‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 141 sur 305 · C. Fa. Lui qui vous aime en toute affection · texte numérisé non relu

C. Fa. Lui qui vous aime en toute affection

D. Soif Ré. Pour une clef j'ai deux notes,

E. La, Mi. Ayez pitié ou je meurs ! m

Sais le changement le plus intéressant peut-être que le poêle ait apporté à la composition primitive, c'est la concluâon inattendue par laquelle il a terminé l'aventure du dor- Dtt^ur éveillé.

Tout le monde a lu dans les Mille et une Nuits l'aventure ^^ ce marchand de Bagdad, Abou Hassan, qui, après avoir ^é endormi avec un narcotique et transféré dans le sérail ^Upérial par ordre du calife Haroun, se réveille un beau ^'^tin commandeur des croyants, ayant pour favorites des ^^Itanes, pour ministre le grand vizir Giafar et l'Asie entière pour esclave, puis, rendormi de nouveau et rapporté chez '^î» se trouve marchand comme devant, après avoir régné ^uune dans un rêve.

Cette belle légende, que Galland nous a traduite, n'était P^ parvenue directement à nos pères du moyen âge. Rapportée inexactement, dès le treizième siècle, par Marco Polo, ^ attribue l'idée du calife Haroun au Vieux de la Monta- ^, elle avait fini, chose étrange, par prendre en Europe k consistance d'un fait historique. En France, le chronifi. ' î

queur Goulard, sur l'autorité de récrivain latin Heutens, avait raconté Taventure comme s'étant effectiTement passée à Bruxelles, en vertu d'un caprice souverain du dac de Bourgogne, Philippe le Bon ^ Le récit de Goulard avait élé h son tour traduit en anglais, et c'est par cette dernière ve^ sion que le conte arabe, modifié par tant de migrations successives, a été révélé à Shakespeare. Dans la Sauvage ayprivoisée primitive, le poète met scrupuleusement en scène la narration qui lui a été transmise. Il transporte sur son théâtre les péripéties essentielles de la l^nde. ConuDe Abou Hassan, Christophe Sly endormi est transféré dans une demeure splendide où toutes les jouissances de ce monde lui sont offertes dès son réveil ; transformé en grand seigneur, il a sa troupe de comédiens, comme Abou Hassan a son cortège d'odalisques ; enfin, conune Abou Hassan, il cède à un nouveau sommeil durant lequel il est empoigné par des bras vigoureux et impitoyablement reporté dans son milieu de misère. Quand il rouvre les jeux, il se retrooia devant la porte du cabaret où il avait l'habitude de boire. L'aiiborgislc Ta rovoillé d'un coup de pied, et Sly le considorc d'un air ébahi :

— Oui est là? s'écrie-t-il. L'aubergiste!... Mon Dieu! Tami, j'ai eu celle nuit le plus beau rcve dont tu aies jamais oui parler dans toute ta vie.

— Ma foi î vous auriez mieux fait de rentrer chez vous , volHï femikie va vous gronder vertement pour être restée rêver ici cotte nuit.

— Hah ! tu crois? réplique Christophe encore sousTimpressioii du s|>ectacle auquel il vient d'assister. Je sais maintenant comnieiit on apprivoise une sauvage. J en ai rêîé toute cotte nuit. Je vais trouver ma femme ; et je l'apprivoserai h mon tour, si elle se met en colère.

> Voir ce récit aux Noies.

Tel est le dénoûment, conforme à la tradition , que le poète aYait adopté d'abord. Mais plus tard, en revoyant son œoTre, Shakespeare fut choqué d'une scène qui terminait par one impression pénible la joyeuse comédie. Comme artiste et comme philosophe , il réprouva cette conclusion tout orientale qui assimilait l'homme à la chose. Eh quoi ! ^OQS arez &it un heureux de ce misérable ; vous lui avez <ioDDé ce que le sort aveugle accorde à d'autres , on ne sait poonjQoi ; vous l'avez affublé de richesse, de luxe et de poissaDce; vous l'avez transporté, au milieu des symphonies, dans l'atmosphère embaumée d'un paradis terrestre ! B> après lui avoir créé le goût de toutes ces splendeurs, ^)rès l'avoir habitué à toutes ces délices, après l'avoir élu à Qt Éden, vous le repoussez du pied dans le ruisseau, vous b recrachez dans son enfer ! Et vous voulez que, devant ^(tte mystification cruelle, tous éclatent de rire ! Eh bien , Ml ! ce dénoûment que vous croyez drûle n*est que lugol^- II a pu égayer le calife, mais il attriste le penseur, ^tissi, que fait Shakespeare? Lui qui d'abord avait accepté We conclusion, il se ravise et la supprime de l'œuvre défilùtive.

