XII . PRÉFACE
bibliothèque paternelle, à la bibliothèque de la ville du Havre. Il amasse des matériaux pour des études qu'il a envie de publier. Il s'occupe de l'ouvrage de Montesquieu sur La grandeur et la décadence des Ro^lains, dont il collationne l'édition de Paris, 1734. // réunit d'innombrables documents et commence à classer ses fiches pour un travail critique sur « Alain Chartier, sa biographie et son œuvre. » Il avait copié entièrement, d'un manuscrit gothique du Havre, Le Livre des quatre Dames, Les faicts maistre Alain Chartier, Le Curial. // groupe une infinité de notes sur François Villon.
L'après-midi, pour se délasser des lettres, il fait, et je l'accompagne, des excursions archéologiques aux environs du Havre. Il continue sa belle collection géologique et minéralogique. Il mène ses promenades dans les falaises de la côte et dans les forêts toutes proches, dont il revient tout chargé de notes de botanique. Fier de son importante collection géologique et minéralogique qui avait figuré à l'exposition de Juillet
1914 du « Congrès de. l'association française pour l'avancement des Sciences » (i7 avait alors 14 ans), il la continue et l'augmente. Il s'occupe avec joie de l'épigraphie du moyen-âge et entasse des documents qui s'y rattachent. La poésie l'attire aussi : il fera même en octobre 1918 an sonnet irrégulier à la manière de Boïardo (1434-1494).
Ses longues stations au bord de la mer, dans une « cabane » que nous avions louée pour le mois de septembre, le fortifient et lui permettent d'apprendre la natation tout seul, comme il avait appris tout seul le piano. La musique religieuse le ravissait. S'il faisait un peu de peinture et d'équitation, cela ne l'avait pas empêché de trouver le temps, pendant ses vacances de
1915 (// avait alors quinze ans !) de traduire en français un Abrégé de la Grammaire critique de Sanscrit de l'allemand Franz Bopp. Nous gardons ce manuscrit comme une chère relique.
Ces trois mois passés, il eut hâte de reprendre ses études. Mais l'épidémie de grippe sévissait. Nous retardâmes jusqu'au dimanche 10 novembre notre voyage à Paris, où nous allions l'installer rue du Bac, chez M. et Madame Chambéry, dont il devenait le pensionnaire. A Paris, il retrouvait avec joie le home de M. Godefroy, avocat général, et de Madame Godefroy, ses
BERTRAN DE LA VILLEHERVE XIII
correspondants, qui V accueillaient chaque dimanche. C'était là le repos hebdomadaire, le foyer presque familial, les heures délicieuses de lecture ou de musique.
A peine la Sorbonne a-t-elle rouvert ses portes que Bertran se replonge tout entier dans le latin et le grec, les langues qui lui sont si chères.
17 novembre 1918.
...Je suis allé me faire inscrire aux Hautes Etudes, c'est là qu'est la véritable Sorbonne. Dans le peu de temps où j'y suis passé, j'ai vu un ancien professeur de Reims qui venait revoir ses anciens maîtres. Le secrétaire des Hautes Etudes est une rara avis in Sorbona : il ne demande qu'à guider les étudiants, c'est un homme charmant- — Hier soir, j'ai relu dans le texte les 72 premiers vers d'Alceste d'Euripide. Les mauvaises langues prétendaient que les tragédies d'Euripide étaient faites en collaboration, pour les paroles, d'iophon et de Timocrates d'Argos et, pour la musique, de Kephisophon. Demain matin, de 10 h. % à 11 A» V^, Plessis (Frédéric), de 1 h. à 2 h., métrique grecque et latine par Havet {l'auteur du De Saturnio Versu), et à 3 h. Vz, Bourguet sur les dialectes grecs.
18 novembre.
...Vendredi matin, cours chez Plessis. Nous fixerons vendredi prochain mon texte latin. Il nous fera un cours de Paléographie, Epigraphie critique des manuscrits. Chronologie. — A 3 h- y2, cours de Bourguet très intéressant, sur la façon dont les innombrables dialectes grecs ont réussi peu à peu à se fusionner, le tout étudié sur les plus anciennes inscriptions. Samedi, assisté au cours d'agrégation de Mazon {explication de Thucydide), et le soir, cours d'agrégation de Durand {explications préparées de Piaule). — Le dimanche matin, je suis parti de mon pied léger chez Lanson. J'y ai fait queue. U m'a reçu de façon charmante et nous avons fixé ensemble mon sujet de diplôme. Je prends Baculard d'Arnaud préromantique.
Lundi, 9 à 10, cours de bibliographie pratique de Chamard : apprendre à manier le Brunet, le Vicaire, etc., etc. C'est très utile. — A 2 h., cours de Havet aux Hautes Etudes. — Homme charmant. U organise une sorte de collaboration avec ses élèves pour une édition avec traduction de Piaule. U m'a donné les vers 37-76 à traduire cette semaine. U s'agit de suivre exactement l'ordre des mots et non fl'ordre du texte. H m'a donné une carte d'entrée à l'Institut pour vendredi, et m'a invité à venir chez lui {il reçoit le jeudi après dîner). — Ce soir, cours chez Lanson : ce sont les élèves qui expliqueront. J'ai sur les bras Ronsard, Odes I, vï, et un passage du naufrage de Bernardin de Saint-Pierre...