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38 LES COMÉDIES Dl L^AMOCR.
toutes les littératures de TEurope. La langue usuelle, i^ dée connue du dernier bourgeois^ avait été passée m oilk et épurée de sa rudesse primitiTe. L'énergique pronoBOitioD populaire avait été amollie par une sorte de léiaiauBt aristocratique qui prétendait donner an vieil idiome sma une harmonie toute méridionale. Dès Tan de grâce 1511, le poète Lyly avait adopté le charabias paissant dans qb aman alors célèbre, intitulé : Euphuis. Toutes les subdlilk de la scolastique courtoise, toutes les afféteries d'étiquetto, toutes les emphases en vogue, toutes les eitravaganoei à pathos foshionable avaient reçu là leur consécration dtfnitive. Désormais l'Angleterre n'avait plus rien à envier m autres nations : le sublime Marini était dépassé } l'iacoofi' rable Gongora était égalé. L'Angleterre du seizième siède se pâmait devant VEuphuêi , comme la France du dixsoptii^me devant le Grand Cyrus. Les petits-mattres de l'époque savaient par cœur le roman nouveau, et, oommerécrivait sir Henri Blount en 4899, il n*étaît pas unebdjqv ne parlât Yeuphuisme. La préciosité britannique avait tnaié s<in La Calpreno«1e dans Lyly : elle eut son Saumaise dins John Florin. Barlx^uilleur classique, entiché d'Àristote^ des trois unilt's, grand adversaire du drame national qa'i déclinait <( n'être ni la vraie comédie, ni la vraie tragédie mais une représentation d'histoires sans décorum •, » b susdit Florio avait compilé un dictionnaire des préaienses qu'il puMia en iriî)8, sous ce titre : Tri monde de mats, awc inio préface où Shakespeare, sans être nommé, était attaqeé assez clairement. A en croire l'auteur lui-même, qui vantijl son ii'uvreavec l'outrecuidance de Vadius, oe glossaire inoffl n'était pas « de moindre valeur que le trésor de la langoe grrcque par Kstionne. » Soutenu par les raffinés, ce pédant
1 T.'io |il.iies thaï ihey plaie ia Kngland are neither right comédies nor rii^ht tragédies, but representatioD of historiés without decoroB' {Flurio'ii Works.)
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fmti pour avoir définitivement fixé la langue nouvelle : il irt proclamé l'arbitre suprême des mots, le juge en dernier NKort des loeutions, et toute expression non absoute par Ufal irrévocablement proscrite. Vaugelas lui-môme n'obtint p$ eb« nous plus d'autorité, et nul doute que mainte pré* deose anglaise eût chassé sans scrupule une servante eoupiAb d'avoir prononcé un mot sauvage et bas condamné firFlorio en termes décisifs.
iiosi, à la fin du seizième siècle, la langue nationale et iMiuiiièfe, ]a langue de Shakespeare, était menacée par htfgi ficllce dos ruelles exactement comme devait l'être, Irinnte-Hlii ans plus tard, la langue de Molière. Mais le jèiiger était beaucoup plus sérieux au delà qu'en deçi de h Mâiicbe. En France , la compagnie précieuse n'était ^pfÉneooterie littéraire où s'étaient innocemment retranchés lii métODleotements politiques de la Fronde ; repoussée de h Cour, elle faisait h l'absolutisme cette petite guerre de
ti qui est souvent la dernière escarmouche de Topposi* rnoorante. Uinoffensif hôtel de Rambouillet était son
Esr général ; pour munitions, elle n'avait guère que les îes de M^* de Longueville, les idylles de M*** Deshou»^. et les pastorales de Ségrais ; en fait d'armes, ses plu^ ^4M0des étaient les épigrammes de l'abbé Cotin ; et, en cas EÀdéfiite, c'est tout au plus si elle pouvait compter sur l'a» Wk princier que lui offrait la grande Mademoiselle. Dans sa ^ÈêêÊb eootre la coterie précieuse, Molière était d'avapoe sûr îilla victoire, car il avait pour allié naturel cet auxiliaire timodhle, le roi Louis XIV.
t^ Htts il n*en était pas de même en Angleterre. Là, la réu- )0Êi^ précieuse n'était pas un club toléré, c'était une société 4m puissante ; elle n'était pas conflnée, comme ici, à quelhfttels arisUx^ratiques, elle entrait, comme chex elle, les châteaux royaux ; elle ne donnait pas de petites dans de petits salons, elle tenait ses grands levers
dans des palais qui s'appelaient Windsor, Greeniicb, Westminster; pour ruelle* elle avait l'alcôve impériale; de n'était pas cabale, elle était camarilla ; elle ne boudait pis la Cour, elle la gouvernait ; car elle avait à sa tâte, dod pas M""* la marquise de Rambouillet, mais Sa Majesté la reioe Elisabeth.
Figurez-vous une femme savante ayant pour canif le glaive et le globe pour serre-papier, r^poant, non sur des cuisines, mais sur un empire, dirigeant, non un ménage, mais une société, et donnant des ordres, non pas à Martine, mais à tout un peuple. À ce bas bleu qui porte la jarretière d'Edouard III, prêtez tous les travers féminins que Molière a dénoncés, la minauderie de Cathos, la pruderie d'Àisi* noë, la vanité de Bélise, l'aOréterie d'Àrmande et la vMenee de Philaminte, et grandissez ces débuts de la redoutable hauteur des Tudors. Représentez-vous cette femme vraiment savante, cette reine qui apostrophe en français l'ambassadeur de France, en italien l'envoyé de Venise, en allemand le nonce de l'Empire, en castillan le parlementaire d'Espagne, et en latin le représentant de Pologne; cette souveraine qui a traduit Platon, Isocrate, Euripide, lénophon, Plutarque, Salluste, Horace, Boèce, SénèqueetCicéron de la même main qui a signé la mise à mort de Marie Stuart ; représentez- vous-la, non pas assise, comme chez Mch lière, entre des Vadius et des Trissotins, mais servie à genoux par les plus jeunes et les plus beaux Clitandres et trônant au milieu des adulations et des encens, dans une perpétuelle apothéose.