Vous chercheriez vainement dans la comédie imprimée

^ 1623, la scène par laquelle finit la comédie publiée en

'594, — celte triste scène où le bonhomme Sly éprouve un

À enxel désenchantement en se réveillant è la porte de la

torerne. Comment ne pas voir dans cette suppression pré-

DiMitée la généreuse intention du poète ? Ainsi modifiée,

fa légende du Dormeur éveillé devient une magnifique para-

kie. Cet ivrogne rencontré au coin d*un cabaret, ce gueux

^Q se querelle avec T hôtesse qu'il ne peut pas payer, ce

manant dont un grand seigneur s'amuse, cette espèce dont

les valets se moquent, *ce plastron à insultes, ce vagabond,

ee chenapan, ce Christophe, — c'est l'homme du peuple au

■lajen Age, avili par la misère, abruti par la servitude^

mais resté bon sous sa livrée d'ignorance. Eh \m, sublime inspiration^ le poëte tend la main h cet homme conspué de tous et que le ruisseau lui-même éclahousse ; il Tarrache h son tas d'ordure et il le transporte pour toujours dans le monde enchanté qu*a évoqué sod fjtnie. Il s'adresse à ce misérable et il lui dit : « Toi aussi» ta auras ta part de poésie, de musique et de fête. Entre dans mon théâtre ; là tous les hommes sont ^ux ; là, denot mes tréteaux, le dernier batelier de la Tamise fratenû» avec la reine. Viens, reviens, et reviens encore : sans ces» j'accomplirai pour toi des miracles. Je te ferai oublier ttf douleurs ; je te ferai passer tes souffrances. Tu cherchai au fond d'un broc l'oubli de ta détresse, je te le t&ni trouver au fond de l'idéal. Tu voulais te soûler de pràte bièe, je t'enivrerai d'illusion et je verserai pour toi le meilkar cru de ma fantaisie. Crois-moi, quitte ta taverne pour moi théâtre. Là-bas, tu courtisais des servantes ; ici j'af^hnl pour te plaire, les. plus belles créatures de mes rêves : De»- . démona, Juliette, Imogène, Béatrice, Hélène, Cléopltro! Là-bas, tu avais pour hôtesse Marianne Hacket ; ici, tu aoias Shakespeare pour échanson ! »

Au commencement du dix-septième siècle, un auteur dramatique, contemporain de Shakespeare, le poëte Flelcher a voulu faire la contrepartie de la Sauvage apprivoisée. . Dans une pièce intitulée the Tamer tamed^ il a montré II dompteur Petruchio dompté à son tour par une seconde i femme qui emploie pour le soumettre les moyens mtm dont il s'était servi pour réduire Catharina. L'intentiot avouée du poëte était de venger le sexe faible de la prétendue défaite que lui avait fait subir le sexe fort, représenté par Petruchio. Toute spirituelle qu'elle était, la comédie de

INTRâDUCnOIf. 25

r n*obCiDt qn*un succès médiocre; elle reposait, en ir Que pensée aussi erronée que paradoxale. Sous ide rétablir dans le ménage la supériorité de la €lle faussait la loi naturelle ; elle prêtait à l'épouse

0 du caractère viril, la violence et la rudesse, et à les exagérations du caractère féminin, la mollesse et lanimité ; elle faisait de l'un une femmelette et de me virago. Singulière contradiction ! Pour établir •ni de la femme, Fletcher avait commencé par la en homme.

teblir réellement cet ascendant, il fallait justement contraire; il follait nous montrer la femme fondant pire non sur un tempérament d'emprunt, mais sur dère véritable. Il follait nous la montrer d'autant iaaante qu'elle est plus humble, d'autant plus inla'eUe est plus résignée, d'autant plus irrésistible wX plus femme. Il fallait nous la représenter dans Bit avec l'homme, armée de faiblesse, cuirassée de , invulnérable de bonté. Il follait enfin nous la foire ainant l'homme, non par l'abus de la force, mais es de la douceur.

idée, traitée magistralement, contenait une œuvre u Shakespeare s'en empara et en fit le sujet d'une e comédie.

