

Pièce 13 :

Est-il constant que Joseph 'Mazelier, âgé de 31 ans, né à Gasteljaloux, département du Lot et Garonne, ci-dev* noble et capitaine de cavalerie dans Royal Piémont, est sorti de France en janV^ et juillet 1792 ?

Est-il rentré en avril et en novembre 1792 ?

Les pièces par luy produites le mettent-ils (sic) dans le cas de l'exception de la loi contre les Emigrés ?

François Thomas Baculard d'Arnaud, âgé de 73 ans, homme de lettres, et Jeanne Antoinette d'Aubrilly, sa femjne, ont-ils reçu Mazelier sous le nom de Linger ?

BIOGRAPHIE DE BACULARD d'aRNAUD 67

D'Arnaud et daubrilly marié (sic) scavaient-ils que Mazelier était un émigré sous le nom de Linger ?

D'Arnaud a-t-il déclaré au Comité de la section qu'un étranger nommé Linger logeait chés lui ?

(Le tout signé :) Montané, présid.

Et à la suite :

La déclaration du juré (1) es-t affirmative sur la première, deuxième et quatrième questions et négative sur la troisième, cinquième et sixième questions.

Ici, pièce 14, du 23 juillet 1793, deuxième de la République, qui est le jour du jugement, intervient le concierge :

« Le citoyen François Baculard d'Arnaud a été conduit, lui, troisième, au Tribunal révolutionnaire et a été réintégré en prison. Quand (sic) aux deux autres, l'un a été mis en liberté (2) et l'autre condamné : c'est pouquoy j'ai gardé l'ordre vers moy, n'en ayant reçu qu'un pour les trois. »

Delavaquerie, concierge.

Mazelier fut exécuté le lendemain, 24. Pour d'Arnaud qui, très poliment et en bon gentilhomme, s'était effacé devant sa femme, quand on les menait juger, les portes de l'Abbaye s'étaient de nouveau refermées sur lui. Somme toute, il se tirait à bon compte de l'affaire : deux mois de détention à courir du jour de son arrestation. C'était pour lui apprendre à faire les déclarations requises et que si la loi veut qu'on affiche des noms à sa porte il n'y a qu'à obéir.

Mais, réintégré, il ne pensait pas sans douleur que Madame Chouchou serait fort embarrassée, tout chez eux étant sous

(î) Le juré. — Nom que porta primitivement le corps des jurés, lors de son institution en 1790. La confusion qui résulta de ce mot identique pour désigner le corps lui-même et les membres qui le composaient, fit bientôt abandonner cette appellation qui fut changée dans la suite en celle de jury. — Boursln et Challamel. Dict. de la Revolat. fr. Paris, Jouvet, 1893.

(2) Antoinette Berger d'Aublgny, femme d'Arnaud, Elle était âgée d'environ 40 ans.

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