Telle était l'adversaire que devait affronter l'auteur de Peines d'amours perdues. Et n'allez pas croire que j'exagère en attribuant à la reine Elisabeth tous les ridicules que no* ire grand Poquelin a distribués entre ses précieuses. 11 est curieux de voir avec quelle minutie l'histoire confirme la justesse de ce rapprochement. Toutes les mièvreries qnft
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b poêle des Femmes savantes a raillées, toutes les fousses théories qu'il a bafouées dans le salon de Chrysale, toutes les excentricités qu'il a châtiées sur le dos de ce pauvre MascarOIe, étaient hautement patronées par la toute-puissante fille de Henri YIII. — La carte du Tendre» tracée avec tant de scrupule par M"* de Scudéry, n'était qu'une copie dégénérée de la précieuse mappemonde autorisée par Elisabeth : sur cette mappemonde-modèle, la capitale du pays de Passion était désignée, non comme une ville ouverte, mais comme une impénétrable place forte ; de sa plume sou- ^reraioe, Elisabeth avait biffé le château de Petits-Soins, détruit le hameau de Billets-Doux, et posé en deçà du fleuve dlnclination les colonnes d'Hercule de l'univers galant. Malheur au téméraire qui eût osé franchir les limites fixées! 11 eût entendu gronder aussitôt la foudre de la co- Kre impériale.
Traductrice de Platon, la prude Elisabeth imposait à ceux <ioi l'entouraient toutes les rigueurs de l'amour platonique. Ole commandait le plus austère célibat à ses filles d'honneur comme à ses gentilshommes. « La reine, écrivait en 1S89 H. Fenton à sir J. Harrington , exhorte toutes ses femmes à rester à l'état vierge autant que possible *. » A celle qui lui eût parlé d'un mari, elle eût répondu avec les mimes dégoûts qu'Ârmande à Henriette :
MoD Dieu ! qoe votre esprit est d'an étage bas ! Que Yoa:t jouez au monde on petit personnage, De Y008 claquemurer aux choses du ménage, Et de n'entrefoir point de plaisirs plus touchants Qa'ane idole d'époux et des marmots d'enfants!... Loin d'être aux lois d'un homme en esclave asservie, Hariei-voos, ma soeur, h la philosophie !
L'itersion d'Elisabeth pour le sacrement du mariage te-
The queene doth still exhort ali her womeu to remain in the vir- 9* sUU Bs much as may be (Nuyœ antiqtuB^ v. I, p. S32.)
TOUS le oonienteiiKHit de votre père, k Que iprèst irhve sir Hathieil Aruadel. Dès qa'elle vieux seigneur, U reioe lui aanonca que sa fille a via de se marier, at l'invite k donner son autort parti est convenable. Sir Mathieu , coartïsan pèrei répond qu'il veut tout ce que tondra li bien! laissez-moi faire, s'écrie Sa Majesté; et i annonce à ta jeune lady qu'elle a obtenu la pei ternelle. •- ■ Je vais donc itre heureuse, escli reuse ravist s'il plaît k Votre Grftce. a — v Tu 1 torque Sa Mnjesté avec un accent de fureur conc non en faisant la folie de te marier. Ton père n coDsontement etje jure que je ne te l'accordei tes aflaires. Tu es bien effrontée de m'avoir avot temeot U sottise. » — Un autre jour. Sa Maji visite au lord archevêque Parker qui venait femme. Lady Parker accourt ofb'ir & la rein splendide : « Je oe peux pas vous appeler Madi superbement Sa Majesté, et j'ai honte de vouai tress : je ne sais pas comment vous appeler, t remercie. ■ — Quelque temps après, la reineai lord évéque Stitl vient d'épouser la fille de sir J — Uorner' ! s'tScrie Son Altesse, qui atme I
jttti de motif o*66t un nom de mauvais augure pour Und titrée en méaage»
ToQà les anecdotes dont s'entretenait toute la eour. Passe ittowe si oe bfeau zèle de la reine en faveur du célibat avait M désintéressé* Mais non« en prêchant ainsi à tous le re- DOOMiHent à la chair» Elisabeth obéissait à une préoocupatktt tout égoïste : elle ne voulait pas permettre à d'autres un bontieur qui lui avait été refusé* On se rappelait son déses-^ poir lorsque avait été rompue l'union projetée etitre elle et le due d'Aujoo. Toute sa viei elle avait soupiré vainement ipfès ces joies défendues : un mari, une famille^ un inté*^ ntor I Oh ! si elle avait eu un fils, quels transports ! quelle ivrene ! Elle n'eût pas été obligée de léguer sa couronne au fils de sa rivale Marie, et le sceptre des Tudors De serait pas tombé entre les mains dégénérées des Stuarts. Cet enchan^tttMDtde se survivre dans un enfant, la reiUé toute-puis^ santé l'enviait à la dernière de ses sujettesi Chaque fois que fiilqa'Qn de son entourage de mariait, c'était pour elle Mune une plaie mal fermée qui se rouvrait. Elle s'empor^ ttit; elle jurait, elle criait contre ces fiancés qui lui rappe- Ueot qu'elle était vieille fille, contre ces époux qui lui rôproohaient de ne pas être mère. Aussi c'était avec un fanali^e monacal qu'elle propageait la religion mystique des pvécieusea. Non contente d'en être la prêtresse, elle en vouait ttreT idole. Ses courtisans la déclaraient divine ; elle les ^t au mot et exigea d'eux un culte perpétuel dont la preiitiire condition était le plus rigoureux célibat. Pressés par «lie, les plus jeunes et les plus beaut de la colir> le comte 'ïawx, sir Walter Raleigh et le comte Henri de Southalnp- ^1 durent s'engager à adorer exclusivement la Madone i^ftgénaire.