sil kien qui finit bien est la contre-partie exacte de ge apprivoisée. Ici, les rôles sont intervertis. Ce n'est mme qui doit apprivoiser la femme ; c'est la femme iompter l'homme. L'opiniâtreté de Bertrand est ici

1 à vaincre, comme Tétait là l'opiniâtreté de Catha- 8» il fout l'avouer, la tâche d'Hélène est plus diffineque celle de Petruchio. Tout à l'heure, c'était une acariâtre qu'il s'agissait d'attendrir; maintenant,

fils de fomille hautain qu'il faut convertir à

28 LES COMiDIES DB L'AMOUR.

Shakespeare a tout fait pour rendre malaisée la TÎetoi de sou héroïne. Il a incamé dans le comte de Roussilk Taristocratie de Tépée. Bertrand est une figure toute féodal Frivole, ingrat, astucieux, libertin, capricieux, vaniteux, n'a guère qu'une bonne qualité : la bravoure. Elevé comn un prince qu'il est, nourri d'adulation, gorgé d'idolAtri> Bertrand est moralement difforme, mais il est beau phjs quement. U a cette élégance de race, cette désinvolture p tricienne, cette distinction de tournure, cette noblesse ( traits qui sont les armoiries éclatantes delagrAce. Et vol pourquoi il est si séduisant. Mais malheur à celles qui se prendront de ce cavalier ! C'est le don Juan de la guerre, ù qu'il aime, lui, c'est la fanfare du boute-selle, c'est le roulement du tambour, c'est le frémissement des panaches au souffle de la mêlée, c'est le hennissement du cheval de bataille, c'est le cliquetis des estocs, c'est le choc des lances étincelantes au soleil ! Est-ce à dire que la femme lui esi indifférente? Non pas. U la recherchera^ comme il le dit lui-môme, à la façon capricieuse de la jeunesse, in the tmton way ofyauth. Il aura pour elle des fantaisies. H courra après les aventures d'alcôve et s'amusera à suivre les fito à la brune. Gourmet de sensualisme, il sera avide de primeurs friandes ; il revendiquera partout le droit du seigneur; la chasteté ne fera qu'irriter son libertinage ; et pour tentei une vertu, il offrira tout, fCtt-ce l'anneau monumental de sef pères.

Hélas ! voilà l'homme dont Hélène est amoureuse !

Pauvre enfant! Pourquoi s'est-elle mis en tête cette pas sion insensée? Pour prétendre au comte de RoussilloD a-t-elle au moins la situation sociale que Boccace a accordé! dans sa légende *, à Giletta de Narbonne? Est-elle coma celle-ci «c une riche damoiselle, ayant refusé déjà plusieu

1 Voir cette légende & TAppendice.

IHTRODDCnOlf. 17

priisi qui ses paronU r«vaieût voulu marier? » Nod, Hélène ttl OM malhaureuse qui possède pour tout bien quelques miiers jaunis que son père Gérard, un médecin de NarlooM, lui a légués en mourant. Orpheline dès son enfance, tfi 1 été recueillie au château et élevée par les soins d'une pnde dame» k comtesse douairière de Roussillon^ dont tfeastaïqourd'hui la camériste. Fille d*un roturier, Hélène Mtiotnrière ; elle a la tache indélébile du berceau ; elle martîeDi è la classe infime des gens qui ne spnt pas nés ; db est d^ celles à qui Ton ne dira jamais que mademoiselle ; fTqmit pas de fortune, elle devrait s'estimer bien heureuse éqoelque tabellion ou quelque procureur consentait à l'éjmer pour ses beaux yeux. — Voulez-vous savoir combien JiposîtioD d'Hélène est subalterne? Écoutez-la causer avec le ^HlikiDe Parcrfes, qui part pour la cour de France à la suite rêt Bertrand. Avec quelle humilité elle essuie le tutoiement 41 àéfwe les impertinences de ce faquin : « Adieu» petite Mètti» si je puis me souvenir de toi, je penserai à toi làhk Je reviendrai parfait homme de cour, et alors mes leçons iliseront chez toi toute ma science, pour peu que tu eqiable de comprendre les conseils d*un courtisan. r> la respect de Paroles pour les gens est toujours en raison inete de leur puissance sociale. Vous pouvez mesurer Tim-* fertanee d'Hélène à l'insolence de ce pied-plat. - Bk bien, c'est cette petite Hélène, tutoyée par Paroles, fn s'est énamourée du comte de Koussillon. Cette fille du people s'est éprise de ce fils des barons. Cette femme de «hmbre d'une comtesse aime ce pupille du roi de France. fleia vilaine est éperdue de ce gentilhomme. Cette vassale tflet aflotée de ce suzerain. Entre elle et lui quelle vertigidistance ! « Autant vaudrait pour moi, se dit-elle, quelque astre splendide et songer à l'épouser. Il est Ukment au-dessus de moi ! . . . C'est tout au plus à la lumière iËqoà de ses brillants rayons, ce n'est pas à sa sphère que

n UB fxoÊiBm M l'iimii.

