‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 16 sur 305 · SCÈNE VI. fil · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. fil

11I0GÈM£.

Je vous en prie, Monsieur, —énoncez plus clairement vos réponses — à mes questions. Pourquoi me plaignez- vous?

lACHlMO.

- Parce que d'autres, — j'allais vous le dire, jouissent de votre... Mais - c'est l'affaire des dieux d'en tirer vengeance, - et non la mienne d'en parler.

IMOGËNE.

Vous paraissez savoir — quelque'chose qui me concerne. Parlez, de grftce ! — La crainte d'une catastrophe est souvent plus douloureuse — que sa révélation : car, ou le mal certain - est irrémédiable, ou, s'il est connu à temps, — il peut être réparé. Découvrez-moi donc — ce secret que vous lancez et que vous retenez ainsi.

ucHmo.

Supposez que j'eusse à moi cette joue — pour y tremper mes lèvres; cette main dont le toucher, - dont le moindre contact arracherait à tout homme — le serment du plus lojal amour ; cet objet qui — captive mon regard effaré — et le tient fixé sur lui : si alors, misérable damné, — je coulis de raa bave des lèvres aussi publiques que les degrés

- qui montent au Capitole; si je pressais de mes étreintes des mains — durcies par un mensonge, comme — par une fatigue de toutes les heures ; si enfin je fermais ma paupière sur des yeux — vils et ternes comme la lumière enfumée -qu'alimente un suif fétide, je mériterais, n'est-ce pas,

- que tous les fléaux de l'enfer vinssent à la fois — punir une telle trahison?

IMOGÈNE

lion seigneur a, je le crains, — oublié la Bretagne.

ucniMo.

El lui-même. Ce n'est pas - spontanément que je vous ré- ^w - l'infamie de son changement; non! c'est votre grâce

112 CYMBEILNE.

— qui, du fond le plus muet de ma conscience, évoque — sur ma bouche cet aveu !

imogènt:.

Ne m'en dites pas davantage.

ucniMo.

— 0 chère âme ! Votre cause émeut mon cœur — d'une pitié qui me fait mal. Une femme — si belle, qui, liée à un empire, - grandirait du double le plus grand roi ! être ainsi associée — à des baladines payées sur le revenu — de vos propres coffres! à de malsaines aventurières — qui risquent toutes los infirmités contre l'or — que la corruption peut prêter à la nature! à une engeance gangrenée, —capable d'empoisonner même le poison ! Ah ! vengez-vous ; — sinon celle qui vous porta n'était pas reine, et vous — êtes déchue de votre auguste souche !

IMOGÈNE

Me venger! —Comment puis-je me venger? Si ce que vous dites est vrai, — car j'ai un cœur qui— ne peut pas en croire aussi vite mes oreilles ; si ce que vous dites est vrai, — comment me vengerais-je?

lACHIMO.

Devez -vous vous résigner à — vivre, comme une prêtresse de Diane , entre des draps glacés, — tandis qu'il se vautre sur d'autres, — aux mépris de vos droits, aux dépens de votre bourse? Vengez-vous! — Je me consacre à votre bonheur; — plus digne que ce renégat de votre lit, — je resterai à jamais votre amant fidèle, — discret et sûr.

11 se rapproche d'imogène pour l'embrasser. IMOGÈNE.

A moi, Pisanio!

ucniMO.

— Laissez-moi sceller mon dévouement sur vos lèvres.

IMOGÈNE

— Arrière!... Je me blâme de t'avoir — si longtemps

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