‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 111 sur 305 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

cnrame cela... Pish !... — Nez, oreilles et lèvres !... Est-il pomUe?... L'aveu !... — le mouchoir!... 0 diable!

II tombe évanoui.

UGO

- Travaille, —ma médecine, travaille ! C'est ainsi qu*on titnpe les niais crédules, — et c'est encore ainsi que plus d'une dame digne et chaste, —malgré toute son innocence, ttt exposée au reproche...

Entre Cassio.

Holi! Monseigneur ! - Monseigneur ! Othello !... Àh ! c estions, Cassio?

assio. -Oûya-t-il?

UGO

*- Monseigneur est tombé en épilepsie : — c'est sa se- ^e attaque ; il en a eu une hier.

CÂSSIO.

- Frottez-lui les tempes.

UGO

"oo, laissez-le. — La léthargie doit avoir son cours tran- Wle; - sinon, l'écume lui viendrait à la bouche, et tout * l'heure - il éclaterait en folie furieuse... Tenez, il remue. ^ Eloignez-vousun moment ; — il va revenir à lui ; quand il "^ parti, — je voudrais causer avec vous d'une importante ^ure.

Sort Cassio.

^ Comment cela va-t-il, général? Est-ce que vous ne us êtes pas blessé à la tète ?

OTHELLO

-> Te moques-tu de moi ?

UGO

le moquer de vous! Non, par le ciel! — Je voudrais lement vous voir subir votre sort comme un homme.

328 OTHELLO

OTHELLO

Un homme qui porte cornes n'est qu'un monstre et one bête.

lAGO.

— Il y a bien des bêtes alors dans une ville populeuse ^ - et bien des monstres civilisés.

OTHELLO

— A-t-il avoué?

lAGO.

Mon bon monsieur, soyez un homme. — Songez que toof confrère barbu, attelé à ce joug-là, — peut le traîner oomnie vous ; il y a des millions de vivants — qui reposent nuitam* , ment dans un lit banal— qu'ils jureraient être à eux seak. Votre cas est meilleur. — Oh ! sarcasme de l'enfer, suprême moquerie du démon : ~ étreindre une impudique sur odo couche confiante — et la croire chaste ! Non, que je sadie tout ! — Et, sachant ce que je suis, je saurai comment la traiter !

OTHELLO

— Oh ! tu as raison ; cela est certain.

lAGO.

Tenez-vous un peu à l'écart — et contenez-vous dans les bornes de la patience. — Tandis que vous étiez ici, accablé par la douleur, —émotion bien indigne d'un hommecomme vous, — Cassio est venu ; je l'ai éconduit — en donnant de votre évanouissement une raison plausible; — jeluiii dit de revenir bientôt me parler ici : — ce qu'il m'a promis, fichez- vous en observation, — et remarquez les grimaces, les moues, les signes de dédain — qui vont paraître dans chaque trait de son visage; — car je vais lui faire répéter toute l'histoire : —où, comment, combien de fois, depuis quelle époque et quand - il en est venu aux prises avec votre femme, quand il compte y revenir. — Je vous le dis, remarquez seulement ses gestes. Mais, morbleu ! de la pt-

SGÉITE XI. 329

tieoce ! - ou je dirai que vous êtes décidément un frénétique, - et non plus un homme.

Ecoute, lagOy — je me montrerai le plus patient de tous les bommes» — mais aussi, tu m'entends? le plus sanguinaire.

lAGO.

Il o'j a pas de mal, — pourvu que vous mettiez le temps 1 tout... Youlez-vous vous retirer?

Othello s'éloigne et le cache.

IÂ60 y seul lar le devant de la scène.

-Je vais maintenant questionner Cassio sur Bianca ; — BDe ménagère qui, en vendant ses attraits, — s'achète du ftto et des vêtements. Cette créature — raffole de Cassio. C'est k triste sort de toute catin — d'en dominer beaucoup pour (treenCn dominée par un seul. — Quand il entend parler felle, Cassio ne peut s'empêcher — de rire aux éclats... Le void qui vient.

Rentre Cassio.

- A le voir sourire, Othello va devenir fou ; — et son ipare jalousie va interpréter - les sourires, les gestes et hs insouciantes manières du pauvre Cassio — tout à fait 1 eoDtre sens. . . Comment vous trouvez-vous, lieutenant?

CASSIO

- D'autant plus mal que vous me donnez un titre — dont h privation me tue.

lÂGO.