je puis aspnr! CanbilMm 4i hk» oMiar ««tb«|« plioe : la Iricha qui wodnit i^imir à «n ImiMl «nkarfi à mourir d'aoïoiir. »

Gependttil, rin si ^rooi mite. lUblé Mtel fti sëpiie de Bertrand, HOèM ne M déooonfB |M^ A foi qo'iospmnl les grandes flanmies; eOeeildiwÉs4i crédulité rdMle qoe perpétae l'ineesMit dÙr. à tMs penser à Bertrand, oo dirnt qoe perfab ëSBtëÊmk dans rinnsiUe élraînte de l'eMse. AlonéDecMil le bat éUcNiissani : c Qoelle est la poissanee, la t-elle, qoi dlève mon anoor si liant et nm Wt ridéal dont ma Tue ne peot se rsssarisrT Snneni |É les plus éloignes par la nalnra, la âDstnae les les réonir dans le baiser d'une qnnpiiiûe Bstiva. »

Toot à ooop one nonveUe grave tient auprandra au milieu de ses rftveries : le roi de FkuMe 'te iMiril maladie de langueur dont il est atlsint a éli désfasdi rable par les doeteun assemblés» et Son AlMasa et condamnée s'est pieusement résignée à «(Utter laLMi pour Saint-Denis. La rumeur publique répète avec «Ibb* drissement ce mot du royal moribond : « Puisque je ai puis plus rapporter ni miel ni cire è la ruche, il est giud temps que je sois emporté pour faire place à d'autros tmdleurs. » Jamais les princes ne sont aussi populaires qsi i quand ils sont sur le point d'abdiquer. Aussi la coosteni- ^ tion est générale. Qui donc sauvera ce bon monarque légea* j daire qui unit la sagesse de Marc Auràle k l'indulgenoe di Louis XII?

En apprenant la maladie désespérée du roi, HëUos m frappe le front comme illuminée d'une idée soudaine : eDi court à un vieux meuble dont elle tourne précipitsmmentll clef gothique, en tire les paperasses que lui a léguées M père, secoue la poussière qui les couvre, et y trouve, sa* nutieusement écrite de la main de Gérard de Narbonw, b

INTRODUCTION. ?tf

mmde sooYeraine qui doit guérir le roi ! Pleine de foi dans I sctenee de son père^ Hélène n'attend pas un moment ; Da part pour la cour de France, emportant le grimoire eniNirté qui contient^ avec la santé du prince, la fortune du rfdiQiD. La paysanne de Donrémy pénétrant chez le roi dans le chAteau de Chinon n'était pas plus palpique ne l'est Hélène entrant chez l'auguste agonisant. MmUée par Lafeu, un vieux seigneur qu'elle a connu au ^ et que le poète a amené tout exprès pour lui servir fintoodocteur, la pucelle du Roussillon se jette aux pieds it roi pour le supplier de se laisser sauver. Le sage coucommence par refuser ; Hélène insiste avec une éloentraînante : si dans vingt-quatre heures le roi ifM pas rétabli, Hélène consent à être punie de mort ; s'il lË guérit elle ne demande pour honoraires qu'une foveur, bàoît de choisir parmi les nobles du royaume l'époux ^«Ue voudra. Enfin le prince se laisse fléchir; il accepte le ■Mbé et engage sa parole royale.

