SCÈNE XI
cnrame cela... Pish !... — Nez, oreilles et lèvres !... Est-il pomUe?... L'aveu !... — le mouchoir!... 0 diable!
II tombe évanoui.
UGO
- Travaille, —ma médecine, travaille ! C'est ainsi qu*on titnpe les niais crédules, — et c'est encore ainsi que plus d'une dame digne et chaste, —malgré toute son innocence, ttt exposée au reproche...
Entre Cassio.
Holi! Monseigneur ! - Monseigneur ! Othello !... Àh ! c estions, Cassio?
assio. -Oûya-t-il?
UGO
*- Monseigneur est tombé en épilepsie : — c'est sa se- ^e attaque ; il en a eu une hier.
CÂSSIO.
- Frottez-lui les tempes.
UGO
"oo, laissez-le. — La léthargie doit avoir son cours tran- Wle; - sinon, l'écume lui viendrait à la bouche, et tout * l'heure - il éclaterait en folie furieuse... Tenez, il remue. ^ Eloignez-vousun moment ; — il va revenir à lui ; quand il "^ parti, — je voudrais causer avec vous d'une importante ^ure.
Sort Cassio.
^ Comment cela va-t-il, général? Est-ce que vous ne us êtes pas blessé à la tète ?
OTHELLO
-> Te moques-tu de moi ?
UGO
le moquer de vous! Non, par le ciel! — Je voudrais lement vous voir subir votre sort comme un homme.
328 OTHELLO
OTHELLO
Un homme qui porte cornes n'est qu'un monstre et one bête.
lAGO.
— Il y a bien des bêtes alors dans une ville populeuse ^ - et bien des monstres civilisés.
OTHELLO
— A-t-il avoué?
lAGO.
Mon bon monsieur, soyez un homme. — Songez que toof confrère barbu, attelé à ce joug-là, — peut le traîner oomnie vous ; il y a des millions de vivants — qui reposent nuitam* , ment dans un lit banal— qu'ils jureraient être à eux seak. Votre cas est meilleur. — Oh ! sarcasme de l'enfer, suprême moquerie du démon : ~ étreindre une impudique sur odo couche confiante — et la croire chaste ! Non, que je sadie tout ! — Et, sachant ce que je suis, je saurai comment la traiter !
OTHELLO
— Oh ! tu as raison ; cela est certain.
lAGO.
Tenez-vous un peu à l'écart — et contenez-vous dans les bornes de la patience. — Tandis que vous étiez ici, accablé par la douleur, —émotion bien indigne d'un hommecomme vous, — Cassio est venu ; je l'ai éconduit — en donnant de votre évanouissement une raison plausible; — jeluiii dit de revenir bientôt me parler ici : — ce qu'il m'a promis, fichez- vous en observation, — et remarquez les grimaces, les moues, les signes de dédain — qui vont paraître dans chaque trait de son visage; — car je vais lui faire répéter toute l'histoire : —où, comment, combien de fois, depuis quelle époque et quand - il en est venu aux prises avec votre femme, quand il compte y revenir. — Je vous le dis, remarquez seulement ses gestes. Mais, morbleu ! de la pt-
SGÉITE XI. 329
tieoce ! - ou je dirai que vous êtes décidément un frénétique, - et non plus un homme.
Ecoute, lagOy — je me montrerai le plus patient de tous les bommes» — mais aussi, tu m'entends? le plus sanguinaire.
lAGO.
Il o'j a pas de mal, — pourvu que vous mettiez le temps 1 tout... Youlez-vous vous retirer?
Othello s'éloigne et le cache.
IÂ60 y seul lar le devant de la scène.
-Je vais maintenant questionner Cassio sur Bianca ; — BDe ménagère qui, en vendant ses attraits, — s'achète du ftto et des vêtements. Cette créature — raffole de Cassio. C'est k triste sort de toute catin — d'en dominer beaucoup pour (treenCn dominée par un seul. — Quand il entend parler felle, Cassio ne peut s'empêcher — de rire aux éclats... Le void qui vient.
Rentre Cassio.
- A le voir sourire, Othello va devenir fou ; — et son ipare jalousie va interpréter - les sourires, les gestes et hs insouciantes manières du pauvre Cassio — tout à fait 1 eoDtre sens. . . Comment vous trouvez-vous, lieutenant?
CASSIO
- D'autant plus mal que vous me donnez un titre — dont h privation me tue.
lÂGO.