« La reine, écrivait alors le voyageur Henizner^ est très- OHjestueuse ; elle a le visage oblong, clair, mais ridé, les y^ petits, nais noirs et agréables, le nez un peu crochu,
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les lèfres étroites et les dents noires. Elle porte uns que rousse et a le sein découvert ecmune tooies les An|^ avant d*étre mariées. ^FaufreEssex ! FanvEeBaWi^îlh^ ne Sonthamplon ! Yoilà donc la majestueuse beauté doÉlli senties SigiÂés! Ib sont condamnés à rivaliser de griMi d'attentions, de petits sœns auprès de cette Philaniiiilsnp rsnnée! Il but qu'ils raccompsgnent partout, qu'ils h» vent partout et qu'ils promènent Teonui rogial de psUitt palais, de châteaux en Ghâteaux* de prisons en prisomil dut qu'ils aient pour étoiles les pattes d'oie de ces prii yeux! Il dut qu'ils admirent sansr^osiii trAveeevim ridé, ce nez crocho, ces lèvres pincées, cette perrucpe raaai cette gorge de vidlle fille, — trop heureux si, en éehsqp è leurs oomplinmits «t de leurs tendresses pbmûqM, Il obtiennent de Is momie couronnée un sourire aux dënti s» res ! MisérsUes courtisans, captifii de la laveur royale, pft riens de la bdaise, fKçats de Tadulalion! »
0 supplice! 6 torture de chaque minutai eilngiÉl expiation de la grandeur! Pour plaire à cette vieille, «n^ jeunes gens ont dû renoncer à tous les privilèges rhiirmisfc de la jeunesse. Le droit qu*a le premier venu de regards une femme qui passe, ils ne l'ont plus. Ils n'ont plus mèas la liberté du caprice ; ils ont donné leur démission de l'i^ mour. Pour se consacrer k la majesté souveraine, ils onl abjuré la vie de fomille, les joies du ménage, les inebbhi ravissements de la paternité. Comme les moines, ils ontâl serment de célibat, afin d'être les ascètes à jamais presto^ nés devant la Vierge-Reine.
En imposant un pareil vœu à ses courtisans, la fille dl Henri VIII montrait jusqu'où peut aller routrecuidance di pouvoir humain. Par cette incroyable exigence, elle j^ un défi à la Providence elle-même. En disant à ces trail jeunes gens : je vous défends d'aimer, elle leur ordonnai de désobéir à la nature. Plus folle que Xerxès donnant le
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Ibuet à rOoéan, elle prétendait commander à cet élément mdomptable, la passion. Mais la passion ne connaît pas les digues ; mystérieuse et fatale, elle suit son cours, en dépit detOQS les obstacles, — engagement, promesse, foi jurée, - 0l die envahit Tâme, jetant à la face des téméraires les épifes de leurs serments brisés.
Voyez donc. Quelle est cette femme en deuil devant qui tous s'inclinent? Comme ces vêtements noirs rehaussent sa pèle et fière beauté ! C'est la 611e unique de sir Francis Wal- SDgliam, c'est la veuve de sir Philipp Sydney, ce chevalierpoële qui refusa d'être roi de Pologne, aimant mieux servir h muse que gouverner un peuple. — Dès qu'il a vu entrer lidj Sydney dans le salon royal, le magnifique comte d'Esw I ressenti un trouble étrange. Le regard de la jeune femme et celui du jeune homme se sont rencontrés ; et dès ce moment Essex ne voit plus la reine qui trône audenasde lui. Il ne distingue plus la majesté de la coumue, tout ébloui qu'il est par cette majesté de la grftce. Mtonnais le favori de la souveraine n'a plus qu'une iiQbition : se parjurer en épousant la sujette. 0 déchéance ! r«DaDt platonique de la reine Elisabeth a pour idéal d'être h prosaïque mari delady Sydney. Il demande en secret le consentement de la belle veuve, il Tobtient, mais comment coDclure cette union tant souhaitée? Le péril était grand. Enex se trouvait juste dans la situation où était le feu comte ^ Leicester au moment d'épouser lady Essex ; il se rappelait la longue disgrâce de son beau-père et songeait en fréiiûssaDt à la rancune de la reine qui encore maintenant P^tKcrivait de la cour lady Leicester. Le jeune amoureux ^'^xposerait-il à cette disgrâce? affronterait- il cette rancune? ^ fiancés crurent conjurer le danger en s' épousant clan- <i^Dement. Mais bientôt une malveillante indiscrétion les Mût. La reine apprit la grande nouvelle : lady Sydney l'a^tdait lady Essex! Elisabeth manda sur-le-champ le
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jeune comte dans sa chambre privée. Il y eut entre tresse et le iavori une explication terriUei où les mots de haute trahison « de lèse-majesté^ de prisoc tuelle retentirent au milieu des imprécations» La c écoutait aux portes, s'attendait k tout moment à voir favori sortir du boudoir royal pour se rendre k la Toi n'esquiva le coup qu'à force de platitude ; il promit voyer sa femme chez sa mère et s'excusa humble son incartade conjugale ; bref, il fut si suppliant , nouille» si lâche» qu'il resta libre. Toutefois, mal( réconciliation apparente» la reine ne cessait pas de 1 de reproches. « Dieu soit loué, écrivait John Sta lord Talbot, que Sa Majesté ne frappe pas autan menace ^ ! » L'existence qu'ÉlisabeUi faisait k so était devenue telle que le malheureux implora con grAce la permission de s'engager au service du ro varre, aimant mieux être exposé aux balles des qu'aux invectives de sa maîtresse.