L'ordonnance de Gérard de Narbonne fait miracle. Le IMX médecin protège sa fille du fond de la tombe. L'omkn du père plane sur l'orpheline et travaille pour elle, inlirible. — A peine Son Altesse s'est-elle soumise à la magifN formule qu'elle a éprouvé un soulagement extraordiwn. Le roi renaît comme à vue d'œil ; toute la cour est ttipéCûte, et Paroles, écho servile de cet étonnement, répète qœ « c'est la plus grande merveille qui se soit produite dH» les temps modernes. » Avant l'expiration du délai lié» le patient est complètement remis. Hélène a tenu sa pMole ; au roi maintenant de tenir la sienne.

ie moment est solennel, et la scène est une des plus belin qni soient au théAtre. Par ordre du roi, l'élite de la seifÊBatie firançaise, les plus nobles gentilshonmies, les plus itbes» les plus beaux viennent en foule se ranger autour du ntae» el le comte de Roussillon est dans cette cohue. La

30 m ooilMn m lAMom.

toote-pqiMaiipe, donine da haut 4i l'^Mkidt ngêêh tête» lat plu altiàiM» 41 tour à toor las 4 Os sont là tous entaaiét #n pieds de l'kwaUi.flQfBk )i niqf 4Hiitfi4ffipli disdftintw, oooioniMdopriBSB^iiMiPMi de doesp eoarooDM de maïqiw. Ib sont Û io«i» àk fl^ de fiegiM'tilBS"^"*i>^41iMBftnp**- htMieflneeMBlBMJi^ didee émaux. HAtee n*t qu'à eboiiir peimi epi InÉMi radiettL Teat-éUe les aniioiriee de ?ennMid<»e, de.HMii oa de GhampegneT Fréfèie4-ellB VétmÊami^MnllÊgm0 d'Aquitaine? Elle n'a qu'un mot à din^*

Mais non I Ranoes-TOUK aUeisesséitfuasiBMst tous, ducs et pairs I Arrière, marquis! La JDnéimiWi Gérard ne veut pas datons! Elle agwitpayifpnIdiT M» dametodncbe8sedeBouigogne;maisdBepi<ftejifci|w^ elle aime mieuxètreooml688edeRoussilkN|.« Jen*«is|j||:

dire que je K>us prends, dit-elle au jeune atiDiteb WÎijM| livre, pour vous servir toute ma viOi à votre jOjfOBManww

voir... Toilà l'homme I » Et en pioDonçant ee tsafesA»

hamo^ Hélène a montré Bertrand.

Bertrand ne répond pas.

— Allons, jeune homme, dit le roi, {mnds-la: elbok ta femme !

Mais le roi de France a beau confirmer le choix d'HéMae de sa parole souveraine, Bertrand reste immobile. La wg altier des barons pyrénéens se révolte et loi monta à h foce.

— La fille d'un pauvre médecin, ma femme I s'éorie-i4l, que plutôt UD éternel opprobre me dégrade !

Le roi insiste paternellement. Ce prince idéal foit valoir auprès de son pupille les arguments de la philosophie h plus élevée, et lui explique le néant des distinctions aodi* les : — Si elle est tout à fait vertueuse et si tu la dédaigm par cette seule raison qu'elle est fille d'un médecin, tudi*

nnnoDucnoN. SI

daignes la terto poar no nom. Va, û*agis point ainsi. C'est p&r la qualité qu*il faut juger les choses et non par Tépi-* thète. Si la vierge sans tache te platt dans cette créature, je pais créer le reste. Sa vertu et sa personne, Yoilà la dot qu'elle t'apporte ; les titres et la richesse, voilà celle que je loi donne.

— * Je ne puis l'aimer et je ne ferai pas d'effort pour y parvenir.

A ce refus hautain le roi réplique par un ordre. Tout à ilieure la raison parlait, maintenant c'est la force. Le phi« losophe jette sa toge et le tyran paraît.

*---» Mon honneur est en péril ; pour le dégager, je dois mettre en œuvre ma puissance... Allons, prends sa main, dédaigneux enfant. Songe que nous n'avons qu'à jeter notre pouvoir dans la balance pour que tu pèses moins qu'elle. Obéis à notre volonté qui travaille pour ton bien ; sinon* ma ^v^ngeanee et ma haine se déchaîneront contre toi sans pitié. Parle ! ta réponse !

---'Pardon, murmure Bertrand atterré, pardon, mon S^cîeux seigneur. Je soumets mon goût à vos yeux.