Travaillez bien Desdémona et vous êtes sûr de la chose.

Bas.

— Si l'afiaire était au pouvoir de Bianca,

Haot.

eomme vous réussiriez vite !

CASSIO, rianU

Hélas ! la pauvre créature !

330 omuo.

OTHILLO, û

— Tojez eomnie il rit déjà !

UfiO.

— Je n'ai jamais oodoq de femme ansa amomeM homme.

assio.

— Hâas! paoTTe coquine! je crois Tiaimeiil < m'aime.

OTHELLO

— C'est cda : il s'en défend faiblement et il rit!

UGO

— Éooatez, Cassio.

Il hd parle è roieille.

OTHELLO, à part.

Voilà lago qui le prie — de lai toat répéter : oool Bien dit ! bien dit!

lAGO.

— Elle donne è entendre que yoqs l'épooseres : •- Yotre intention?

OSSIO, éclaunl.

Ha! ha! ha!

OTHELLO, è part.

— Tu triomphes, Romain ! tu triomphes ! —

CASSIO

Moi l*épouserî... Quoi! une coureuse! Je t*en aie quelque charité pour mon esprit : ne le crois pas malade... Ha! ha ! ba!

OTHELLO, à part.

Oui ! oui ! oui ! oui ! au gagnant de rire.

UGO

Vraiment, le bruit court que vous Tépouserez.

CASSIO

De grâce, parlez sérieusement.

lAGO.

Je ne suis qu'un scélérat si cela n'est pas.

SGÉNK XI. 331

OTHILLO, À part.

Arez-Tous donc compté mes jours ? Bien I

GiSSIO.

C'est aoe ioTention de la gueoon : si elle a l'idée que je répooserai, elle la tient de son amour et de ses illusions, et oollemeDtde mes promesi^es.

OTHELLO, à pari.

lago me fait signe : c'est que l'autre commence l'his-

tûiret

Elle était ici, il n'y a qu'un moment ; elle me hante en tOQllieu. J'étais l'autre jour au bord de la mer à causer nec plusieurs Vénitiens ; soudain cette folle arrive et me saute ainsi au cou.

Cassio imite le roouTement de Bianca.

OTHILLO, à part.

Eq s'écriant : 0 mon cher Cassio I apparemment ; c'est ce <|Qmdique son geste.

CASSIO

Elle se pend et s'accrocbe, toute en larmes, après moi ; pois elle m'attire et me pousse. Ha ! ha ! ha !

Il parle bas à lago.

OTHELLO, à pan.

Maintenant, il lui raconte comment elle l'a entraîné Ans ma chambre. Oh ! je vois bien votre museau, mais je œ sais quel chien je vais jeter dessus.

CASSIO

Vraiment, il faut que je la quitte.

UGO

Devant moi ! Tenez, la voici qui vient.

Entre Bianca.

CASSIO

C'est une maltresse fouine, et diantrement parfumée en-

332 OTHELLO

A Bianca.

Qu'avez-vous donc à me hanter ainsi?

BlÂNCA.

Que le diable et sa mère vous hantent Yous-mâme I... me vouliez-YOus avec ce mouchoir que tous m'avez i tantôt? J*étais une belle sotte de le prendre. Il faut que fasse un tout pareil, n'est-ce pas ? Comme cela est vrai blable que vous Tayez trouvé dans votre chambre et vous ne sachiez pas qui l'y a laissé ! . . . C'est le préseï quelque donzelle et il faudrait que je vous en fisse un reil?... Tenez, donnez-le à votre poupée; peu m'im| comment vous l'avez eu, je ne me charge de rien.

GASSIO.

Voyons, ma charmante Bianca ! Voyons ! voyons !

OTHELLO, à part.

Par le ciel, ce doit être mon mouchoir.

BIJLNXA.

Si vous voulez venir souper ce soir, vous le pouve; vous ne voulez pas , venez dès que vous y serez posé.

Elle sort.

lÂGO.

Suivez-la! suivez-la!

CASSIO

Ma foi, il le faut. Sans cela elle s'emporterait dan! rues.

lÂGO.

Souperez-vous chez elle?

CASSIO

Ma foi, j'en ai l'intention.

C'est bien ; il se peut que j'aille vous voir ; car je i bien aise de vous parler.

SGÈms XI. 333

GASSIO.