Le funeste mariage de lord Essel avait réjoui s breux ennemis ; et celui de tous qui en était le chatité était le spirituel capitaine des gardes» sii Raleigh. Rival du comte dans la faveur de la reine» croyait son triomphe assuré par la disgrâce# selon Vitable, du nouveau marié. D'après son calcul « l'i tion conjugale de Robert Devereut ne pouvait c ressortir l'édifiante humilité avec laquelle lui» Wal sistait dans le célibat pour se morfondre au pied en génuflexions platoniques. Ce courtisan éméritec mieux plaire à la reine» avait adopté le jargon patroné par elle, ne reculait devant aucune hyperb exprimer sa fidélité au fossile royal. Sonnets» mi
^ Oôd bé thankèd èhe doth noi sttikê aU 8h9 thrMê. (L<k
INTRODUCnONi 4T
des, éh%îei| il chantait eur tous les rbythmès SOn éternelle ODStancei *- Gependanti ud beau jour» que YieniH>n dire 8i Majesté? Que ce galant-modèle» ce Céladon acoomplif •t imadie idéal aurait. «. séduit une des suivantes de la tins, la jolie aislress Elisabeth Trockmortoni et quei fm reodM Thoniieur à cette fille d'honneur, il aurait été )b)i|éda répouaert Non, ce n'est pas possible! o'èst une nkuntiie I On teut perdre ce cher Raleigh ! Tout ed se re« tmai k croire à une monstruosité pareillei Sa Majesté jliblit une enquête. La suivante est interrogée» examinée t foroée enfin d'avouer tout : l'histoire était vraie d'un boat i l'autre» La reine, cette fois , agit en digbe fille de lenri VIII î elle chasse lady Raleigh, enlève à Raleigh soil ifk de oapitaine des gardes» et le fait jeter à la Touri On MQoit la douleur du pauvre courtisan tombé tout à Oôup daiiDarehes du trône sur le grabat d'un cachot* Le voilà irftaé entre quatre murailles^ et Dieu sait quand il sor* tiii de là ! Le prisonnier étoufie sous œë épaisses parois McimtinUeUemént se meta la fenêtre pour aspirer l'air iSHt^t De sa lucarne» percée au haut du donjon, il plonge sorla Tamise et regarde filer les navires» prisons ailées dont kphu humble captif lui fait envie. Oh! que ne dontierait*il pas pour être le matelot aux mains noires qui chante là*^ bu dans les huniers I ^ Tout à coup» une rayonnante vi- M passe sous les yeui de Raleigh : c'est la gotidole royale ^ tu bruit d*une sérénadoi sous TeBcorte de ses Néréides M de ses Tritons dorés» emporte la reine Elisabeth de fiiieliwieh à Westminster. Walter peut nettement distinguer SooAltésae, qui» nonchalamment étendue au fond de la barfto» passe devant lui avec Tair de la plus complète indiffé- Rooe. À cette vue, le prisonnier est pris d'une frénésie litfaordinaire. Il s'écrie « qu'il subit les tortures de Tantale et qu'il ira sur cette eau pour accompagner sa maî-
48 UBS ooMiDin m l'amui.
tresse S frilftl-fl pour eelas'éhneerpurlBsoiiiinflti rensemeiil le gouverneur de la prison, sirGeoigeiùMii^ se troufah là. Il anèie Baleî^ pur le ooDéL Uâfk eiaspéré rqiosle eu amchant la pemiqne neuve 4b 41: gardien et en le menaçant de sa dsgue. Due fane corps s'engsge entre les deux chevalievs. Les geâlien, par te bniit,prêlBrtmsin4Mte an gouverneur; enta, une résistanee aebaméet Rateigh, hors d'haleine, vaincu, se laisse garrotter sursapaillasae. Gommeen s*y attendre, sir Georges Garew porta plainte eonlii prisonnier, et, pour se justifier, Waher adressa à sas politique* te seerAaire d'État Gédl, une lettre d'aimé le stjrle n*efit pas été dësavoué par don Adriano d' c Comment puis-je vivre en prison, 4crivnt41, qu*Elte est loin de moi, de moi qui étais aceoutoaiè voir chevaucher comme Aleiandre, chasser comme marehtt' comme Yâius, tandis que te doux aéphir sur ses joues immaculées ses dwveux blonds ceux d*une nymphe ! de moi qui te voyais tantflt Tombre comme une déesse» tantôt jouant du luth Orphée!... Dès qu'elle m'a manqué, tout m'a fait défadL. Tant de tendresses, de soupirs, de chagrins, de dësin m peuvent-ils contrebalancer une malheureuse faiblesse? i
La Philaminte couronnée ne fut pas insensiUe à eeli apothéose de ses charmes septuagénaires ; quelque étt mois plus tard, elle fit relAcher le prisonnier, mais jaaàl^ elle ne lui restitua la faveur royale. Exilé de te cour, où i cessa d'être capitaine des gardes, Raleigh se jeta de àéMh poir dans les aventures de voyage, et ce fut alors qu*il eoUi^ prit cette triste expédition qui, au lieu d'aboutir à l'EU^ rado, devait échouer en Guyane.
Ainsi, des trois principaux néophytes qui avaient jorf
1 He sofTered ail the horrors of Taotalni, aad woald go ob thi water lo see his mistress. (CamdeD^s Elisabeth,]
LTrRODUGTlOlf. 44
sr avec la reine vierge le plus strict célibat, deux M)à rompu leurs vœux : Essex et Raleigh, — Essex Miser lady Sydney, Raleigh pour s*unir à mistress nrlOD. Un seul tenait bon encore : c'était Henry ey, comte de Soutbampton» celui-là même à qui Mre avait déjà dédié deux poëmes, monuments imles de son amitié» Vénus et Adonis et Lucrèce, «ne, érudit, riche et magnifique, Henri représendes grandes maisons de l'Angleterre. Si noblesse î*e8t d'abord à la paternité. Le respect des aïeux unour des enfants. Henri allait-il donc, pour un le vieille fille, laisser finir en lui cette dynastie seib dont la fondation avait coûté tant de terreurs au er de Henri VIII ? Allait-il donc éteindre en sa per- I soofDe héréditaire ? Devait-il gaspiller stérilement ^ beauté que lui avaient non pas donnée, mais es ancêtres? Devait-il, pour une fantaisie môme ■iie banqueroute à son père? — Non, lui disait cou- Dent Shakespeare dans ses Sonnets.
•ce par crainte de mouiller l'œil d'une veuve que tu mes dans le célibat T Ah ! si tu viens à mourir sans le monde te pleurera, comme une épouse son Le monde sera ta veuve et se désolera toujours de ta n'aies pas laissé d'image de toi derrière toi ^.. c laisserait tomber en ruines une maison si belle ivec des soins de ménage, il pourrait la conserver niieur contre les rafales des jours d'hiver et la rage de cette bise éternelle, la mort ? Oh ! nul autre rodigue. Cher ami, vous avez eu un père, puisse s en dire autant ^. d Henry restait sourd aux conseils de son ami. Il ob-
le tooDet CXXIX dans l*édition qae j*ai publiée. ei CIXIIII.