Ce dialogue entre le roi de France et le comte de Roussitton résume dramatiquement toute la querelle de la nxmarchie et de l'aristocratie durant le moyen flge. La monarchie féodale, de suzeraine se faisant souveraine et revendi* diquant l'omnipotence impériale, devient révolutionnaire et niveleuse : elle prétend rendre toutes les classes égales audessous d'elle, ^, pour cela, tend la main au peuple qu'elle élève au niveau de la noblesse. L'aristocratie militaire, invoquant ses antiques privilèges et forte de son indépendance immémoriale, s'oppose d'abord à l'empiétement et repousse la mésalliance. A la royauté demandant : Qui t'a fait comte ? elle répond d'abord comme Aldebert à Hugues : Qui t'a fait roi? Mais la monarchie est la plus forte : elle ne parlemente plus, elle menace. Elle ne raisonne plus, elle commande.

3? LIS COXtDIlS DE L'ÂMOCl.

Gare la Bastille ! Gare la Tour de Londres ! Et raristocmiB terrifiée obéit. Elle donne son consentement, mais s«d5ment du bout des lèvres, et se mésallie au peuple, langt dans le cœur.

— 0 mon Paroles , dit Bertrand h son confident, ik m'ont marié ! Jamais je n'admettrai cette femme dans moa lit. Je la renverrai chez moi. J'informerai ma mère de mûD aversion pour elle et de la cause de ma fuite. J'écrirai aa roi ce que je n'ai pas osé lui dire. Je pars pour la guerre de Toscane. La guerre, c'est le calme h cdié du sombre intérieur que nous fait une femme détestée !

Voilà donc le prix qu'Hélène a obtenu de son immense amour. Bertrand la déteste ; Bertrand n'a que de l'aversk» pour elle ; Bertrand la repousse de son lit. Hélène est mm avant même d'avoir été épouse. Le comte lui a signifié inn niquement son divorce étemel ; il permet à Hélène de rappeler son mari h deux conditions : la première, c'est qu'elle ait obtenu de lui l'anneau héréditaire dont il ne se dâen jamais: la seconde» c'est qu'elle lui montre un enbnt né de ses entrailles et dont il sera le père ! Ainsi Bertrand ajoute le sarcasme à rofTense. Pour faire sa paix avec Hélène, il propose comme préliminaires, quoi? l'impossible.

Dans la légende de Boccace dont s'est inspiré Shakespeare, Gilette, abandonnée par Bertrand, devient une femme politique ; comtesse de Roussillon , elle gouverne, comme régente, les États de son mari et s'en acquitte à la satisfaction du public : «c Tout étant gâté et en désordre, elle remit comme sage dame et par grande sollicitude tout en ordre. Dont ses sujets se contentèrent grandement et eurent aussi amour pour elle, blâmant fort le comte de ce qu'il ne s'en contentait pas. » Mais Hélène est trop délicatement fière pour se parer ainsi d'un titre que son mari loi conteste ; elle ne se reconnaîtra comme comtesse de Roussillon que quand Bertrand l'aura saluée telle. D'ailleurs elle

INTBODUCTION. S3

M trop follemeût éprise du comte pour rester calme tandis ^'il joue sa vie sur le champ de bataille , et elle se reprodie oomme autant de crimes les dangers qu'il court : « Paufre seigneur 9 c'est moi qui te chasse de ton pays et qui iTeipoee à Tévénement d'une guerre sans merci! L'homme qai tire sur toi, c'est moi qui Taposte ! L'homme qui lève le fir contre ton sein aventureux» je suis la misérable qui Feieîle, et» si je ne te tue pas, je suis la cause de ta mort ! âh ! que plutôt toutes las misères dont dispose la nature me nimt infligées à la fois ! Je veux partir. Ma présence ici «I ee qui t'éloigne : est-ce que je puis rester? Viens, nuit ! Joar, disparais! Je veux, triste voleuse, me dérober dans hstéoèbres. i»

La Gilette de Boccace quitte le Roussillon après avoir sohmeUement convoqué les notables de la comté et leur notifié sa résolution. Elle part au grand jour comme souveraine qui abdique. Hélène se sauve la nuit «iooinieune voleuse. »

Combien ce départ furtif est plus dramatique et plus tou- Aiat! C'est qu'en effet, au fond de son âme, Hélène a un nBords que n'éprouve pas Gilette. Elle sent, — et cela lui AH honneur, — que son amour Ta rendue coupable envers iHtrand d'un abus de pouvoir ; elle sent qu'elle s'est im- |Qiée à lui de par une autorité tyrannique et qu'en entrant Msî de force dans cette grande maison seigneuriale, elle a Munis une véritable effraction. La voleuse, elle a dérobé IBertrand le plus précieux des privilèges humains, la liberté àieoBur!

