‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 114 sur 305 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

cHeroe où des crapauds hideux ~ s'accouplent ^ puliuleot!...Oh! change de couleur à celte idée, — Patience, jeune chérubin aux lèvres roses, — et prends un visage sinistre eomme l'enfer!

- J'espère que mon noble maître m'eslime vertueuse.

OTHELLO

-Oh I oui, autant qu'à la boucherie ces mouches d'été— qui engendrent dans un bourdonnement! ... 0 fleur sauvage, ~ si adorablement belle et dont le parfum si suave — eoifre douloureusement les sens !... je voudrais que tu ne fiisses jamais née !

DESDËMONA.

- Hélas ! quel péché ai-je commi:: à mon insu ?

OTHELLO

- Quoi ! cette page si blanche, ce livre si beau étaientk - iuts pour la plus infâme inscription ? — Ce que tu as uunis ! ce que tu as commis ! 6 fille publique, — si je le <bais seulement, mes joues deviendraient des forges — qui lirûleraient toute pudeur jusqu'à la cendre ! — Ce que tu as commis ! — La ciel se bouche le nez et la lune se voile à tes attioQS : — la lascive rafale qui baise tout ce qu'elle ren- Mitre — s'engouffre dans les profondeurs de la terre — pour ne pas les entendre... Ce que tu as commis! — Impudente prostituée !

DESDËMONA.

Par le ciel, vous me faites outrage !

OTHELLO

— Est-ce que vous n'êtes pas une prostituée ?

DESDËMONA.

— Non, aussi vrai que je suis une chrétienne! —Si prélerver pour mon mari ce vase — pur de tout contact illégitime - n'est pas l'acte d'une prostituée, je n'en suis pas une !

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8GÉ1II XU. 345

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€ZLeloi qui est le vôtre, chère maltresse (45).

DESDtMONÀ.

— Je n'en ai pas ; ne me parle pas, Émilia. — Je ne pleurer, et je n'ai pas d'autre réponse — que celle qui cirait en eau... Je t'en prie, cette nuit, — mets à mon lit draps de noce, n'oublie pas.*. . - et tais venir ton mari

ÉMILIA

bien du changement, en vérité.

Elle sort DESDËMCmA.

- 11 était juste que je fusse traitée ainsi, très-juste. — iment me suis-je conduite de façon à lui inspirer — le

ptmjiâ petit soupçon d'un si grand crime ?

Émilu rentre af ec Iago* UGO.

- Quel est votre bon plaisir, madame ? Qu'avez-vous?

DESDilIONÀ.

- Je ne puis le dire. Car ceux qui élèvent des petits enbx^ts — le font par des moyens doux et des tâches faciles... "^ Il aurait bien dû me gronder ainsi ; car, ma foi, —je suis ^^« enfant quand on me gronde.

UGO

^a'y a-t-il, madame ?

ËmuÂ.

- Hélas, Iago ! Monseigneur l'a traitée de... putain. — *^ ^ déversé sur elle tant d'outrages et de termes accablants

qu'un cœur honnête ne peut les supporter.

DESDÈMONA.

- Sois-je donc... ce nom-là, Iago?

Quel nom, belle dame?

346 OTHELLO

DESDËMONâ.

— Le Dom qu'elle répète et que mon mari dit que suis.

ÈinUA.

— Il l'a appelée putain ! Un mendiant» dans son ivresse, n'appliquerait pas de pareils termes à sa caillette.

— Pourquoi a-t-il fait cela ?

DESDÈMONÂ9 sangloUnt.

— Je ne sais pas ; je suis sûre que je ne suis pas ce qu — dit.

lAGO.

— Ne pleurez pas ! ne pleurez pas ! Hélas ! quel jour !

ÉMIUA.

— N'a-t-el1e renoncé à tant de nobles alliances, — à %tyc^ père, à son pays et à ses amis, — que pour être appelée putain? N'y a-t-il pas là de quoi pleurer ?

— Telle est ma misérable destinée !

UGO

Malheur à lui pour ce)a! — D'où lui vient cet accès?

DESDËMONA.

Âh ! le ciel le sait.

ËMILIA.

— Je veux être pendue si quelque éternel coquin, — quelque scélérat affairé et insinuant, —quelque maroufle flagorneur et fourbe n'a pas, pour obtenir quelque emploi, — imaginé cette calomnie ! Je veux être pendue si cela n'est pas.

UGO

— Fi! Il n'existe pas un pareil homme. C'est impossible.

DESDËMONA.

— S'il en existe un pareil, que le ciel lui pardonne !

SGÉNB m

tfi

imUi* avee fébénMiice»

-Que h potence l'absolve et que l'enfer lui ronge les os ! -Tourquoi Mon^igneur la traiterait-il ainsi ? Quel visiteur ttûda reçoîl-eUe ? — En quel lieu? à quel moment ?. . . Qodle apparence? quelle vraisemblance? — Le More est •basé par quelque affreux manant, — par quelque grossier miDant, par quelque drôle immonde ! - 0 ciel» que ne déooDcesta de tels misérables ! — Que ne mets-tu dans toute main honnête un fouet — pour chasser TinfAme, tout nu, i traiers le monde, — de l'orient à l'occident 1

U60, à Émilia.

Que les passants ne vous entendent pas !

ÉMILIA

-Oh! malédiction sur cet homme! C'était quelque fcajrer de même ordre — qui vous avait mis l'esprit à l'enw - et vous avait fait suspecter quelque chose entre le More et moi.

lAGO.

- Vous êtes une folle, allez !

DESDfolONA.

Obon lago, — que ferai-je pour r^agner mon mari ? —

Honbon ami, va le chercher ; car, par la lumière du ciel, —

je ne sais comment je Tai perdu... Me voici à genoux (46) :

- si jamais ma volonté a péché contre son amour, — soit par

piide, soit par pensée, soit par action positive ; — si jamais

ax)o regard , mon oreille, aucun de mes sens — a été

charmé par quelque autre apparition que lui ; — si je cesse

à présent, si j'ai jamais cessé, ~ si (m'eût-il jetée dans les

misères — du divorce) je cesse jamais de l'aimer tendrement,

- que la consolation se détourne de moi!... L'injustice

peut beaucoup , — et son injustice peut détruire ma vie. —

mais jamais elle n'altérera mon amour. Je ne peux pas dire. . .

putain ! — Cela me fait horreur, rien que de prononcer le

mot ; — quant è faire l'acte qui me mériterait ce surnom,

348 OTHBLLO.

— DODy la masse des vanités de ce monde ne m*y déciderait^ pas!

IÂ60.

— Je vous en prie, calmez-vous... Ce n'est qu'une bou^ tade. - Des affaires d'État l'irritent, — et c'est à vousqu': s'en prend (47).

DESDÈMONA.

— Oh ! si ce n'était que cela !

lÀGO.

Ce n'est que cela, je vous assure.

Fanfares.

— Écoutez! ces instruments sonnent l'heure du sou

— et les nobles messagers de Venise y assistent. — R trez et ne pleurez plus. Tout ira bien.

Tous sortent.

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