LES ooiftann i» l^aiode.
aerfait idigitoiement eet ëgdble célibtt que hû mfeld iacile enoore l'iadiffifenea de sod oobqf : « 0 hotttol wf¥ prenait Shakespeare» avoue que tq ii*a|mea penoDni»|ài que tu es si imprévojpant pour toi-même. Tu es possédé de haine meurtrière, que tu peraisteB à contre td-onème en diirehant à ruiiîer œ toit qWHil qu^il de?rait èiro ton plus oher désir de fipmÊ ^ a
Pour que le jeûna comte fftt oonvainoo de eequiU^ sait le poète, il ne fiillait qu'une occasion, les besai sont moins puissants à fidre ainier que les beaux jeu. Iij écdutant Shskespeare, Southamplon doutah; dant mistress Elisabeth Yamon, U Ait penuadé.
Parente du comte d'Essex, spirituelle» lettrée, foiit un peu savante, belle de cette beauté blonde qui ait kj splendeur du type anglais, Elisabeth Tamon était digas séduire le noble maître ès^rts de rilnivprsilé de Les deux jeunes gens étaient fiancés par la nature : fls aii connurent et s*aimèrent. Ifais pour qu'ila passant ser impunément, il fiillait que la reine releatt Henri M vœux, Se passerait-il du consentement de Sa Ifajastéf Ci-I tait, on Ta vu, chose bien périlleuse. Le oomte se dénàj sagement à faire demander par ses amis la penniMioi] royale ; mais la fille de Henri VIII fut inexorable, elle ni fusa obstinément aux instances les plus vives. Un des tisans les mieux informés, Rowland White, racontait rinfructueux résultat de cette intercession dans une lettisj sir Henry Sydney, datée du 98 septembre <50K: c Southamplon voit en grande familiarité la belle Yarnon, tandis que ses amis , observant rhumeqr ds reine envers milord d'Essex, font ce qu'ils peuvent poit décider à favoriser ses amours : mais jusqu'ici o*ari
vam
« Sonnet CIXX.
3 « Mylord Soolhampton doth wilh moch fiuulkrity the
nrrRODucnoH. %i
Rien ne put iraincre ta cruelle rëaistance de la reine, *-* ni Téloquenee d^Essex, ni les prières de Southampton, ni k douleur si touchante d'Elisabeth Varnon. Vainement les iuM^ éplerëi embrassaient les genoux de Sa Majesté pour «hinir d'elle l'autorisation de s'épouser. L'auguste préëease les renvoyait sèchement en leur prêchant le re« noneement ^ des jpiei toutes mondaines. Que venait-on lui pirier de mariage 9 Àh I fi ! s*écriait-elle comme T Armande daHolière:
N^ coneev^7-Toq« ppÎRt ç« q»|e, dès ^q'op V^Qt^qi), Un tel iDot à l'esprit oiïre de dégoûtant. De qoeUe étrange image on est par lai blessée^ 8af qaelle sale vue il tpatae la pensée ?
Le pauvre Southanpton était désolé. Que faire fComr MQt lui» vassal impuissant , pouvait^il entrer en lutte avec cette volonté inflexible comme le sceptre? Il restait une der«fôèn ressource au malheureux eomte : c'était de faire |i|ider sa eause par la poésie et d'appeler la Muse au seeoorsderAmour.
Ge fiit alors que Shakespeare, ami et confident de Souftampton, imagina le plan de la comédie, jusqu'ici incom- |Rie, qui nous occupe en ce moment. -^ Montrer tous les lidieoles auxquels s'expose la petite toute-puissance humaine M bnvant Tomnipotence suprême, prouver le néant des puili eodes du despotisme en face des règles immuables de h création, opposer victorieusement le droit primordial aux Mots de l'arbitraire, abolir, au milieu des éclats de rire, les inhibitions bizarres qui entravent la satisfaction des be^ nÎDi et des instincts élémentaires, dénoncer comme gro* isquas toutes les habitudes que le préjugé social veut im-
C TamoD wbile lus friends observing the qaeen*s harpors tOTfards j Lord of Essex, do what they can to bring her to favour him ; but ii Tel ia vain. » (Sydney Papers.)
52 LIS GOHtDIB DK L'AKKIR.
posera rhoumie eo dépîldela mûoD, ptodamer enialk face de toutes les tyrannies, — tyrannie da pouvoir, \pi^ nie de la mode, tfnnnie dn foox goAt, tyruinie do kih nité, tyrannie da saocès, — la sonveraineté improseriilib de la nature, telle fut la pensée da poêle en Peinei éCamaur perdues.
On le toit, le projet de l'aotear était pins qa'i C'était une férHaUe satire que Siakeqieaie aDait contre la Cour, contre ses morars, contre ses les plus chères. Toutes les manies royales allaient Ain bliquement critiquées, raillées et bafooées. L'affélmpéf^ çieuse, si hautement recommandée sons le nom dïo* phuisme, derait atoir son représentant dans eet i don Âdriano d*Armado, « l'homme des mots frappés, le véritable dierali«r de la mode. »
— Est-ce que cet homme-là sert Dieaf demande la cesse de France à Biron.
— Pourquoi cette question ?
— C'est qu'il ne parle pas comme on homme dek de Dieu.
Par contre» la pédanterie polyglotte, si fort en fogoe, d^ vait trouver son héros dans Tassommant Holopheme : < Li daim était, comme vous savez, in sànguiêf en sang, mlr comme une reinette pendue à l'oreille ducoslo, du ciei,di firmament, de Témpyrée, et le voilà qui tombe comme pomme sauvage sur la face de la terrai du sol, dn oootip^ nent, de la terre. )> Ainsi parle ce cuistre. Holopherne n'fli pas plus intelligible dans son genre qu'Armado* Ce n'flU' plus un homme, c'est un glossaire de barbarismes, M grammaire de solécismes, un épitomé de latin de coisiilb i Le commentateur Warburton a le premier reconnu dansai pédant la silhouette bouffonne de John Florio, l'auteur di Dictionnaire des précieuses britanniques. Shakespeare s'flil vengé de Florio comme Molière de l'abbé Cotin, en
Dortalisant. L'Holopherne de Peines d'amour perdues est Hissi éterDellemeDt ridicule que le Trissotin des Femmes mantes.
