‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 117 sur 305 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

[Une chambre dans le cbâteaa ]

Enlreot OTHELLO, LoDOVico, Desdêmona, ËMiLiA et leur suite.

LODOVICO

Je vous en supplie, ne vous dérangez pas davantage.

OTHELLO

— Oh ! pardonnez-moi ; cela me fera du bien de marcher.

LODOVlCO.

- Madame, bonne nuit; je remercie humblement Votre Grâce.

DESDÈKWA.

— Votre Honneur est le très-bienvenu.

OTHELLO

Marchons-nous, monsieur?...— Ah! Desdémona!

DESDËMONA.

Monseigneur ?

OTHELLO

Mettez-vous au lit tout de suite. Je serai de retour immédiatement. Congédiez votre suivante; vous entoidex bien.

DESDÉMONA

Oui, Monseigneur.

Sortent Othello, Lodof ico et It nîU* ÈMHJA.

— Comment cela va-t-il è présent ? n a Tair plus dom que tantôt.

DESDÉMONA

— n dit qu'il va revenir sur-le-champ. — Il m*a commandé de me mettre au lit, - et de vous congédier.

EMUJA.

Me congédier !

DESDÉMONA

— C'est son ordre. Ainsi, ma bonne Émilia, — donnemoi mes vêtements de nuit, et adieu. —N'allons pas lui déplaire è présent.

ÉMUJA.

— Je voudrais que vous ne l'eussiez jamais vu.

DESDÉMONA

— Je ne le voudrais pas , moi ! Mon amour est si partial pour lui, — que même sa rigueur, ses brusqueries et ses colères... — dégrafe-moi, je te prie... ont de la grftce et du charme à mes yeux.

ÉMHiA.

J'ai. mis au lit les draps que vous m'avez dits.

SGÈNB X1Y. 353

DESDtMONA.

- Rieo o'j fait» ma foi I . . . Tètes folles que nous som- •'...- Si je meurs avant toi, je t'en prie, ensevelis-moi - dios 00 de ces draps.

ÈMILIA.

ilkms, allons, vous babillez.

IffiSDÈMONA.

-Ha mère avait une servante appelé Barbarie (49), - qui

Aâ amoureuse; celui qu'elle aimait devint capricieux - et

féndonna. Elle avait une chanson du Saule ; —c'était une

Mlechose« mais qui exprimait bien sa situation, —et elle

toorut en la chantant. Ce soir, ce chant-là — ne peut pas me

iM> de l'esprit (50] ; j'ai grand'peine -à m'empècber d'in-

liner la tête de côté — et de la chanter, comme la pauvre

brbarie... Je t'en prie, dépèche-toi.

ÈMLIA. «

— Irai- je chercher votre robe de nuit ?

DESDÈMONÀ.

Non, dégrafe-moi ici... — Ce Lodovico est un homme iitiDgoë.

tlITUÂ.

-- Un très-bel homme.

DESDÈMONA.

n parle bien. —

ÈMILIA.

Je connais une dame, à Venise, qui serait allée pieds nus Palestine pour un attouchement de sa lèvre inférieure.

DESDÈMONA, chantant.

La paoTTC âme était assise près d*an sycomore.

Chantez tous le saule ?ert.

Sa maio sur sa tôte, sa tète sur ses geooni.

Chantez le saule, le saule, le saule.

354 OTHELLO

I.es frais raisseaoi coulaient près d'elle el monianieBt let plÉ Chtotez le saale, le sanle, le saole.

Doonaot qœlqae obj«i de toOelto i

Mets ceci de cAté.

Chaotez le saole, le saule, le saole.

Je t'en prie, hâte-toi. Il va rentrer.

Chaolez toos le saole Tert dont je ferai bu goirUede!

Qoe personoe ne le bUne ! J'apptoafe aen d^daie...

— Non» ce n'est pas là ce qui vient après. .. ÉconI est-ce qui frappe ?

ÈMIUA.

— C'est le vent.

DESDKMOSA*

J'appelais mon amonr, amoor trompeor I Mais loi, il ne répoid

Giantez le saole, le saole, le saole I Si je coortise d'aolres femmes, ooochez aTee d'aotres hommes

— Allons» va-t'en! bonne nuit. Mes yeux me ( gent, — est-ce un présage de larmes ?

EMIUA.

Cela ne signifie rien .

DESDÈMOXA.

— Je Tai entendu dire ainsi... Oh! ces honun hommes !... — Penses- tu, en conscience, dis-moi» — qu'il y a des femmes qui trompent leurs maris si grossière façon ?

ÈMIUA.

Il y en a, sans nul doute.

DESDÈMOXA.

— Ferais-tu une action pareille pour le monde ei

ÈMIUA.

— Voyons, ne la feriez- vous pas?

SCéNE XIY. 355

DESDÈMONA.

Non, par cette lumière céleste !

ËMIUA.

- Ni moi non plus» par cette lumière céleste ; — je la ferais aussi bien dans Tobscurité !

DESDÊMONA.

- Ferais-tu une action pareille pour le monde entier ?

ËMIUA.

- Le monde est chose considérable ; c'est un grand prix -- poar un petit péché.

DESDÉMONA

lia foiy je crois que tu ne la ferais pas. —

ÈMIUA.

Ma foi, je crois que je la ferais» quitte à la défaire quand

jal'aurais fiiite. Pardieu» je ne ferais pas une pareille chose

JNMirniiebague double (52), pour quelques mesures de linon,

pour des robes, des jupons, des chapeaux ni autre menue

pamre, mais pour le monde entier ! . . . Voyons, qui ne ferait

jw son mari cocu pour le faire monarque T Je risquerais le

poigatoire pour ça.

DESDÉMON A.

Que je sois maudite, si je fais une pareille faute pour le monde entier !

ÊMIUA.

Bah ! la faute n*est faute que dans ce monde. Or, si loos aviez le monde pour la peine, la faute n'existerait que Itns TOtre propre monde, et vous pourriez vite l'ériger en mérite.

DESDÊMONA.

— Moi, je ne crois pas qu'il y ait des femmes pareilles.

ÉUIUÂ.

— Si fait, une douzaine ! et plus encore, et tout autant — qu'en pourrait tenir le monde servant d'enjeu. ~- Mais je pense que c'est la faute de leurs maris — si les femmes

356 OTHELLO

succombent. S'il arrive à ceux-ci de négliger leurs devoio — et de verser nos trésors dans quelque giron étranger, ou d'éclater en maussades jalousies — et de nous soomettm à la contrainte ; ou encore de nous frapper — ou de rédoin par dépit notre budget accoutumé, — eh bien, noas sommes pas sans fiel; et quelque vertu que dm; ayons» — nous avons de la rancune. Que les maris le » chent! — leurs femmes ont des sens comme eux; dhlj Voient, elles sentent, — elles ont un palais pour le don] comme pour l'aigre, — ainsi que les maris. Qu'est-ce qui les fait agir — quand ils nous changent pour d'autm! Est-ce le plaisir? — je le crois. Est-ce l'entraînement de passion? - je le crois aussi. Est-ce l'erreur de la foibl

— oui encore. Eh bien, n'avons-nous pas des passions,*^ des goûts de plaisir et des faiblesses tout comme les mes ? — Alors qu'ils nous traitent bien ! Autrement, qa' sachent — que leurs torts envers nous autorisent nos envers eux !

— Bonne nuit, bonne nuit. Que le ciel m'inspire rhal»*| bitude, - non de tirer le mal du mal, mais de faire le mal au mieux !

Elles sortent.

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