‹ François-Thomas de Baculard D'ArnaudChapitre 37 sur 63 · SA MORT · texte numérisé non relu

SA MORT

scellés. Et on ne pouvait les lever, ces scellés, que lui présent ! Aussi, dès que lui furent possibles des réclamations, le 27, il réclama. Un jugement du 29 fit droit à sa requête, il put sortir, assister à l'opération, et fut ensuite rendu aux soins du méticuleux Delavaquerie.

Puis, quand il eut recouvré sa liberté, le pauvre^ homme, que fit-il ? Il reprit sa tâche, et aussi longtemps que la force lui fut conservée de tenir une plume, il n'est tribulations ni ennuis qui le détournèrent de son travail. Il n'avait plus guère à vivre, et, peut-être, faute de monnaie, avait-il dû consentir à un dernier déménagement, s'installer dans le grenier que CoUin de Plancy prête à sa misère, si tant est que le vieillard n'ait plus eu de gîte, pour y mourir qu'un grenier ; mais, dans ce grenier, il ajoutait à ses romans un roman, Lorimon ou l'Homme tel qu'il est, et à Lorimon ou l'Homme tel qu'il est, roman moral, il ajouta encore un autre roman, Eustasia, histoire italienne, en deux volumes, que l'éditeur André publia à Paris, en 1803 !

Ces livres imiprimés, jetés dans le public, quels rêves l'occupèrent ?... Ce ne fut qu'à l'automne de 1805, qu'il mourut — à trois heures du matin — le 9 novembre, 18 brumaire an XIV, dans son logement, quai de rEkx)Ie, numéro 20. Il était âgé de 87 ans et non de 88 ans passés, comme le porte par erreur son acte mortuaire, sur déclaration de Dominique- Antoine-Esprit, le fils du défunt. On était peu fixé. Un frère du poète, le général* d'Arnaud, lui donnait 90 ans. Les titres et qualités rapportées de Saxe avaient disparu dans la Tourmente. Le papier municipal se borne à qualifier le mort, homme de lettres. En revanche, il attribue à la veuve Antoinette Berger d'Aubigny un premier prénom de Jeanne que nous avons déjà rencontré au procès Mazelier, mais qui ne figurait pas sur l'acte de son mariage. Que si maintenant on s'inquiète de savoir quels secours avaient aidé François Thomas à durer jusque-là, nous rappellerons qu'il émargeait au Ministère de l'Intérieur (fonds des Savants, des Gens de lettres et des Artistes.) Fâcheusement cela périssait avec lui. Son fils, bientôt quadragénaire, avait un emploi, était commis à la marine. Mais qu'adviendrait-il de la veuve ? Achèverait-elle sa vie dans un absolu dénuement ?

BIOGRAPHIE DE BACULARD d'ARNAUD 69

Le gouvernement impérial ne le voulut pas. La preuve en est aux Archives :

A F. IV. 213, 1338, n° 6 — 8 Juillet 1806.

1° D'Arnaud Baculard (Mad") veuve de M. d'Arnaud Baculard, homme de lettres pour une pension de quatre cents francs (f" 1). Signé :

Napoléon.

C'était quelque chose, alors, que quatre cents francs. Et cette décision que l'Empire avait prise, se justifie amplement si l'on regarde l'œuvre plus que la vie de Baculard d'Arnaud et que, laissant de côté les méchancetés et les calomnies dont ses ennemis ne se firent jamais faute, on prenne en considération de quelle sincérité étaient pleines ses pitiés et ses tendresses, et combien ses écrits, tant de fois et par tant d'écrivains pillés et imités, éveillèrent chez nous de compassion pour les malheureux, et, traduits à l'étranger, continuèrent, hors de nos frontières, la bonne renommée et servirent efficacement l'expansion des Lettres françaises.

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