Mais c'était à la fameuse doctrine du célibat que le poëte résenait ses épigrammes les plus rudes. Le célibat était, eomme on l'a vu, le principal article de foi de la religion piédeuse : on se rappelle avec quelle ténacité la reinevi^ge en imposait à ses familiers la rigoureuse observation. Four avoir violé cet article, Essex avait dû s'exiler momentnément, Raleigh avait été emprisonné tout de bon, et, rien que pour avoir désiré s'y soustraire, Soutbampton avait subi defttrribles mercuriales. En attaquant une doctrine sipuisnmment soutenue , Shakespeare allait-il s'exposer h toutes ks colères du pouvoir offensé? Cette Elisabeth Tudor, si jalouse de son autorité, cette reine si scrupuleusement despotique qui» pour une parole indépendante, venait de faire irrèter en pleine chambre des Ck)mmunes le député Wentvorth, comment supporterait-elle, sur un point si délicat, h contradiction du poëte? Comment ce César en vertugadin, qui imposait si brutalement silence à la tribune, accueillenit-il la remontrance du théâtre ? Ces questions, je ne sais ù l'auteur de Peines d'amour perdues se les posa ; mais je mis sûr que, s'il vitle danger, il n'en fut pas intimidé. Shakaq)eare avait une trop haute idée de la fonction du poëte pour ne pas l'accomplir à tout risque. D'ailleurs il comptait ijuste titre sur les ressources infinies de l'imagination. La pttisée n'est-elle pas par excellence l'élément incompressible? Quand la formule nue lui est interdite, est-ce qu'elle b'i pas à sa disposition les voiles à la fois transparents et î^Mdpables de l'allégorie ? Quand elle est traquée sur le terain du réel , est-ce qu'elle ne peut pas d'un coup de piome se réfugier au fond du ciel bleu inaccessible de la fuilaisîe?
La scène est en Navarre. Le roi qui gouverne ce petit n. ♦
54 LES GOMÉDIKS DE L'AMOGR.
État par la grâce de Dieu et la volonté de Shakespeare fA k digoe émule de la reine Elisabeth. Comme elle, il atriBi* formé sa cour en a une académie vouée, paisible et ooolaiplative, à la vie de Tart. » Comme elle, pour fonder atts académie, il s'est associé les plus brillants seigneun de sa cour : c'est Du Maine, « jouvenceau assez spirituel poor rendre la laideur agréable et assez beau pour plaire soB esprit ; » c'est LongueviUe» « homme de souverain mérils, fort instruit dans les arts et glorieux sous l'armure ; 9 c'ot enfm Biron, Biron, « l'homme le plus gai qui soit dans les limites d'une gaieté décente ; si charmante, si inépuisibk est sa causerie que l'attention des vieillards vagabonde n gré de ses récits et que le jeune auditoire en est enchanté. > Le roi de Navarre a imposé à ses trois familiers les mènes vœux que la reine d'Angleterre à ses courtisans. De mène que Southampton, Essex et Raleigh, — Du Maine, LoogMville et Biron ont juré de « faire la guerre à leurs propres pHsions et à l'immense armée des désirs de ce inonde; » 3i ont juré de «c mourir à l'amour pour vivre dans la philose* phie. » Le roi a fait lui-^môme serment de chasteté, et, pov éloigner les chances de parjure, il a prudemment proaud» gué un édit qui défend à aucune femme d'approcher à plv d'un mille de la cour sous peine de perdre la langue. Cet édit peu courtois, signé par Sa Majesté, a été contraeigaé par les trois seigneurs, et, afin que nul n'en ignore, pioclamé à son de trompe par toute la Navarre.
Mais à peine le crieur public a*t-il annoncé à tons b bon plaisir royal qu'un membre correspondant de Tacidémie précieuse, l'Espagnol don Àdriano d'Armado, signeb au roi une monstrueuse contravention : le pastoureau Tiogne (Costard) a été surpris, dans l'enceinte même du pais royal, en flagrant délit de... causerie avec la paysanne leoquinelte. Le procès-verbal dressé par Armado est ondMi* d'œuvre de Uttérature euphuïste : « Grand dépoté» vioe*fli*
Ut da ciel et seul domlDateur de la Navarre ! Dieu terrestre binon ftme! Patron nourricier de mon corps! Voici la iioee. Assiégé par une mélancolie au champ de sable, j'ai loola soumettre cette humeur noire à Faction salutaire de M atmosphère vitifiante, et, foi de gentilhomme» je me laislmé à la promenade... C'est alors que j'ai vu ce pas« toireau à l*âme basse, ce minuscule objet de ta gaieté, cet b^rit illettré et de mince savoir, ce chétif vassal qui, autant |W je m'en souviens, a nom Trogne, s'associer et s'unir, m éSfii de tes pudiques canons, avec. . . avec. . . oh ! avec I . . , ifeit pour moi la passion de le dire... avec une enfant de JMIre grand'mère Eve, une femelle, ou, pour employer un knift pins suave, une femme ! C'est lui que moi, stimulé |ir mon éternel respect du devoir, je t'envoie, pour qu'il ngoife sa rétribution de châtiment, sous la garde d'un ser* da ta suave Altesse, Antoine Balourd ! Quant à Jacqui- ^ainsi s'appelle le faible vase que j'ai surpris avec le il pastoureau), je la ferai comparoir au plus léger signe Il tisoaYe volonté 1 ! A toi avec tous les hommages de l'aréttl dévouement qui consume mon cœur! ! ! Don Adhuno WàMMàM. a
• Un crime dénoncé en termes si congrus ne peut rester itafiini. U faut un exemple. Le roi condamne Trogne à a vue semaine de jeûne au pain et à l'eau. » En vain le laiger demande que sa peine soit commuée en <c un mois 4b pri^ au mouton et à la soupe. x> Son Altesse est iniaûble ; et le misérable Trogne, remis à don Adriano par bprde^bampôtre Balourd, va expier en prison ses famiiMés aviec Jacquinette.
