‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 250 sur 305 · SCÈNE XXIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIII

[La graod'salle du chAteao des comtes de Roassinon.]

Fanfares. Entrent le Roi, la Comtesse» Lafeu» des seigneurs,

des gardes» etc.

LE ROI

-Nous avons perdu en elle un joyau ; et notre éclat -en

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a été appauvri ; quant à votre fils» — égaré par sa folie» il n'a pas eu le bon sens — de l'estimer à sa valeur.

U COMTESSE

La chose est passée» mon suzerain ; — et je conjure Votre Hqesté de n'y plus voir— qu'une de ces révoltes naturelles» allumées par la jeunesse —alors que son huile et sa flamme» trop fortes pour la raison» — la débordent et propagent rincendie.

LE ROK

Ma dame vénérée» - j'ai pardonné et oublié tout» — bien que mes vengeances fussent tournées contre lui» — et n'attendissent plus que le moment d'éclater.

LAFEU.

Yoici ce que j'ai à dire» — en suppliant le roi de m'excuaer : le jeune comte — a fait à Votre Majesté» à sa mère et I sa femme — une grave offense ; mais c'est à lui-même «* qo'il a porté le plus grand préjudice : il a perdu une femme dont la beauté étonnait — les yeux les plus riches d'idéal et dont la parole captivait toutes les oreilles ; — rare perfection que les cœurs les plus indépendants — appelaient humblement souveraine !

Louer ce qui est perdu, — c'est en rendre la mémoire plus chère... Allons, faites-le venir. — Nous sommes récondliés» et le premier regard échangé entre nous va tuer — toute récrimination... Qu'il ne demande pas notre pardon! — L'objet de sa grande offense n'existe plus» — et nous en ensevelissons au plus profond de l'oubli — les cendres brûlantes. Qu'il approche — comme un étranger» non comme on coupable.

A un des gentilshommes.

Mandez-lui — que telle est notre volonté.

LE GENTILHOMME

J'obéis» mon suzerain.

Il sort.

300 TOUT EST BiBN QUI FINIT BIEN.

LE ROI 9 À Lafen.

— Que dit-il à Tidée d'épouser votre fille? Lui avez-vous parlé?

LÀFEU.

— Il a une déférence entière pour votre auguste volonté.

LE ROI

— Nous aurons donc une noce... J'ai reçu des lettres qui exaltent sa gloire.

Entre Bertraio).

LAFEU.

Il a une belle mine !

LE ROIy è BertraDd.

— Je ne suis pas un jour monotone : —car tu peux voir en moi le soleil en même temps que la grêle. — Devant les plus brillants rayons — les nuages dispersés se retirent. Montre- toi donc» - le temps est redevenu beau.

BERTRAND

Qu'à mon repentir profond — mon cher souverain pardonne mes fautes !

LE ROI

Tout est fini. — Plus un mot des temps écoulés. - Saisissons le moment au vol; — car nous sommes vieux, et sur nos décisions les plus promptes — le temps, d'un pas furtif et inouf, — glisse avant que nous ayons pu les exécuter.

Montraot Lafeaè Bertrand.

Vous VOUS rappelez — la fille de ce seigneur?

BERTRAND

— Avec admiration, mon prince. J'avais d'abord - jeté mon choix sur elle, sans que mon cœur — osflt faire de ma langue un interprète trop hardi. — Sous l'empire de cette première impression, - le mépris me prêta son dédaigneux regard, — qui pour moi faussa leslignes de toute autre beauté,

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-- et me fit Yoir partout des charmes avilis ou empruntes» — en agrandissant ou en rapetissant toutes les formes — aux proportions les plus hideuses. Voilà comment — celle que tous les hommes vantaient» et que moi-même — j'ai aimée depuis que je Tai perdue, n'était alors à mes yeux - qu'une poQSsiàre qui les blessait.

LB ROI

Tu t'es excusé fort bien. — Cet aveu que tu l'as aimée réduit un peu la somme — des comptes que tu as à rendre ; mais l'amour qui vient trop tard — est pareil à une grâce apportée trop lentement — qui se retourne contre son clément signataire comme un amer reproche , — criant : € C'est un être innocent qui vient de mourir ! y> Notre coupable légèreté - fait bon marché des objets précieux que nous possédons, — et nous n'en apercevons la valeur qu'en apercevant leur tombeau. — Souvent nos déplaisirs, injustes pour nous-mêmes, — immolent nos amis et pleurent ensuite sur leurs cendres. — Notre vieille amitié se réveille en gémissant sur le mal qui a été fait, — tandis que notre haine honteuse s'endort dans sa sieste tardive. — Que ceci soit le glas funèbre de cette charmante Hélène, et maintenant oublions-la. - Fais offrande de ton amour à la belle Madeleine. — Les consentements les plus importants sont •blenus, et nous resterons ici — pour voir clore ton veuvage par une seconde noce.

UFEU.

— Approchez, mon fils, vous en qui le nom de ma maison— doit s'absorber. Donnez-moi quelque gage d'amour— dont les étincelles enflamment ma fille — et la fiassent vite secourir.

Bertrand détache an annean de son doigt et le loi remet.

Fsr ma vieille barbe, — et par tous ses poils, Hélène, tp^ est morte,— était une suave créature ; c'est un anneau

comtnîô éél*ùi-ci'- (jjU'en Itti (Éâatrt s^u tôrt(iil'elle' quittait dé la couir, — je vis à son doigt.

BERTRAND

Celui-ci n'a jamais été le sien.

LE ROI« prenant l'anileaa.

— Çà, laissez-moi le voir, je vous prie ; môti regard, tandis que je parlais tout à l'heure, s'est maintes fois fixé sur lui... — Cet anneau était à moi ; et, quand je le donnai à Hélène, —je lui dis que, si jamais la fortune lui faisait — une nécessité de ma protection, cet anneau — la lui assurerait. Avez- vous eu donc la ruse de la priver - de sa plus puissante ressource?

BERTRAND

Mon gracieux souverain, — quoi qu'il vous plaise de croire, — cet anneau n'a jamais été le sien.

U COMTESSE

Mon fils, sur ma vie, — je le lui ai vu porter ; et elle y attachait — autant de prix qu'à sa vie.

LÀFEU.

Je suis sûr de le lui avoir vu porter.

BERTRAND

— Vous VOUS trompez, monseigneur, elle ne l'a jamais vu. — C'est à Florence qu'il me fut jeté d'une fenêtre, enveloppé dans un papier qui contenait le nom — de celle qui l'avait jeté : c'était une fille noble qui me croyait — libre de tout engagement; mais quand je lui eus certifié- ma véritable situation et nettement déclaré — que je ne pouvais pas répondre selon les lois de l'honneur — à ses ouvertures, elle s'abstint — avec une douloureuse résignation, mais ne voulut jamais — reprendre son anneau.

LE ROI

Plutus lui-même, — qui sait l'art de transmuter et de multiplier l'or, — n'a pas des mystères de la nature une conùàissance plus intime — que moi de cet anneaa.

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