‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 145 sur 305 · PREMIER PIQUEUR · texte numérisé non relu

PREMIER PIQUEUR

C'est bien, milord.

LE LORD, apercevant Sly.

— Qu'est cela? un homme mort ou ivre? Vois dooc, respire-t-il ?

DEUXIÈME PIQDEUR.

— Il respire , milord. S'il n'était pas échauffé par II bière, — ce serait là un lit bien froid pour y donair si

profondément.

8CÈMB II. 0t

LE LORD

«- Quel moûstroeux animal ! Le voilà vautré comme un lie ! — 0 mort sinistre, combien affï^use et répulsive est Q image !... - Mes maîtres, je veux m'amuser de cet ivro^ le. — Qu'en pensez*T0U8? s'il était transporté dans un 1» -^ enveloppé dans des draps fins, et s'il se réveillait, ut des bagues à ses doigts, — un banquet délicieux demt son lit, — et près de lui des gens en ricbe livrée, ^ ) mendiant-là n'oublierait-il pas qui il est ?

nmnER PlOtMR.

— Certainement, milord. Je n'en doute pas.

DEUXIÈME FIODEUR.

— n serait bien étonné en s'éveiUant.

LE LORD

— Cela lui ferait l'effet d'un rêve flatteur ou d'une chiflriqae hallucination.... — Allons» enlevez-le et ménagez m la plaisanterie ; - portez-le doucement dans ma plus Ae diambre, — et ornez*la de mes plus voluptueux tableaux ;

• embaumez sa sale tète avec de tièdes eaux de senteur, —

; brûlez des bois parfumés pour parfumer Fappartement; - pocnrez-moi un orchestre prêt, quand il 8*éveillera, — ttie entendre les sons les plus doux et les plus célestes ;

• et, si par hasard il parle, offrez-vous vite, - et, avec la I0 humble et la plus respectueuse révérence, — dites-lui : ^'ordonne Votre Grandeur ? — Que l'un se présente avec B bassin d'argent, — rempli d'eau de rose et jonché de eurs ; — qu'un autre apporte l'aiguière , un troisième u linge damassé — et dise : Plalt-il à Votre Seigneurie B se rafraîchir les mains? ^ Que quelqu'un se tienne lél avec une somptueuse garde-robe , — et lui demande aeDe parure il veut mettre; — qu'un autre lui parle I sa meute et de ses chevaux , — et de sa chère miij que sa maladie désole. — Qu'on lui persuade qu'il a I loMrtiqtte ; ^ et, s'il vous dit qu'il est un tel, dites-lui

68 LA SACVâGK âPPUVOISÉE.

qu'il rêve, — et qu'il n'est rien moins qu'un paissant seigneur. — Faites osla» mes amis, et faites4e avec naturel;ce sera une scène plus que divertissante , — si elle est o»née avec discrétion.

PRKIOSR nQUEUR.

— Milord, comptez sur nous ; ~ nous jouerons notre rdle avec un zèle si vrai , qu'il se croira réellemeot - ee que nous lui dirons qu'il est.

LE LORD

— Enlevez-le doucement» et mettez-le au lit ; - etqoe chacun soit à son poste quand il s'éveillera.

Des Yalets empoitant Sly. On enleod ane tronpeltt. À an YaleU

— Maraud, va voir quelle est cette trompette qui sonne.

Le filet sort

— Sans doute quelque noble gentilhomme— en vojfap^ qui désire se reposer ici.

Le Valet revient.

— Eh bien ! qu'est-ce?

LE VALET

Ne vous déplaise, railord, — ce sont des comédiens qui offrent leurs services à Votre Seigneurie.

LE LORD

— Dis-leur d'approcher.

Entrent les Comédiens.

Compagnons, vous êtes les bienvenus.

PREMIER COMÉDIEN

— Nous remercions Votre Honneur.

LE LORD

— Vous proposez- vous de rester avec moi ce soir?

DEUXIÈME œMEDIEN.

— S'il plaît à Votre Seigneurie d'accepter nos senices.

SCÉNB I. 69

LE LORD

- De tout mon cœur.

Montrant le premier comédien.

Voilà un gaillard que je me rappelle — avoir vu jouer une ois le fils aîné d'un fermier; — c'était dans une pièce oh ms faisiez si bien la cour à la grande dame ; — j'ai oublié rotre nom ; mais certainement, ce rôle — était habilement ioutenu et joué avec naturel.

PREMIER COMÉDIEN

- C'est de Soto (4), je crois, que Votre Honneur veut parler.

LE LORD

-C'est vrai, tu étais excellent... — Allons, vous êtes mm dans un bon moment ; — d'autant plus à propos que i'ai en j)rojet un divertissement — où votre savoir-faire |»arra m'être d'un grand secours. — Il y a ici un lord qui reat vous voir jouer ce soir ; — mais je doute fort de votre ^Due ; — je crains qu'en remarquant son maintien bigarre — (car Sa Seigneurie n'a pas encore assisté à une représentation], — vous ne soyez pris de quelque fol accès le gaieté, — et que vous ne l'offensiez ; car, je vous le dépare, messieurs, — pour peu qu'il vous voie sourire, il se ikcbe.

PREMIER COMÉDIEN

-Ne craignez rien, milord, nous saurons nous conloûir, - fût-il le personnage le plus grotesque du monde.

LE LORD, è 00 valet.

- Va, drôle, conduis-les à l'office, — et offre à chacun d'eux une cordiale hospitalité ; — qu'ils ne manquent de rien de ce que mon château peut fournir.

Sortent le valet et les comédiens.

LE LORDy continaant, à un autre valet.

- Toi, drôle, va trouver mon page Barthélémy, — et faisk habiller des pieds à la tête comme une lady ; — cela fait,

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