Travaillez bien Desdémona et vous êtes sûr de la chose.
Bas.
— Si l'afiaire était au pouvoir de Bianca,
Haot.
eomme vous réussiriez vite !
CASSIO, rianU
Hélas ! la pauvre créature !
330 omuo.
OTHILLO, û
— Tojez eomnie il rit déjà !
UfiO.
— Je n'ai jamais oodoq de femme ansa amomeM homme.
assio.
— Hâas! paoTTe coquine! je crois Tiaimeiil < m'aime.
OTHELLO
— C'est cda : il s'en défend faiblement et il rit!
UGO
— Éooatez, Cassio.
Il hd parle è roieille.
OTHELLO, à part.
Voilà lago qui le prie — de lai toat répéter : oool Bien dit ! bien dit!
lAGO.
— Elle donne è entendre que yoqs l'épooseres : •- Yotre intention?
OSSIO, éclaunl.
Ha! ha! ha!
OTHELLO, è part.
— Tu triomphes, Romain ! tu triomphes ! —
CASSIO
Moi l*épouserî... Quoi! une coureuse! Je t*en aie quelque charité pour mon esprit : ne le crois pas malade... Ha! ha ! ba!
OTHELLO, à part.
Oui ! oui ! oui ! oui ! au gagnant de rire.
UGO
Vraiment, le bruit court que vous Tépouserez.
CASSIO
De grâce, parlez sérieusement.
lAGO.
Je ne suis qu'un scélérat si cela n'est pas.
SGÉNK XI. 331
OTHILLO, À part.
Arez-Tous donc compté mes jours ? Bien I
GiSSIO.
C'est aoe ioTention de la gueoon : si elle a l'idée que je répooserai, elle la tient de son amour et de ses illusions, et oollemeDtde mes promesi^es.
OTHELLO, à pari.
lago me fait signe : c'est que l'autre commence l'his-
tûiret
Elle était ici, il n'y a qu'un moment ; elle me hante en tOQllieu. J'étais l'autre jour au bord de la mer à causer nec plusieurs Vénitiens ; soudain cette folle arrive et me saute ainsi au cou.
Cassio imite le roouTement de Bianca.
OTHILLO, à part.
Eq s'écriant : 0 mon cher Cassio I apparemment ; c'est ce <|Qmdique son geste.
CASSIO
Elle se pend et s'accrocbe, toute en larmes, après moi ; pois elle m'attire et me pousse. Ha ! ha ! ha !
Il parle bas à lago.
OTHELLO, à pan.
Maintenant, il lui raconte comment elle l'a entraîné Ans ma chambre. Oh ! je vois bien votre museau, mais je œ sais quel chien je vais jeter dessus.
CASSIO
Vraiment, il faut que je la quitte.
UGO
Devant moi ! Tenez, la voici qui vient.
Entre Bianca.
CASSIO
C'est une maltresse fouine, et diantrement parfumée en-
332 OTHELLO
A Bianca.
Qu'avez-vous donc à me hanter ainsi?
BlÂNCA.
Que le diable et sa mère vous hantent Yous-mâme I... me vouliez-YOus avec ce mouchoir que tous m'avez i tantôt? J*étais une belle sotte de le prendre. Il faut que fasse un tout pareil, n'est-ce pas ? Comme cela est vrai blable que vous Tayez trouvé dans votre chambre et vous ne sachiez pas qui l'y a laissé ! . . . C'est le préseï quelque donzelle et il faudrait que je vous en fisse un reil?... Tenez, donnez-le à votre poupée; peu m'im| comment vous l'avez eu, je ne me charge de rien.
GASSIO.
Voyons, ma charmante Bianca ! Voyons ! voyons !
OTHELLO, à part.
Par le ciel, ce doit être mon mouchoir.
BIJLNXA.
Si vous voulez venir souper ce soir, vous le pouve; vous ne voulez pas , venez dès que vous y serez posé.
Elle sort.
lÂGO.
Suivez-la! suivez-la!
CASSIO
Ma foi, il le faut. Sans cela elle s'emporterait dan! rues.
lÂGO.
Souperez-vous chez elle?
CASSIO
Ma foi, j'en ai l'intention.
C'est bien ; il se peut que j'aille vous voir ; car je i bien aise de vous parler.
SGÈms XI. 333
GASSIO.
Degrke, venez! voulez-vous?
lAGO.
hrtei. Il suffit.