Degrke, venez! voulez-vous?

lAGO.

hrtei. Il suffit.

Cassio sort. Othello qoitte ta caehetto. OTHELLO.

Cosnneot le tuerai-je, lago?

UGO

ifU-Yous vu comme il a ri de sa vilenie?

OTHELLO

Ohibgo!

IÂ60.

Et avez-vous vu le mouchoir?

OTHELLO

Etait-ee le mien ?

lÂGO.

I^r cette main levée !.. . Et vous voyez quel cas il fait de h Mie créature, votre femme. Elle lui a donné ce moucUr, et, loi, il l'a donné à sa putain !

Oh ! je voudrais le tuer pendant neuf ans !.. . Une femme

^ belle ! une femme si charmante ! une femme si ado-

abie!

UGO

Allons! il faut oublier cela.

OTHELLO

Oui, qu'elle pourrisse, qu'elle disparaisse et qu'elle soit <iiinnée dès cette nuit! Car elle ne vivra pas! Non. Mon cwar est changé en pierre ; je le frappe et il me blesse la

inaio. Oh ! le monde n'a pas une plus adorable créature !

Bk était digne de reposer aux côtés d'un empereur et de lui

iooner des ordres !

UGO

YojonSy ce n'est pas là votre affaire.

OTHHiiO.

OTUEUjO.

L'infâme! Je dis seulement ce qu^elleest... Si âdgDifc..^ avec son aiguille!... Admirable musicienne! Oh! avec sc^^ chant elle appri\oiserait un ours! Et puis, d'aoe îotd^%j« gence, d'une imagination si élevées, si fécondes !

Elle n'en est que plus coupable !

OTHELLO

Oh ! mille et mille fois plus ! ... En outre, d'un carac:tdre si afiable !

lÂGO.

Trop affable, vraiment !

OTHELLO

Oui, cela est certain. Mais quel malheur, lago ! Ob ! lago! quel malheur, lago!

Si vous êtes si tendre à son iniquité, doDoez^loi patooto ^ . pour faire le mal ; car, si cela ne vous touche pas, cela Qa \0^ g6ne personne.

OTHELLO

Je la hacherai en miettes ! . . . Me faire cocu !

lAGO

Oh ! c'est affreux à elle.

OTHELLO

Avec mon officier ! m-^s

lAGO.

C'est plus affreux encore.

OTHELLO

Procure-moi du poison, lago, cette nuit !... Je ne veux pas avoir d'explication avec elle, de peur que son corps et sa beauté ne désarment mon Ame encore une fois. . . Cette nuit, lago !

?oi

sciifE XI. 33.S

lAGO.

N'employez pas le poison ; étranglez-la dans son lit , le lit même qu'elle a souillé.

OTHELLO

Bon, bon. La justice de ceci me platt. Très-bon.

Et quant à Cassio, laissez-moi être son croque-mort. Vous ^0 apprendrez davantage vers minuit.

Bruit de ironpette.

OTHBiiO.

Kïcellent . . . Quelle est cette fanfare ?

UGO

^ Quelque message de Venise, pour sûr. C'est Lodovico

'^ i^i vient de la part du doge; et, voyez, votre femme est «îec lui.

Eatreni Lodovico, Desdèmona et leor suite.

LODOVICO

^ Dieu vous garde, digne général !

OTHELLO

^ '^ souhaite de tout mon cœur, monsieur.

U)DOVIGO.

"^ Le doge et les sénateurs de Venise vous saluent.

il lai remet ane dépêche.

OTHELLO

"^ Je baise l'instrument de leur bon plaisir.

Il ouvre la dépèche et lit.

DESDÈMONA.

^ ïlt quoi de nouveau, mon bon cousin Lodovico?

lAGO, h Lodovico

^ Je suis bien content de vous voir, signor. - Soyez *Wavenu à Chypre.

LODOVICO

"" Merci. Comment va le lieutenant Cassio 1

336 OTHELLO

UGO

Il vit, monsieur.

DESDÈMONA.

— Cousin, il est survenu entre lui et Honseîgn désagréable rupture ; mais vous arrangerez tout.

OTHELLO y d'ane voix •oarde.

— Êtes-vous sûre de cela?

DES^ONA, A OUieDo.

Monseigneur?

OTHELLO, lisanu

« Ne manquez pas de le foire d&s que vous aun

LODOVIGO, à DesdémoiMU

— n ne te parlait pas : il est occupé de la d^ Est-ce qu*il y a un différend entre ton mari et Cas

DESDÈMONA.