La critique anglaise presque unanime s'est élevée contre fonDoralité du caractère de Bertrand. Mistress Jameson, fai a été la plus indulgente, a dit de lui qu'il était plus facile I amer qu'à excuser. Johnson, qui est un des plus sévères, Imive Bertrand si coupable, qu'il reproche à Shakespeare la l'avoir épargné au dénoûment : « Je ne puis, s'écrie-

34 US GQlriBIB m L'imOL

l-il« réooptilf non coor cm Botmidy vn Immu vlh sans générosité et jwme «ns frmdiiBB, qoiéiMNMHte eomme on lldie et rabandonoe coudm on Iflwrta, priii dès qu'il la croit morto grtee à sa cniaiMé, ■"■■■F— ^ « socond mariago, art accosé par la Jéameqnlla oatai^ se défend par le mensonge et est oondamnéL.. an iMolMr. I Qa'eat-ce done que Johnson aurait voohi? Annît-i«MlHil par hasard qœ le eomie fftt condamné à mort pov h crin dViRoir préKré Diana à HâèneT — Lapoêle» jeraiees,tt parait plosJQSle dans sa démence qœ le criliqnB dnnni indignation. Re l'oQblHMis pes en eflet : qoelq» sMipili» que que soit la natore de Bertrand, qoe^pie rriprAnnib que denenne sa conduite, le premier tiMrt n'est pss à M Toutes ses fuites sont les conséquences d'une nmcn qsiU a été imposée par la force. Bertrand a Aé marié malpélni Cet homme, qui était fait pour rindépendanee dneAilirt4 pour la vie aetite des camps, on l'a emprisonné dans an ■ teneur, on Ta claquemuré dans un ménage, on Pa lié àsfll femme. Que cette femme soit belle, ^ertnene, dMnliiBb n'importe ! c'est TsTis de tous, mais oe n'est pas l'afis A Bertrand. Le comte est donc autorisé à dire qu'on a tt Tiolence à ses sentiments. On a forcé le sanctuaire de ss goûts. Ou a attenté à son Ame. Eh bien, qu'a-t*il {ût?Da protesté contre cet attentat à sa souveraineté intime ; il a tt le sombre intérieur que nous feit une femme détestée ; 3& réclame son droit d'aimer ; et, comme on loi mesurait la liberté du cœur, il l'a outrée jusqu'à la Horace. On lui ïïmk ordonné une femme, il a pris une maltresse.

£t c'est ici qu'il faut admirer la ravissante conclnsioii indiquée par la légende et consacrée par Shakespeare. Four devenir réellement la femme de son mari, Hélène est réduite... à quoi? à se faire sa concubine. Elle ne peut sei^ concilier avec Bertrand qu'en sanctionnant par sa propre hamiliation les droits qu'elle avait mécoimus. Elle ne parrieat

urrRODDCTioir. 35

t se faire aimer de lui que gr&ce à la faculté qu'il a d'en aimer une autre. Elle est obligée de reconnaître, jusque dans son exagération même, ce grand principe que Bertrand n'a cessé de rerendiquer, l'indépendance de l'Ame. Elle n'entre dans le lit conjugal qu'en s'y substituant à une rirale. DénoAnient profond! Hélène n'est réellement épouse que lorsque Bertrand est adultère.

Ainsi c'est grftce à son humilité qu'Hélène prend possession de son hautain mari. Si, enorgueillie de son titre de comtesse, elle n'avait voulu rien rabattre de ses prétentions Intimes, si elle avait refusé fièrement d'entrer par la porte dérobée dans l'alcdve nuptiale, la séparation entre elle et Bertrand eût été un étemel divorce. Mais Hélène a fait ibnégatioD d'elle-même ; elle a trouvé dans son adorable More la résignation nécessaire au triomphe ; elle a daigné iteeorder comme une faveur ce qu'elle pouvait réclamer ^omme un droit. Elle a rejeté de son corsage le chaste bou- <piet d'oranger pour y poser la ceinture dorée de la vierge Mh; elle a consenti h donner à sa nuit de noces les lascives ^nres d'une nuit de débauche. Concession suprême, elle adonné au devoir accompli les apparences de la feute. Crice à cet avilissement héroïque, Hélène a atteint son but. ^ nn miracle de tendresse, elle a rempli les deux conditions impossibles que le comte a mises à son amour : elle a ^ doigt la bague héréditaire avec laquelle Bertrand a cru ^ payer du déshonneur, et elle sent tressaillir dans ses "•ncs Fenfant qu'elle a conçu de lui. 0 prodige ! après être ^trée furtivement, la tête basse , dans la chambrette d'une 'Nson suspecte, elle en sort, l'auréole au front. La cour- ^ne s'est transfigurée en épouse. La prostituée est devei^mère.

