‹ François-Thomas de Baculard D'ArnaudChapitre 42 sur 63 · COLIGNY OU LA SAINT BARTHÉLÉMY · texte numérisé non relu

COLIGNY OU LA SAINT BARTHÉLÉMY

Ils font comme ils ont dit. Le crime est consommé, et dans le désordre de la nuit, résolus à sauver du moins Coligny qui, se fiant aux traités et ne pouvant croire à une trahison, n'avait pas quitté le Louvre, deux de ses Protestants, Marsillac, Lavardin, se sont frayé un chemin jusqu'au palais. Ce qui se passe, ils le disent à l'amiral, ils le pressent de fuir.

Fuyez, tout vous l'ordonne ; "^ ez, mon'sieur, vivez, et laissez-nous périr.

Coligny n'en fera rien. — Etes-vous donc les seuls qui sachiez mourir ? leur demande-t-il. Il défendra son peuple, il appartient à ses serments.

Marsillac.

Eh ! quels sont ces sermens quand Charles et la Reine, Après l'avoir formée en ont brisé la chaîne ? A qui tiendrdez-vous votre parole ?

Coligny.

A moi.

De moi-même garant, je m'engageai ma foi ; Et Coligny, toujours à la vertu fidèle, Ne prend pas pour exemple un coupable modèle. Je cours à Médicis...

Lavardin.

C'est courir à la mort.

Coligny.

Que je sauve ce peuple et je bénis mon sort I

Lavardin.

Et pour qui vivroit-il, si vous perdez la vie ?

Coligny.

Pour vous, en qui le ciel lui laisse sa Patrie. Je revivrai dans vous... Marsillac, Lavardin, Adieu...

La scène un peu trop lente d'abord s'est échauffée. Jusqu'à la fin de l'acte, quand aux lieutenants de l'amiral se sont joints Téligny, son gendre, et quelques autres, tous entrés les armes à la main, des armes rouges du sang versé, et qu'ils

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redoublent leurs prières, les beaux vers héroïques se répondent, se croisent, bien en situation. Mais, plutôt que de fuir le danger, Coligny hardiment veut obtenir de la Reine qu'elle mette fin sur le champ à la tuerie exécrable et révoque ses ordres. Il ne l'obtient pas. Elle le fait arrêter, elle le livre aux conjurés. Le voilà en leur présence. Voltaire au second chant de la Henriade a retracé ce tableau :

A cet air vénérable, à cet auguste aspect, Les meurtriers surpris sont saisis de respect ; Une force inconnue a suspendu leur rage : Compagnons, leur dit-il, achevez votre ouvrage...

Qu'ils frappent, ils n'ont rien à craindre.

Ma vie est peu de chose...

J'eusse aimé mieux la perdre en combattant pour vous.

Ces tigres à ces mots tombent à ses genoux ;

L'un saisi d'épouvante abandonne ses armes,

L'autre embrasse ses pieds qu'il trempe de ses larmes ;

Et de ses assassins ce grand homme entouré

Semblait un roi puissant par son peuple adoré.

La peinture est toute pareille dans le drame de d'Arnaud, et l'on pourrait continuer en prenant son texte :

Coligny.

Hâtez-vous donc, levez, levez vos mains parjures. Approchez...

Il découvre sa poitrine :

Qui de vous rouvrira ces blessuires ? Ces coups que j'ai reçus en défendant le sort De ces mêmes ingrats qui demandent ma mort ? Pour vous plus d'une fois j'ai prodigué ma vie : Le ciel veut que par vous elle me soit ravie ; Je n'en murmure point... je bénis mes destins... Vous fûtes mes enfants... soyez mes assassins... Que d'un si tendre amour ma mort soit le salaire ; Embrassez-moi, mes fils ; souvenez-vous d'un père Qui, jusques au tombeau vous soutint... vous chérit... Et vous pardonne encor les coups dont il périt.

« Cette scène parut si attendrissante, nous confie le discours préliminaire, que dans sa nouveauté, on la nommoit la scène des femmes. » Mais elle ne termine pas le drame. Un crucifix

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