' Al moment même où cette sentence est mise à exécute» un messager apporte une épouvantable nouvelle. La flsda'rm de France arrive en personne pour entamer, au tan de son père, une importante négociation diplomatifto ; et, pour combled'horreur, elle est escortée par un ba^
56 LES GOMfiDUS DE L'AMOUR.
taillon de dames d'atours, toutes plus jolies, toutes pis séduisantes le-s unes que les autres. Saint Antoine* àV^poche de la Tentation, était moins embarrassé queneTeA alors ce pauvre roi de Navarre. Après avoir promis à solennellement de ne parler à aucune femme avant trois ansiévolus, le prince va-t-il donc se parjurer en recevant h princesse? D'un autre côté, s'il ne la reçoit pas, eAJ en mesure de supporter les conséquences de cet outrageai refus? Va-t-il risquer une guerre inégale avec leFFanfâ justement offensé? Non. Un royaume vaut bien... on sv ment. Ainsi pense le roi de Navarre. Il recevra donc k princesse ; mais, pour montrer que violence lai est fûte» i ne la recevra pas dans son palais : il la laissera coucher 1 la belle étoile. Comme dit Boyet, « il la fera camper dam k plaine ainsi qu'un ennemi venu pour assiéger sa coor. i Son parti une fois pris, le roi se rend auprès de la pi» cesse, escorté de ses trois chambellans, et donne, pov tt cuse de son apparente impolitesse, le vœu sacré qu'il a pnnonce. La princesse répond fièrement qu'il ne tiendra fil lui d'abréger cette importune visite en cédant immédial^ ment aux réclamations de la France, et, ce disant, elleia tend une lettre du roi son père. Tandis que leur maître est tout occupé à lire et à commenter la dépêche, les chambellans se sont rapprochés des filles d'honneur et ont entuai avec elles une conversation animée : Longueville parle M bas à Maria ; Du Maine conte fleurettes h Catherine ; i quant au sémillant Biron, il engage avec la coquette Be» saline une guérilla d'esprit qui rappelle les tendres es» mouches de Bénédict et de Béatrice, dans Beaucoup de bnâ pour rien. Le roi de Navarre pourrait terminer d'un ort ces dangereux pourparlers, en accédant bien vite à la de* mande de Sa Majesté Très-Chrétienne. Mais il soulève dei objections ; il réclame un reçu de cent mille écus qu'il IW faire venir de Paris; et pendant ce temps-là, Timprudeotii
UrrRODDGTlON. 57
b charge de distraire la princesse. Sur quoi, ces messieurs l.iépareDt de ces dames eu prenant rendez-vous pour le ndôosain.
▼oilà donc nos personnages en pleine pastorale, et qui •onnatt les périls ? La campagne double de tous ses les séductions de la beauté ; elle provoque les ten- Miifldences par son ineffable discrétion ; elle offre aux lÉB ^panehements tout le oomfort mystérieux de la nature, de branchage, tapis de gazon, oreillers de mousse ; 6 pas elle tente la galanterie par quelque pente irré- Nifala; die excite la fiimiiiarité en même temps qu'elle la fle. Le parc du roi de Navarre s'est bien vite transformé I jaidin du Décaméron. Les couples s'égarent sous le et s'étendent à l'ombre du sycomore. On devise, on » on minaude le prétentieux charabias à la mode des d*«niour. Au milieu des tentations de la villégiature, vQOl devenir tant de beaux serments d'austérité,? ! voulez-vous le savoir? Voici justement Biron qui h grande allée tout rêveur. Regardez ce papier qu'il dans l'entraînement de son monologué. C'est un è la louange de Madame Rosaline. Biron a déjà talipQeé en l'honneur de la belle brune un sonnet qu'ilafait Mot par cet imbécile de Trogne : le pauvre garçon en est ma second madrigal! Écoutez-le et jugez combien le mal pkfépiFable : « Non, je ne veux pas aimer ; si j'aime, je tee pendu; décidément je ne veux pas... Oh! mais •B noir! Par la lumière d'en haut, n'était son œil, n'édeux yeux, je ne l'aimerais pas... Par le ciel ! je que me démentir et me donner le démenti par la Par le ciel! j'aime. C'est l'amour qui m'a appris el à être mélancolique, et voici un échantillon de k rime et de ma mélancolie. . . »
fflais chut! quel est ce bruit? Eh ! c'est Sa Majesté qui Mat eu déclamant. Biron n'a que le temps de sauter
58 LES GOMtDISS DB L'AMOUR.
dans un chéoe pour se plaœr à l'affût de la poésie nqili
Va t ne réponds pas k mon amoar, et ta pooms toojoan Te mirer dans mes larmes en me faisant pleurer sans cesse. 0 reine des reines I Combien ta es soblime, La pensée ne peut le coneef oir ni U laogoe bunuîne lediie.
Ainsi soupire le roi de Navarre en songeant à la prinn de France. Mais cbut! quel est ce nouveau bruit? I c'est ce cher Longueville qui arrive en déclamant Le i pris de curiosité comme Biron, n'a que le temps de se j( derrière un arbre pour se mettre aux écoutes :
J*ai renonoé à nne Umm^, mais je proaTerai Qa*étant déesse» mon renoncemeat ne s*«dretM pu à toi... Et qaand ce serait une faute, quel fon n'est pas asseï sage Pour sacrifier on serment afin de gagner an paradist
En entendant ces strophes que Longueville décoche i suave Maria, impératrice de son amaur^ le roi et Binm • peine h contenir leur joie. — Douce camaraderie de bon chuchote Tun. — Un ivrogne aime toujours un irroi comme lui» murmure l'autre.
Mais chut! quel est ce nouveau bruit? Eh! c*estcct cellent Du Maine qui arrive en déclamant, lui aussi... h gueville, fils d'Eve comme le roi et comme Biron, n'a ( le temps de se précipiter dans un taillis pour se tenir i aguets :
Ne m'aocnsa pat d'an péché.