Comte de Roussillon, à genoux !

Le dénoAment de Tout est bien qui finit bien symbolise <iui8 une réconciliation grandiose la société rêvée par Sha-

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kespeare. 11 consacre par le triomphe d'Hélène ces gnols principes proclamés par le poëte au commencement de sud œuvre : — Quand des actes vertueux procèdent d'un mg infime, ce rang est ennobli par la conduite de leurautaor. Être enflé de titres pompeux et manquer de vertu , c cA avoir l'honneur hydropique. Le bien est le bien, sans dqb; le mal de même. C'est par la qualité qu'il iaut classer hi choses, non par l'épithète. L'honneur du meilleur aU, nous le dérivons de nos actes et non de nos aieux. Qoait au mot honneur « ce n'est qu*un esclave prostitué à tods les tombes. — Maximes toujours vraies qu'à sa gloire inmortelle Shakespeare a jetées comme Taudacieux ^fi de l'avenir h la face du moven âge!

Telle est la portée morale que le poëte a touIu donner i son œuvre. Et pour que sa pensée ressortit mieux encore, il a rattaché à l'intrigue principale cet épisode si amusai où la bonne renommée du capitaine Paroles s'évanooit dus les éclats de rire et dans les huées. Paroles est un chevalier d'industrie qui a escroqué la confiance et l'estime pirh flatterie* ot par la vantardise. Ce même Bertrand qui n'a pour Ut.-lène que do la haine accorde à Paroles toute sa faTeor. Le poëte a démasqué impitovablement ce fanfaron d'booneur, ce Tartufe «le vaillance, et l'a voué au mépris publie par une mvstitication des plus bouffonnes. La dégradalion de Paroles confirme sous une forme merveilleusemeot rnmiqu»* la Uvon donnée presque tragiquement par l'éléwlion d*ll*it'ne. .\u faux mérite, la disgrâce. An vrai, la réhabilitation et le triomphe, .\insi le veut la providence shakespearienne.

Jugé au point de vue philosophique où l'auteur loimnme s'est placé. Tout est bien qui finit bien n*est plus une lécende, c'est un symbole. Le comte de Roussillon, personnage mixte, croisé de chevalerie et de duplicité, généreuse nature faussée par une éducation détestable, représente IV

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igarchie des privilégiés ; Hélène, type achevé de grâce, de lonsUuice et de vertu, incarne la caste laborieuse des déshéités. Reléguée par sa naissance dans les rangs infimes, elle aigage une lutte désespérée avec les préjugés qui Tacca- Mrat ; elle concentre en elle toutes les forces vives de Tin- IdligeDoe et du cœur, appelle à son aide la science et la foi, Inime toutes les épreuves, subit toutes les humiliations et Bofin, au moment oîi la victoire semble perdue, s'élève par rhéroïsme de l'amour jusqu'au lumineux sommet du plateau social. Hélène alors nous apparaît transformée : ce o'est [dus une femme, c'est la figure radieuse du peuple élimgDant dans l'embrassement de l'union définitive l'aristocratie pardonnée.

L'Angleterre, comme la France, a eu ses précieuses. La pidinterie que Molière reprocha, dans son immortelle co- Bédie, h certaines femmes de son siècle, avait existé chez kl contemporaines de Shakespeare, exagérée encore par le km enseignement classique que la Renaissance donnait aux illes. Un écrivain qui a peint fidèlement la société anglaise iwsla fin du règne d'Elisabeth, Harrison, disait : (c N'omettott pas de déclarer, à la louange singulière des courtisans te deux sexes, que presque tous ont Tusage de plusieurs logages. U me serait impossible de dire le nombre de gentikhommes et de dames qui, outre la connaissance du grec et du latin, sont versés dans Titalien, l'espagnol et le fcuiçais^ » Cette éducation polyglotte avait produit de sin« goiiers résultats : elle avait mis à la mode parmi les gens du bel air une espèce de jargon cosmopolite, composé du mé- ^Èogb de l'anglais avec une foule de citations empruntées à

* HoliBthed's Chronicles, VI, p. S30 (1807).

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