‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 243 sur 305 · SCÈNE XVIU · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIU

BERTRAND, bas au prenier seigneur.

Notre interprète ya bien.

PREMIER SEIGNEUR

A merveille.

PREMIER SOLDAT, lisant.

Diane, le comte est on sot, plein d*or...

PAROLES

Ce n'est pas la lettre du duc, monsieur ; c'est un avertissement adressé à une honnête fille de Florence, une nommée Diana, pour quelle se défie des séductions d'un certain comte de Roussillon, un petit niais écervelé, mais, malgré tout, très-paillard. Je vous en prie, monsieur, remettez-moi 06 papier.

PREMIER SOLDAT

Non, avec votre permission, je vais d'abord le lire.

PAROLES

Mon intention ici, je le proteste, était des plus honorables i l'égard de la fille; car je connaissais le jeune comte pour un petit libertin fort dangereux, une baleine à virginités dévorant tout le fretin qui s'ofTre sur sa route.

BERTRAND, à part.

Damné coquin ! double drôle !

PREMIER SOLDAT

S*il prodigue les serments^ dis-lui de lâcher de Tor et prends;

Une fois qu'il a consommé, il ne paye jamais Tt^cot.

Un marché poor être bien conclu doit être déjà à moitié réalisé ;

Réalise d'abord et tu concluras bien.

W n'acquitte jamais les arrérages,

Fais-toi donc payer d'avance.

Et puis, crois-en, Diane, un soldat.

Adresse-toi aui hommes et n'embrasse pas les enfants.

Compte que le comte est un sot, je le sais,

Qui payt d'avance, mais jamais quand il doit.

A toi, comme il te l'a juré à l'oreille.

Paroles.

BERTRAND, à part.

n sera fusillé dans les rangs de Tarmée avec ces vers-là sur le front.

DEUXIÈME SEIGNEUR, A part.

Voilà, seigneur, votre ami dévoué, le savant polyglotte, le soldat armipotent !

BERTRAND, à part.

JusquMci je n'ai eu d'aversion que pour les chats, et maintenant cet homme est un chat pour moi.

PREMIER SOLDAT, à Paroles.

Je m'aperçois, messire, à la mme du général, que nous aurions plaisir à vous pendre.

Ah! monsieur, à tout prix, la vie!... Non pas que j'aie peur de mourir ; mais, voyez- vous? mes péchés sont si nombreux que je voudrais passer à me repentir le reste de mes jours. Laissez-moi vivre, monsieur, dans un cachot, au pilori, n'importe oîi, pourvu que je vive !

PREMIER SOLDAT

Nous verrons ce qu'on pourra faire, si vous faites des aveux sans restriction... Revenons donc à ce capitaine Domaine. Vous avez répondu quant à sa réputation auprès du duc et quant à sa valeur. Que dites-vous de son honnêteté?

PAROLES

C'est un homme, monsieur, qui volerait un œuf dans un sanctuaire ; pour les viols et pour les rapts , il rivalise avec Nessus. Il fait profession de ne pas tenir ses serments et, pour les rompre, il est plus fort qu'Hercule. Il mentira, monsieur, avec une telle volubilité que la vérité vous fera l'effet d'une sotte. L'ivrognerie est sa plus douce vertu: car il se soûle comme un porc, et, une fois endormi, il ne fait guère de mal, si ce n'est aux draps qui l'entourent; mais on connatt ses habitudes, et on le couche sur la paille.

8GÈNI xvni. 285

Je n'ai que pea de chose à ajouter, monsieur, sur son honnêteté; il a tout ce qu'un honnête homme ne doit pas avoir; et de ce qu'un honnête homme doit avoir, il n'a rien.

PREMIER SEIGNEUR, à part.

Je commence à l'aimer pour ceci.

BERTRAND^ A part.

Pour cette description de ton honnêteté? La vérole le prenne ! Pour moi il est de plus en plus un chat.

PREMIER SOLDAT, à Paroles.

Que dites-vous de son expérience dans la guerre?

Ma foi, monsieur, il a battu le tambour devant les tragédiens anglais. Je ne voudrais pas le calomnier, mais c'est tout ce que je sais de son talent militaire. Ah ! pourtant, dans ce pays-là, à un endroit appelé Mile-end (26), il a eu Thonneurde servir comme ofGcier recruteur dans la troupe... éaa saltimbanques. Je voudrais faire à l'homme tout l'honneur possible; mais quant à ça, je n'en suis pas certain.

PREMIER SEIGNEUR, à part.

n outre à ce point l'outrage qu'il se rachète par la ramlë.

BERTRAND, à part.

Peste soit de lui ! Pour moi c'est toujours un chat.

PREMIER SOLDAT, à Paroles.

Ses qualités étant d'aussi bas prix, je n'ai pas besoin de TOUS demander si l'or l'entraînerait à la révolte.

PAROLES

Monsieur, pour un quart d'écu il vendra la rente de son tthit avec le fonds ; et il déshéritera du ciel tous ses descendants en perpétuelle succession.

PREMIER SOLDAT

El son frère, l'autre capitaine Du Maine ?

DEUXIÈME SEIGNEUR, à part.

Pûarquoi le questionne-t-il sur moi?

286 TOUT EST BIKN QUI FINIT BIEll.

PKEMIÏR SOLDAT^ à Pttroles.

Quel homme est-ce ?

Un corbeau du même nid : pas tout à fait l'égal du premier dans le bien, mais de beaucoup son supérieur dans le mal. Comme couard, il surpasse son frère, quoique son frère passe pour un des plus fieffés. En cas de retraite, il n'est pas de laquais qu'il ne devance ; mais en cas d'attaque, morbleu, il a la crampe.

PREMIER SOLDAT

Si vous avez la vie sauve, vous engagez-vous à trahir les Florentins?

PAROUS.

Oui, et le cafHtaine de leur cavalerie, le comte de Roossilion.

PREMIER SOLDAT

Je vais échanger quelques mots tout bas avec le général et m'iuformer de sa décision.

PAROLES, à part.

Qu'on ne me parle plus de tambours! Foin de tous les tambours! Simplement pour avoir l'air de rendre des services et pour en imposer à la confiance de ce jeune libertio de comte, je me suis jeté dans ce danger-là! Mais qui aurait pu soupçonner une embuscade là où j'ai été pris?

PREMIER SOLDAT

Il n'y a pas de remède, monsieur. Il vous faut mourir. Le général dit qu'ayant si traîtreusement révélé les secrets de votre armée et Cait d'aussi odieux rapports sur des hommes du plus noble renom, vous n'êtes bon à rira d*hoonéte en ce mondç : en conséquence vous allez mourir. Allons, bourreau, à bas sa tète !

PAROLES

0 mon Dieu ! mopsieurt laisse^mcH vivre ou laisseHDoi yoir ma mort !

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