SCÈNE III
[Devant la maison d'Hortensio.] Entrent Petruchio et Grimio.
PETRUCHIO
— Vérone, je prends congé de toi pour qiiplque tprnp*;»
- je viens i Padoue voir mes amis, mais surtout - le plus
cher et le plus dévoué, — Hortensio... Voici, je errais, hn
Biaiaon. — Ici, coquin de Grumio! allons, cogne! -
gri:mio.
Ooe je cogne, monsieur! qui cognerai-je? qui'lqu'un
M-il offensé Votre Seigneurie?
PETRICHIO.
— Alkms, maraud, cogne-moi ici, et srilidement.
8CÉNS IIL 91
e^toi, Grumio, relève-toi, nous arrangerons cette
GRUMIO
1 importe tout ce qu'il allègue en latin I Dites-moi as pour moi un motif légal de quitter son service, onsieur : il m'ordonnait de le cogner et de le dément; eh bien, monsieur, était-il convenable iteur traitftt ainsi son maître, un homme qui, je sache, a peut-être plus de trente-deux ans ! — que je lui eusse donné un bon coup tout d*abord ! n'aurait pas été ainsi étrillé!
PETRUCeiO.
le manant!... Cher Hortensio, — je disais à ce )gner à votre porte, — et je ne pouvais pas obte-
GBUMIO.
ir à la porte!... ô ciel! — est-ce que vous ne dit en propres termes. . . hrôle^ cogne-moi icU - •d, cogiie-'moi bien et cogne-moi solidement ? — Dt vous venez prétendre qu'il s'agissait de coirte!
PETRUCHIO
ta»t*en ou tais-toi, je te le conseille.
HORTENSIO
M» Petruchio; je suis la caution de Grumio. ~ ilà une altercation bien déplorable entre vous et Wtfien, votre fidèle et plaisant serviteur Grumio. IM-Bicn, mon doux ami, quelle est Theuf^ ^ vous a entraîné de Tantique Vérone à
rt- •
PETRUCHIO
disperse les jeunes gens à travers le monde fortune hors du pays natal — où Ma d'expérience. En peu de mots, —
92 LA SAUVAGE APPRITOISÉE.
signor Hortensio, voici ma situation : — Antonio, père, est mort; - et je me suis lancé dans les erreoMils de la vie — pour tâcher de me marier et de prospérer it mon mieux. — J'ai des écus dans ma bourse» un patrioioitt dans mon pays, — et je me suis mis en voyage pour foirb monde.
HORTENSIO
— Petruchio, veux-tu que je te parle sans détour! •* Je puis te présenter à une femme acariAtre et désagréabb.
— Tu ne me remercieras guère de mon offre, — etpow^ tant je te promets qu'elle sera riche — et très-riche; miii: tu es* trop mon ami — pour que je souhaite te la voir époiser.
PETRUCHIO
— Signor Hortensio, entre des amis tels que noos, quelques mots suffisent; si donc tu connais — unepersoMi assez riche pour être la femme de Petruchio, - conuD8; l'argent est le refrain de ma chanson matrimoniale, - ^
elle aussi laide que l'amoureuse de Florent (8), —aussi Tidl que la sihvllo, aussi bourrue et aussi acariâtre - queh Xantippo de Socrate, ou pire encore, — fût-elle aussi nA que la nier Adriatique en fureur, — elle n'altérera pas, dl» rrémonssera pas — en moi le tranchant de la passion!- Je vitMîs à Padoue faire un riche mariage; — s'il est riche, il est heureux. —
GRr>no.
Voyez-vous, monsieur, il vous dit tout bonnement ce qui pense. Donnez-lui de l'or suffisamment, et mariez-leào» fUHipc'e, h une fipjurine ou à une vieille stryge édenlée, ajaii autant d'inlirniiiés que cinquante-deux chevaux! Touiei bien, s'il y a apport d'argent.
HORTENSIO
— Petruchio, puisque nous nous sommes tant avancés,
- j'insisterai sur l'idée que j'ai émise par plaisanterie. -
SGÉNK m. 93
ï pois, Petrucbio, te procurer une femme ~ riche à foi- MI9 et jeune» et belle, — élevée comme il convient à une le de qualité. — Son seul défaut, et il est assez grand, - e'est qu'elle est intolérablement bourrue, -^ acariâtre et Mêlée, i un point si démesuré — que, ma fortune fût-elle in inférieure à ce qu'elle est, — je ne voudrais pas Tépouvpoor une mine d or.
PETRUCfflO.
^ Silence, Hortensio, tu ne connais pas la vertu de l'or. " Dis-moi le nom de son père, et c'est assez ; — je prends l'aborder, dût-elle gronder aussi haut — que le tonirre quand crèvent les nuages d'automne.
HORTENSIO
— Son père est Baptista Minola, — gentilhomme affable coartois. — Elle se nomme Catharina Minola, — fameuse IBS Padoue par sa langue querelleuse.
PKTRUCHIO.
— Je connais son père, bien que je ne la connaisse pas ; t il connaissait beaucoup feu mon père. — Je ne dormirai S, Hortensio, que je ne l'aie vue. — Excusez donc la liberté le je prends — de vous quitter sitôt à cette première itrerue, — à moins que vous ne vouliez m'accompagner in elle. -
GRUHIO, à Hortensio.
Je VOUS en prie, monsieur, laissez-le aller tant que ce iprice lui durera. Sur ma parole, si elle le connaissait aussi en que je le connais, elle jugerait bien vite inutile des'em- Nter contre lui. Elle peut l'appeler dix fois chenapan ou Importe quoi, cela lui est bien égal ; si une fois il s*y met, hd ripostera en argot de bagne. Voulez-vous que je vous se, monsieur? Pour peu qu'elle lui résiste, il lui laissera sa irque sur la figure, et la défigurera si bien qu'elle n'aura a les yeux plus grands qu'un chat ébloui. Vous ne le coupas, monsieur.
94 LA sàDVifii APmnoufti.
— Attenâs, Petraéhio, je tais aTeotm, il le faoL -* Iftista tient sous sa garde mon trésor; -^ il a en son poow le joyau de ma fie, — sa fiUe cadette, la belle Bimci. -I la soustrait k mes poursuites- et à celles ^ des lutm plants, mes rivaux en amour. — Supposant, diose ÎB^Mi* ble — k cause des défauts dont je t'ai pariét *-* ^wCitar rina peut être demandée, -* Baptista a pris cette réBotatafl
— que nul n'aurait accès auprès de Kanca, * ÊWàqÊ Catbarina la hargneuse ait trouté un mari.—
GRuno.
Catbarina la bargneuse I Le pire de tous les sumowpM une jeune filla!
HORTBISIO.
— Maintenant c'est ft mon ami Petruchio à me reodna service ; — il me présentera, déguisé sous un costume gnvik
— au vieux Baptista comme un hsbile professeur — ddfl» sique qui s'offre pour instruire Bianca. — An moins, pvcvj stratagème, j'aurai — la liberté et le loisir dé lui bm h cour — et de lui parler en tête-à-téte, sans être soupçonné. —
Entre Gremio, suivi de LucENTio dëgnisé et portant des lims IM
son bras.
GRUMÏO.
Il n'y a pas là la moindre fourberie! non!... Voyez done comme les jeunes gens savent s'entendre pour attraper te vieilles gens !
Apercevant Gremio et Lncentio.
Maître ! maître ! regardez donc derrière vous. Qui n làî hé!
HORTKÎSIO.
Silence, Grumio, c'est moiî rival. — Petrucbio, teMi* nous un instant à l*écart.
adbiB m. 95