‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 103 sur 305 · MO · texte numérisé non relu

MO

Qoè d'avoir uùe femme sotte.

ÊMtUA.

- Oh ! est-ce là tout? Que vouIe2-VOus me donti&t h pfësent - pour ceftaiû mouchoir ?

tÀdo.

Quel mouchoir?

- Quel mouchoir? —Eh ! mais celui qu^Othello offrit en premier présent à Ùesdémona, — et que si souvent vous m'avez dit de voler.

- Tu le lui as volé?

tVILlA.

- Non, ma foi : elle Ta laissé tomber par négligence, et par bonheur, comme j'étais là, je Tai ramassé. —Tenez, le voici.

Elle lai monlre le mouchoir.

lAGO.

fotlà une bonne fille !... Donne^le-^moi.

ÈMILIA.

- Qu'en voulez- vous faire« pour m*avoir si instamment pressée - de le dérober?

lAGO, escamoUOI le moachoir.

Eb bien, que vous importe ?

ÈMIUA.

- Si ee n'est pas pour quelque usage sérieux, — rendesle-moi. Pauvre dame! Elle deviendra folle —quand elle ne te innivera pins.

OTEELLO.

lAGO.

— Mon Doble mattre !

OTHELLO

— Si tu la calomnies et si tu me tortures» —cesse k jamais de prier, renonce à toute conscience, — accumule les horreurs sur la tète de Thorreur, — commets des actîoos à faire pleurer le ciel et & épouvanter toute la terre, — U ne pourras rien ajouter à ta damnation - de plus éDome que cela î

UGO

0 grâce divine! 0 ciel, défendez-moi!... — Êtes-fOi|^ un homme?... Avez-vous une âme ou quelque sentimeotT^,^ - Dieu soit avec vous ! Reprenez-moi mon emjdoif..^^ misérable niais, — qui as vécu pour voir ton hooiièieif transformée en vice ! — 0 monde monstrueux ! sois témoôi^ sois témoin, ô monde, — qu'il y a danger h être fraoe «c honnête !... — Je vous remercie de la leçon, et, àFavaû; —je n'aimi rai plus un seul ami, puisque l'amitié proioqit de telles offenses !

Il va pour se retirer.

OTHELLO

— Non ! demeure. .. Tu dois être honnête !

lAGO.

- Je devrais être raisonnable : car l'honnêteté est o» folle — qui s'aliène ceux qu'elle sert.

OTIÎELLO.

Par l'univers! - je crois que ma femme est hoonfiteAj crois qu'elle ne; l'est pas: -je crois que tu es probe elcioiii que lu ne l'es pas ; - je veux avoir quelque preuve. Soil nom, qui était pur - comme le visage de Diane, — est mwB* tenant terni el noir - comme ma face ! . . . S'il y a encore da cordes ou des couteaux, — des poisons ou du feuoadtt' flots suffocants, — je n'endurerai pas cela! Oh! avoir k certitude (38) !

SCÊliE IX. 311

UGO

— Je Tois, Monsieur, que vous êtes dévoré par la passioo, — el je me repens de l'avoir excitée en vous. — Vous voudriez «foîr ia œrtitade ?

OTHKLU).

Le voodraîs-je ? Non ! je le venx.

UGO

— Tous ie pouvez. Nais comment? Quelle certitude KMK iÎMit-il, Monseigneur ? — Voudriez-vous assister, bouche béante, i un grossier flagrant délit, — et la vagarder saillir ptt l'autre?

OTRHie.

Mort et damnation ! Oh !

- Ce serait une entreprise difficile, je crois, — que de hi amaDer i donner ee spectacle, au diable - si jamais ik se font voir sur l'oreiller par d'autres yeux - que les feors! Quoi donc? Quelle certitude voulez-vous? - Que diraija?Où troaierez-votts la conviction? — 11 est impossible (|Qe Yous voyiez cela, — fussent-ils aussi pressés que des boucs, aussi chauds que des singes, — aussi lascifs que des loups en rut, et les plus grossiers aiaîs — que l'ignorance Ait rendus ivres !... Mais pottrtant, je le reconnais, ~ si la ^babilitë, ai les Ibrtes présomptioos — qui mènent direchoaent à la porte de la vérilé — suffisent à donner la certi- ^e, vous peuvez l'avoir.

OTHELLO

— Donne-moi une preuve vivante qu'elle est déloyale.

lAGO.

-- Je n'aime pas cet office-là ; — mais, puisque je suis entré si avant dans cette cause, — poussé par une honnêteté et un (dévouement stupides, —je continuerai... Dernièrement, j'étais couché avec Cassio, — et, tourmenté d'une rage de dénis, - je ne pouvais dormir. - Il y a une es-

312 OTHELLO

pèce d'hommes si débraillés dans TAme — qu'ils manuoltent leurs aiïaires pendant leur sommeil. — De cette espèce est Cassio. — Tandis qu il dormait, je l'ai entendu Aire • Suave Desdémona, —soyons prudents ! cachons nos amours i

— Et alors, Monsieur, il m'empoignait, et m'étreignait Is main, - en s' écriant : 0 suave créature ! El alors il me baisait avec force - comme pour arracher par les racines des baisers — éclos sur mes lèvres ; il posait sa jambe sur ïcèB cuisse, — et soupirait et me baisait et criait alors : MauHi^ fatalité — qui t'a donnée au More!

OTHELLO

Oh ! monstrueux ! monstrueux !

lAGO.

— Non, ce n'était que son rêve.

— Mais il dénonçait un fait accompli. - C'est un indi<M néfaste, quoique ce ne soit qu'un rêve.

lAGO.

— Et cela peut donner corps à d'autres preuves — qftii n'ont qu'une mince consistance.

OTHELLO

Je la meUrai toute en pièces!

ÏAGO.

— Non, soyez calme! Nous ne voyons encore rien de fait : -elle peut être honnête encore. Dites-moi seulemeot,

— avez- vous quelquefois vu un mouchoir — brodé de fraises aux mains de voire femme?

OTHELLO

— Je lui en ai donné un comme tu dis ; c'a été mon premier présent.

Page 1