Cassio sort. Othello qoitte ta caehetto. OTHELLO.
Cosnneot le tuerai-je, lago?
UGO
ifU-Yous vu comme il a ri de sa vilenie?
OTHELLO
Ohibgo!
IÂ60.
Et avez-vous vu le mouchoir?
OTHELLO
Etait-ee le mien ?
lÂGO.
I^r cette main levée !.. . Et vous voyez quel cas il fait de h Mie créature, votre femme. Elle lui a donné ce moucUr, et, loi, il l'a donné à sa putain !
Oh ! je voudrais le tuer pendant neuf ans !.. . Une femme
^ belle ! une femme si charmante ! une femme si ado-
abie!
UGO
Allons! il faut oublier cela.
OTHELLO
Oui, qu'elle pourrisse, qu'elle disparaisse et qu'elle soit <iiinnée dès cette nuit! Car elle ne vivra pas! Non. Mon cwar est changé en pierre ; je le frappe et il me blesse la
inaio. Oh ! le monde n'a pas une plus adorable créature !
Bk était digne de reposer aux côtés d'un empereur et de lui
iooner des ordres !
UGO
YojonSy ce n'est pas là votre affaire.
OTHHiiO.
OTUEUjO.
L'infâme! Je dis seulement ce qu^elleest... Si âdgDifc..^ avec son aiguille!... Admirable musicienne! Oh! avec sc^^ chant elle appri\oiserait un ours! Et puis, d'aoe îotd^%j« gence, d'une imagination si élevées, si fécondes !
Elle n'en est que plus coupable !
OTHELLO
Oh ! mille et mille fois plus ! ... En outre, d'un carac:tdre si afiable !
lÂGO.
Trop affable, vraiment !
OTHELLO
Oui, cela est certain. Mais quel malheur, lago ! Ob ! lago! quel malheur, lago!
Si vous êtes si tendre à son iniquité, doDoez^loi patooto ^ . pour faire le mal ; car, si cela ne vous touche pas, cela Qa \0^ g6ne personne.
OTHELLO
Je la hacherai en miettes ! . . . Me faire cocu !
lAGO
Oh ! c'est affreux à elle.
OTHELLO
Avec mon officier ! m-^s
lAGO.
C'est plus affreux encore.
OTHELLO
Procure-moi du poison, lago, cette nuit !... Je ne veux pas avoir d'explication avec elle, de peur que son corps et sa beauté ne désarment mon Ame encore une fois. . . Cette nuit, lago !
?oi
sciifE XI. 33.S
lAGO.
N'employez pas le poison ; étranglez-la dans son lit , le lit même qu'elle a souillé.
OTHELLO
Bon, bon. La justice de ceci me platt. Très-bon.
Et quant à Cassio, laissez-moi être son croque-mort. Vous ^0 apprendrez davantage vers minuit.
Bruit de ironpette.
OTHBiiO.
Kïcellent . . . Quelle est cette fanfare ?
UGO
^ Quelque message de Venise, pour sûr. C'est Lodovico
'^ i^i vient de la part du doge; et, voyez, votre femme est «îec lui.
Eatreni Lodovico, Desdèmona et leor suite.
LODOVICO
^ Dieu vous garde, digne général !
OTHELLO
^ '^ souhaite de tout mon cœur, monsieur.
U)DOVIGO.
"^ Le doge et les sénateurs de Venise vous saluent.
il lai remet ane dépêche.
OTHELLO
"^ Je baise l'instrument de leur bon plaisir.
Il ouvre la dépèche et lit.
DESDÈMONA.
^ ïlt quoi de nouveau, mon bon cousin Lodovico?
lAGO, h Lodovico
^ Je suis bien content de vous voir, signor. - Soyez *Wavenu à Chypre.
LODOVICO
"" Merci. Comment va le lieutenant Cassio 1
336 OTHELLO
UGO
Il vit, monsieur.
DESDÈMONA.
— Cousin, il est survenu entre lui et Honseîgn désagréable rupture ; mais vous arrangerez tout.
OTHELLO y d'ane voix •oarde.
— Êtes-vous sûre de cela?
DES^ONA, A OUieDo.
Monseigneur?
OTHELLO, lisanu
« Ne manquez pas de le foire d&s que vous aun
LODOVIGO, à DesdémoiMU
— n ne te parlait pas : il est occupé de la d^ Est-ce qu*il y a un différend entre ton mari et Cas
DESDÈMONA.