Si je me paijore poor toi.
Toi, près de qui Japiter jnrerait
Qne Jonon n*est qa*one ÉUiiopienne,
Toi, poarqnl, voulant être mortel,
l\ nierait être Japiter 1
La situation atteint alors le plus haut comique» Ap>
!ki Mahie a4-il éventé son bouquet à Chloris^Catherine, lue Longueville sort de sa cachette et lui fait une scène. A tour, le roi quitte son arbre et fait une scène à Longue- Sar quoi, Biron dégringole de son ohéne, tombe au feBin de tous oomme la foudre, et fait une scène au roi, h ÏOTgMviUo et à Du Maine. Biron a la raillerie cruelle : il se B^iie des tiois amoureux avec une verve impitoyable. « A IMl qpeclacle il a assisté! de quelle patience il a fait Mme pour voir si tranquillement un roi se transformant JÊk hoQidûn, le grand Hercule pirouettant une ronde et le nfand Salomon entonnant une gigue I... Où est ton mal T Ih! dis, bon Du Maine? OiSi souffres-tu, gentil Longuet Où souffre mon roi? Dans la poitrine? Holà, du !»
■aïs... rira bien qui rira le dernier. Biron n'a pas eu le d'adiever sa réjouissante apostrophe que voici venir, issoafflé, oe butor de Trogne, apportant une lettre Éi^ è ee que prétend M. le curé, contient une trahison cerise. Le roi oonmiande à Biron de lui lire ce grave docuiSBt Biron prend la lettre et pfllit : a C*est une niaiserie, pe msîserie; que Votre Majesté ne s'inquiète pas. i> Et en m oes mots, Biron déchire le papier. Mais tous ont ifquë fiOQ trouble extraordinaire. Du Maine, véritable terrible, ramasse les morceaux épars : « C'est Técride Biroo et voici son nom. » Hélas ! Du Maine a dit L La lettre en question n'est autre que le premier sonnet JMpîffé par Bosaline à Biron. Cet imbécile de Trogne a fait Wêê laéprise. Chargé d'un double message, il a portée Ro- ■iiiie la déclaration d'amour qu'Armado destinait à Jacqui* iSHe^ et il a remisàJacquioette le madrigal que Biron dédiait I Bosaline. Jaoquinette ne sachant pas lireest allée consulter I» le curé, qui 8ur-le*champ l'a renvoyée à Monseigneur le ii» El voilA oonmient l'amant de Rosaline a été trahi. De- Taocablante évidence, Biron n'a plus qu'à se résigner:
60 LES COMKDIMS DB L'AMOQI.
il prend le bon parti et avoae sa firate : « Je sois eonpÉki Sire, je suis coupable ! »
Le roi a perdu tout droit d'être sévère. II ne peut |hi punir diez autrui le doux crime qu'il a commis luinsêiM. Plus heureux que les courtisans de la reiiie ÉUsabeft^ki fiimiliers du roi de Navarre peuvent aimer impunàneiL Biron peut épouser Rosaline, Longueville peut ëpooar Maria, Du Haine peut épouser Catherine» sans cnioàe l'exil ou la prison. Leur mattre les abeoot d'avance en èh mandant humMonnent la main de la princesse de Rran0S.fli Majesté se hAte de décréter une amnistie générale dontdst besoin la première» et Biron se charge d'improviser Isr considérants du décaret : « Ghers seigneurs, dm amiBky oh ! embrassons-nous. Nous sommes ce que peuvent Mn b chair et le sang. Iliaut que la mer ait son flux etsonrrftai et que le ciel montre sa Am». Le sang jeune ne sauraitdMi^ aux prescriptions de l'Age. Nous ne pouvons pas aller cooM la cause pour laquelle nous sommes nés. Aussi a-id à toute force que nous fassions parjures. »
Ainsi Tavocat de rameur a recours h cet argument in^ futable, la nécessité. Les vœux les plus solennels pronom ces en dépit de nos instincts sont fatalement brisés. A quoi I)on la rébellion humaine contre les règlements oi^niqQi de la création ? Que peut notre volonté naine contre les fivces mystérieuses de la nature? Arrêtez donc les oscillatioii de l'Océan d'un continent à l'autre; arrêtez donc la maréi <lu sang dans nos artères ! — Puissances terrestres, incliiMip vous devant la toute-puissance divine. Il y a des statdi suprêmes que vos édits ne rapporteront jamais. Vous aïs beau être le pape infaillible et ouvrir avec les clés de saint Pierre les cachots de Tinquisition, vous n'abrogerez jamiii la loi qu'a découverte Galilée. Vous avez beau être rott d'Angleterre et chAtelaine de la lourde Londres : il estime
loi que vous ne casserez pas» c'est celle qu'Harvey va prodamer.
Le despotisme, quand il veut régir la passion, n'est que nfieole. Vous défendez à ces jeunes gens de s'aimer» maéne? Eh ! commencez donc par interdire à leur cœur de iMe.
foilà oe que Shakespeare disait, par la voix éloquente de Mp^sonnage, à la fille des Tudors.
La comédie de Peines d! amour perdues fut jouée devant Ibn Allesi0» le jour de Noël, en 1597. La reine écouta, imâble, la remontrance du poète, et nul ne put dire tout rdMMrd quelle impression avait faite sur elle cette vaillante
irie en faveur de l'amour.
Onze mois après cette représentation, en novembre 1598,
Wriothesly, comte de Soutbampton, voulut mettre
ffrofit la leçon donnée par Biron. Il épousa sa Rosaline à
iy mistress Yarnon, qu'il aimait depuis plus de quatre
Mais la reine-vierge ne suivit pas l'exemple du roi de Na-
: elle ne fit pas grâce. Le lendemain des noces, elle
l'ordre d'arrêter les nouveaux mariés et de les enfer-
à la Tour dans deux cachots séparés.
On connut alors le véritable sentiment d'Elisabeth sur la
nouvelle. La reine condamnait le dénoûment indiqué
rie poète. De la comédie elle avait fait un drame.
BmteiriUe-Hoase, Si février 1860.