SCENE X
chaude, chaude et moite ! Cette main-là exige — le renoncement à la liberté, le jeûne» la prière, — une longue morti- 6eation, de pieux exercices ; — car il y a ici un jeune diable loat eD sueur, — qui a l'habitude de se révolter. . . C'est une botme main, — une main franche.
DESDÈMONA.
Tous pouvez vraiment le dire ; — car c'est cette main qui a donné mon cœur.
OTHELLO
— Une main libérale!... Jadis c'étaient les cœurs qui donnaient les mains ; — mais, dans nos nouveaux blasons, rien que des mains, pas de cœurs !
DESDÉMONA
— Je ne sais rien de tout cela . . . Revenons à votre promesse.
OTHELLO
— Quelle promesse, poulette ?
DESDËMONÂ.
— J'ai envoyé dire à Cassio de venir vous parler.
OTHELLO
— J'ai un méchant rhume opiniâtre qui me gène; — prête-moi ton mouchoir.
DESDÉMONA
Voici, Monseigneur.
OTHELLO
— Celui que je vous ai donné.
Je ne l'ai pas sur moi.
OTHELLO
— Non?
DESDÈMONA.
Non, ma foi. Monseigneur.
OTHELLO
C'est une faute. — Ce mouchoir, - une Egyptienne le donna à ma mère : — c'était une charmeresse qui pouvait
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presque lire — les pensées des gens... Elle lui dit que, tant qu elle le garderait, — elle aurait le don de plaire et de sov^ mettre entièrement — mon père & ses amours ; mais qn», si elle le perdait — ou en faisait {présent, mon père ne la r»* garderait plus — qu'avec dégoût et mettrait son cœur en chasse — de fantaisies nouvelles. Ma mère me le remit en . mourant, — et me recommanda, quand la destinée m'unirait à une femme, — de le lui donner. C'est ce que j'ai fait Ainsi prenez-en soin ; - qu'il vous soit aussi tendrement précieux que votre prunelle ; - l'égarer ou le donner, ce serait une catastrophe — qui n'aurait point d'égale.
bESDÈMONA.
Est-il possible?
OTHELLO
— C'est la vérité : il y a une vertu magique dans le tissu. — Une sibylle qui avait compté en ce monde — deux cents révolutions de soleil, — en a brodé le dessin dans sa prophétique fureur ; — les vers qui en ont filé la soie étaient consacrés, — et la teinture qui le colore est faite de cœurs de vierges momifiés — qu'avait conservés son art.
Sérieusement ! Est-ce vrai?
OTHELLO
— Très-véritable. Ainsi veillez-y bien.
desdèmonâ.
— Plût au ciel alors que je ne l'eusse jamais vu !
OTHELLO, vivemenl.
— Ah ! pour quelle raison?
DESDÉMONA
— Pourquoi me parlez-vous d'un ton si brusque et si violent?
OTHELLO
— Est-ce qu'il est perdu? Est-ce que vous ne l'avez plus? Parlez ! Est-ce qu'il n'est plus à sa place?