— Oui, un très-malheureux ; je ferais bien des afin de les réconcilier, pour l'amour que je porte à

OTHELLO

— Feu et soufre!

DESDÈMONA.

Monseigneur?

OTHELLO

Avez-vous votre raison ?

DESDÈMONA, à Lodovico.

— Quoi ! est-ce qu'il est fâché ?

LODOVICO

Il est possible que cette lettre Tagite ; — ca qu'on le rappelle à Venise — et que Cassio est dés lui succéder.

DESDÈMONA.

— Ma foi, j'en suis bien aise.

OTHELLO

En vérité !

Sdlfl XI. 3S7

DKSDtMONA.

MoDflejgnear?

OTBSUjO.

- Je suis bien aise» moi, de vous Toir en démence.

DSSDÈMOIfA.

Comment, mon doux Othello?

OTHSLLO.

- DéiDon!

n la fnpfê.

DISDtMONi.

Je Q'ai pas mérité ceci.

LODOVIGO.

- Monseigneur, voilà une chose qu'on ne croirait pas à Venise, - quand même je jurerais l'avoir vue. C'est trop fcrt. - Faites-lui réparation : elle pleure.

OTHELLO

0 démon I démon ! — Si les pleurs d'une femme pouvaient fkooder la terre, — chaque larme qu'elle laisse tomber fenAmi crocodile (42)!...

À DesdémoDi.

- Hors de ma vue !

DESDÊMONA, s*en allant.

Je De veux pas resterai je vous offense.

LDDOYICO.

- Vraiment, voilà une femme obéissante. — J'en supplie Votre Seigneurie, rappelez-la.

OTHELLO, appelaoU

Mistress !

DESDÈMONA.

Monseigneur ?

OTHELLO, à Lodovico.

— Que lui voulez-vous, monsieur?

LODOVlCO.

Qui? moi. Monseigneur?

33S OTHKLLO.

OTHEIIO.

— Oui ; vous avez désiré que je la fisse revenir ; — monsieur, elle peut se tourner et se retourner, et aller de l'avant, — et se retourner encore ; elle peut pleurer, monsieur, pleurer ! — Et elle est obéissante, comme vous dites, obéissante, — très-obéissante...

A Desdémona.

Continuez vos sanglots !

A Lodovico.

— Quant à ceci, monsieur...

A Desdéioona.

Oh ! rémotion bien jouée !

A Lodovico.

— Je suis rappelé à Venise.. .

A Desdémona.

Àllez-vous-en ! — je vous enverrai chercher tout à rheure...

A Lodovico,

Monsieur, j'obéis à cet ordre — et je vais retourner k Venise.

A Desdémona.

Hors d'ici ! arrière !

Desdëmona sort.

— Cassio prendra ma place. Mais, monsieur, ce soir, — je vous supplie de souper avec moi ; — vous êtes le bienvenu, monsieur, à Chypre... Boucs et singes (43)!

Il sort.

LODOVICO

— Est-ce là ce noble More dont notre sénat unanime — proclame la capacité suprême ? Est ce là cette noble naturo — que la passion ne pouvait ébranler ? cette solide vertu — que ni la balle de l'accident ni le trait du hasard — ne pouvaient effleurer ni entamer?

UGO

U est bien changé.

SGÉRE Xlf. 339

LODOYICO.

— Sa nisoD est-elle saine ? N'est-il pas en délire ?

lAGO.

-- Il est ce qa*il est ; je ne dois pas murmurer une critique. — S'il n'est pas ce qu'il devrait être, — plût au ciel qu*illefût!

LODOYICO.

Quoi ! frapper sa femme !

UGO

~ Ma foi, ce n'était pas trop bien ! Biais je voudrais être sûr — que ce coup doit être le plus rude.

LODOYICO.

Est-ce une habitude chez lui? — ou bien sont- ce ces lettres qui ont agi sur son sang — et lui ont inoculé ce défaut?

Hélas ! hélas ! - Ce ne serait pas honnête à moi de dire ce que j'ai vu et appris. Vous l'observerez. — Ses procédés même le feront assez connaître - pour m'épargner la peine de parler. Ne le perdez pas de vue seulement, — et remarquez comment il se comporte.

LODOYICO.

— Je sois fAché de m'étre ainsi trompé sur son compte.

Ils sortent.

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