SCÈNE XII
cHeroe où des crapauds hideux ~ s'accouplent ^ puliuleot!...Oh! change de couleur à celte idée, — Patience, jeune chérubin aux lèvres roses, — et prends un visage sinistre eomme l'enfer!
- J'espère que mon noble maître m'eslime vertueuse.
OTHELLO
-Oh I oui, autant qu'à la boucherie ces mouches d'été— qui engendrent dans un bourdonnement! ... 0 fleur sauvage, ~ si adorablement belle et dont le parfum si suave — eoifre douloureusement les sens !... je voudrais que tu ne fiisses jamais née !
DESDËMONA.
- Hélas ! quel péché ai-je commi:: à mon insu ?
OTHELLO
- Quoi ! cette page si blanche, ce livre si beau étaientk - iuts pour la plus infâme inscription ? — Ce que tu as uunis ! ce que tu as commis ! 6 fille publique, — si je le <bais seulement, mes joues deviendraient des forges — qui lirûleraient toute pudeur jusqu'à la cendre ! — Ce que tu as commis ! — La ciel se bouche le nez et la lune se voile à tes attioQS : — la lascive rafale qui baise tout ce qu'elle ren- Mitre — s'engouffre dans les profondeurs de la terre — pour ne pas les entendre... Ce que tu as commis! — Impudente prostituée !
DESDËMONA.
Par le ciel, vous me faites outrage !
OTHELLO
— Est-ce que vous n'êtes pas une prostituée ?
DESDËMONA.
— Non, aussi vrai que je suis une chrétienne! —Si prélerver pour mon mari ce vase — pur de tout contact illégitime - n'est pas l'acte d'une prostituée, je n'en suis pas une !
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8GÉ1II XU. 345
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€ZLeloi qui est le vôtre, chère maltresse (45).
DESDtMONÀ.
— Je n'en ai pas ; ne me parle pas, Émilia. — Je ne pleurer, et je n'ai pas d'autre réponse — que celle qui cirait en eau... Je t'en prie, cette nuit, — mets à mon lit draps de noce, n'oublie pas.*. . - et tais venir ton mari
ÉMILIA
bien du changement, en vérité.
Elle sort DESDËMCmA.
- 11 était juste que je fusse traitée ainsi, très-juste. — iment me suis-je conduite de façon à lui inspirer — le
ptmjiâ petit soupçon d'un si grand crime ?
Émilu rentre af ec Iago* UGO.
- Quel est votre bon plaisir, madame ? Qu'avez-vous?
DESDilIONÀ.
- Je ne puis le dire. Car ceux qui élèvent des petits enbx^ts — le font par des moyens doux et des tâches faciles... "^ Il aurait bien dû me gronder ainsi ; car, ma foi, —je suis ^^« enfant quand on me gronde.
UGO
^a'y a-t-il, madame ?
ËmuÂ.
- Hélas, Iago ! Monseigneur l'a traitée de... putain. — *^ ^ déversé sur elle tant d'outrages et de termes accablants
qu'un cœur honnête ne peut les supporter.
DESDÈMONA.
- Sois-je donc... ce nom-là, Iago?
Quel nom, belle dame?
346 OTHELLO
DESDËMONâ.
— Le Dom qu'elle répète et que mon mari dit que suis.
ÈinUA.
— Il l'a appelée putain ! Un mendiant» dans son ivresse, n'appliquerait pas de pareils termes à sa caillette.
— Pourquoi a-t-il fait cela ?
DESDÈMONÂ9 sangloUnt.
— Je ne sais pas ; je suis sûre que je ne suis pas ce qu — dit.
lAGO.
— Ne pleurez pas ! ne pleurez pas ! Hélas ! quel jour !
ÉMIUA.
— N'a-t-el1e renoncé à tant de nobles alliances, — à %tyc^ père, à son pays et à ses amis, — que pour être appelée putain? N'y a-t-il pas là de quoi pleurer ?
— Telle est ma misérable destinée !
UGO
Malheur à lui pour ce)a! — D'où lui vient cet accès?
DESDËMONA.
Âh ! le ciel le sait.
ËMILIA.
— Je veux être pendue si quelque éternel coquin, — quelque scélérat affairé et insinuant, —quelque maroufle flagorneur et fourbe n'a pas, pour obtenir quelque emploi, — imaginé cette calomnie ! Je veux être pendue si cela n'est pas.
UGO
— Fi! Il n'existe pas un pareil homme. C'est impossible.
DESDËMONA.
— S'il en existe un pareil, que le ciel lui pardonne !
SGÉNB m
tfi
imUi* avee fébénMiice»
-Que h potence l'absolve et que l'enfer lui ronge les os ! -Tourquoi Mon^igneur la traiterait-il ainsi ? Quel visiteur ttûda reçoîl-eUe ? — En quel lieu? à quel moment ?. . . Qodle apparence? quelle vraisemblance? — Le More est •basé par quelque affreux manant, — par quelque grossier miDant, par quelque drôle immonde ! - 0 ciel» que ne déooDcesta de tels misérables ! — Que ne mets-tu dans toute main honnête un fouet — pour chasser TinfAme, tout nu, i traiers le monde, — de l'orient à l'occident 1
U60, à Émilia.
Que les passants ne vous entendent pas !
ÉMILIA
-Oh! malédiction sur cet homme! C'était quelque fcajrer de même ordre — qui vous avait mis l'esprit à l'enw - et vous avait fait suspecter quelque chose entre le More et moi.
lAGO.
- Vous êtes une folle, allez !
DESDfolONA.
Obon lago, — que ferai-je pour r^agner mon mari ? —
Honbon ami, va le chercher ; car, par la lumière du ciel, —
je ne sais comment je Tai perdu... Me voici à genoux (46) :
- si jamais ma volonté a péché contre son amour, — soit par
piide, soit par pensée, soit par action positive ; — si jamais
ax)o regard , mon oreille, aucun de mes sens — a été
charmé par quelque autre apparition que lui ; — si je cesse
à présent, si j'ai jamais cessé, ~ si (m'eût-il jetée dans les
misères — du divorce) je cesse jamais de l'aimer tendrement,
- que la consolation se détourne de moi!... L'injustice
peut beaucoup , — et son injustice peut détruire ma vie. —
mais jamais elle n'altérera mon amour. Je ne peux pas dire. . .
putain ! — Cela me fait horreur, rien que de prononcer le
mot ; — quant è faire l'acte qui me mériterait ce surnom,
348 OTHBLLO.
— DODy la masse des vanités de ce monde ne m*y déciderait^ pas!
IÂ60.
— Je vous en prie, calmez-vous... Ce n'est qu'une bou^ tade. - Des affaires d'État l'irritent, — et c'est à vousqu': s'en prend (47).
DESDÈMONA.
— Oh ! si ce n'était que cela !
lÀGO.
Ce n'est que cela, je vous assure.
Fanfares.
— Écoutez! ces instruments sonnent l'heure du sou
— et les nobles messagers de Venise y assistent. — R trez et ne pleurez plus. Tout ira bien.
Tous sortent.