CHAPITRE III
De Colign); à Mérinuul
Bien qu'il les écrivit pour le théâtre et que rien ne s'y trouvât de nature à en rendre impossible la représentation, d'Arnaud plutôt que de solliciter, comme il dit, les honneurs de la scène française, faisait imprimer ses pièces qui d'ailleurs se vendaient fort joliment. Une édition suivait l'autre au contentement des libraires et de l'auteur. Cependant, comme des personnes s'étonnaient de son peu d'empressement à se faire jouer, il se défendit en ces termes : « La faiblesse de mes talens, mon aversion insurmontable pour tout ce qui exige la moindre souplesse, une âme aisée à décourager, parce qu'elle est frappée d'une cruelle vérité, que sans l'intrigue on ne fait point un pas dans aucun chemin ; ma connaissance des hommes et peut-être mon dégoût de la société, que je crois fondé, l'incertitude où je serois de réussir sur le théâtre de la Nation, enfin les délais éternels auxquels il faut se soumettre pour parvenir à être représenté : voilà ce qui jusqu'à présent a pu m'arrêter » (1). Ces délais éternels surtout, car il insiste dans une note, disant : « Un Homme de lettres, pressé de jouir, est quelquefois obligé d'attendre cinq ou six ans »... Et si cet Homme de lettres, pressé de jouir, n'est pas lui, on pourrait du moins s'y tromper.
Bref, il imprimait ses pièces. Nous les prendrons dans l'ordre de leur publication.
COLIGNY ou LA SAINT BARTHELEMY
La scène est au Louvre. La pièce commence au déclin du jour et finit dans la nuit.
(1) Préface de Mérinval, Paris, 1780, p. 15.
96 DE COLIGNY A MÉRINVAL
L'exposition se fait par un premier personnage, Hamilton, curé de Saint-Côme (mis là, nous fait-on charitablement savoir, en bas de page, à la place du Cardinal de Lorraine qu'un reste de préjugé, dans le temps où l'ouvrage fut composé, n'avait pas permis d'introduire sous son nom). Poussé par une ambition qui ne va pas à moins que la tiare, ce prêtre a gagné l'esprit de la Reine-mère ; le meurtre de l'amiral, la perte des protestants sont choses décidées ; ce sera lui le meneur du jeu sanglant. Il n'en attend plus que l'heure. Il n'a pas à l'attendre longtemps. Voici que viennent Bême, les autres chefs de la conspiration,
Gondy, Nevers, Bussy, Tavanne et Des Adrets. Et c'est la distribution des poignards, le serment sur l'autel.
Nevers.
Dieu qui nous connoissez, nous jurons à genoux De vivre, de combattre et de mourir pour vous I De la divinité la foudre est le partage... Montrez-vous Dieu, tonnez et brisez cet ouvrage Indigne de la main qui daigna le former : De l'esprit des martyrs venez nous animer ; Parmi ses saints vengeius que la France nous nomme, Et n'ayons de parents que les amis de Rome.