— Oui, un très-malheureux ; je ferais bien des afin de les réconcilier, pour l'amour que je porte à
OTHELLO
— Feu et soufre!
DESDÈMONA.
Monseigneur?
OTHELLO
Avez-vous votre raison ?
DESDÈMONA, à Lodovico.
— Quoi ! est-ce qu'il est fâché ?
LODOVICO
Il est possible que cette lettre Tagite ; — ca qu'on le rappelle à Venise — et que Cassio est dés lui succéder.
DESDÈMONA.
— Ma foi, j'en suis bien aise.
OTHELLO
En vérité !
Sdlfl XI. 3S7
DKSDtMONA.
MoDflejgnear?
OTBSUjO.
- Je suis bien aise» moi, de vous Toir en démence.
DSSDÈMOIfA.
Comment, mon doux Othello?
OTHSLLO.
- DéiDon!
n la fnpfê.
DISDtMONi.
Je Q'ai pas mérité ceci.
LODOVIGO.
- Monseigneur, voilà une chose qu'on ne croirait pas à Venise, - quand même je jurerais l'avoir vue. C'est trop fcrt. - Faites-lui réparation : elle pleure.
OTHELLO
0 démon I démon ! — Si les pleurs d'une femme pouvaient fkooder la terre, — chaque larme qu'elle laisse tomber fenAmi crocodile (42)!...
À DesdémoDi.
- Hors de ma vue !
DESDÊMONA, s*en allant.
Je De veux pas resterai je vous offense.
LDDOYICO.
- Vraiment, voilà une femme obéissante. — J'en supplie Votre Seigneurie, rappelez-la.
OTHELLO, appelaoU
Mistress !
DESDÈMONA.
Monseigneur ?
OTHELLO, à Lodovico.
— Que lui voulez-vous, monsieur?
LODOVlCO.
Qui? moi. Monseigneur?
33S OTHKLLO.
OTHEIIO.
— Oui ; vous avez désiré que je la fisse revenir ; — monsieur, elle peut se tourner et se retourner, et aller de l'avant, — et se retourner encore ; elle peut pleurer, monsieur, pleurer ! — Et elle est obéissante, comme vous dites, obéissante, — très-obéissante...
A Desdémona.
Continuez vos sanglots !
A Lodovico.
— Quant à ceci, monsieur...
A Desdéioona.
Oh ! rémotion bien jouée !
A Lodovico.
— Je suis rappelé à Venise.. .
A Desdémona.
Àllez-vous-en ! — je vous enverrai chercher tout à rheure...
A Lodovico,
Monsieur, j'obéis à cet ordre — et je vais retourner k Venise.
A Desdémona.
Hors d'ici ! arrière !
Desdëmona sort.
— Cassio prendra ma place. Mais, monsieur, ce soir, — je vous supplie de souper avec moi ; — vous êtes le bienvenu, monsieur, à Chypre... Boucs et singes (43)!
Il sort.
LODOVICO
— Est-ce là ce noble More dont notre sénat unanime — proclame la capacité suprême ? Est ce là cette noble naturo — que la passion ne pouvait ébranler ? cette solide vertu — que ni la balle de l'accident ni le trait du hasard — ne pouvaient effleurer ni entamer?
UGO
U est bien changé.
SGÉRE Xlf. 339
LODOYICO.
— Sa nisoD est-elle saine ? N'est-il pas en délire ?
lAGO.
-- Il est ce qa*il est ; je ne dois pas murmurer une critique. — S'il n'est pas ce qu'il devrait être, — plût au ciel qu*illefût!
LODOYICO.
Quoi ! frapper sa femme !
UGO
~ Ma foi, ce n'était pas trop bien ! Biais je voudrais être sûr — que ce coup doit être le plus rude.
LODOYICO.
Est-ce une habitude chez lui? — ou bien sont- ce ces lettres qui ont agi sur son sang — et lui ont inoculé ce défaut?
Hélas ! hélas ! - Ce ne serait pas honnête à moi de dire ce que j'ai vu et appris. Vous l'observerez. — Ses procédés même le feront assez connaître - pour m'épargner la peine de parler. Ne le perdez pas de vue seulement, — et remarquez comment il se comporte.
LODOYICO.
— Je sois fAché de m'étre ainsi trompé sur son compte.
Ils sortent.