SCÈNE xxin
C'était le mien, c'était celui d'Hélène; — peu importe qui TOUS l'ait donné ! Donc, si vous reconnaissez - avoir pleine conscience de vous-même» — avouez qu'il était à elle, avouez par quelle brutale violence — vous l'avez eu d'elle. Elle avait pris tous les saints à témoin — qu'elle ne Voterait jamais de son doigt» — si ce n'est pour vous le donner à vous-même dans le lit — où vous n'êtes jamais entré» ou bien pour me l'envoyer — au moment d'iin grand désastre.
BERTRÂin),
Elle ne l'a jamais vu.
LE ROI
— Par l'amour que j'ai de mon honneur» ce que tu dis est foux»^ et tu fais nattre en moi d'inquiétantes conjectures — que je voudrais bien étouffer. S'il était prouvé — que tu fosses à ce point inhumain... Cela ne se peut pas... — Et pourtant je ne sais. . . Tu la haïssais mortellement» — et elle est morte : et rien» à moins de me fermer — les yeux moimême» ne peut être plus convaincant pour moi - que la vue de cet anneau.
Aux Gardes.
Emmenez-le !
Les gardes entoarent Bertrand.
— Quoi qu'il arrive, les preuves déjà acquises — absoudront mes craintes du reproche de légèreté» — que mérite bien plutôt ma sécurité excessive... Qu'on l'emmène! — Ifoos approfondirons cette affaire.
BERTRÂin).
Si vous parvenez à prouver — que cet anneau était celui
d'Hélène» vous prouverez aussi aisément — que j'ai fécondé
son lit à Florence — où elle n'a jamais été.
Bertrand sort, escorté par les gardes.
Entre le Gentilhomme qa*Hélène a rencontré à Marseille,
LE ROI
— Je suis absorbé dans d'horribles pensées,
LE GENTILHOMlfE.
Gracieux souverain, - suis-je à blâmer ou non? je n'en sais rien : — voici une pétition d'une dame de Florence— qui a manqué de quatre ou cinq relais Thonneur— de vous la remettre en personne. Je m'en suis chargé, —vaincu par la grAce et par la parole douce — de la pauvre suppliante qui elle-môme, je le sais, — attend déjà ici vos ordres. L'importance de raàaire apparaît — à son visage préoccupé ; et elle m'a dit, — en quelques mots gracieux, qu'elle intéressait - Votre Altesse autant qu'elle-même.
Il remet ane lettre au roi qai la décacheta. LE ROI, lisant.
< Après maintes promesses solennelles de m'épouser quand sa femme serait morte^ je rougis de le dire, il m'a seduite. Maintenant le comte de Roussillon est veuf; sa foi m'a été donnée en échange de mon honneur. Il s'est évadé de Florence, sans prendre congé de moi, et je Vai suivi dans son pays pour réclamer justice. Faites-moi réparation, 6 roi; cela dépend de vous ; autrement un séducteur triomphe^ et une pauvre fille est perdue,
a Diana Capulet. »
LAFEU.
Je veux m'acheter un nouveau gendre à la foire et mettre en vente celui-ci. Je ne veux pas de lui.
LE ROI
— Lescieux t'ont été favorables, Lafeu, — en amenant cette découverte... Qu'on aille chercher la solliciteuse ! — Dépéchez-vous et ramenez le comte.
Un gentilhomme sort avec des gens de senrice. A la Comtesse.
— Je crains bien, madame, que la vie d'Hélène — ne lui ait été criminellement arrachée.
U COMTESSE
Eh bien, que justice soit faite des coupables !
scAne xxiu. 305
Entre Birteand, eotooré de gardes.
LE ROI, è Bertrand.
— Je m'étonne, monsieur, que» les femmes étant pour TOUS des monstres — qui vous font fuir dès que vous leur ayez juré protection conjugale, — vous désiriez encore vous marier.
Le GBzmLHOMMS revient amenant DUKA et la Tbuvb.
LE ROI
Quelle est cette femme?
DIANA
— Je suis» monseigneur, une malheureuse Florentine, — qui descends des anciens Capulets. — Ma requête, à ce que j'apprends, vous est déjà connue ; — vous savez donc combien je suis à plaindre.
LA VEUVE
— Je suis sa mère, Sire. Ma vieillesse et mon honneur — souflrent du mal que nous vous dénonçons, — et tous deux y succomberont, si vous n'y portez remède.
LE ROI
— Approchez, comte. Connaissez-vous ces femmes ?
BERTRAND. '
— Monseigneur, je ne puis ni veux le nier, —je les connais. M'accusent-elles d'autre chose?
DIANAy h Bertrand.
*- Pourquoi jetez-vous sur votre femme un regard si étrange?
BERTRAND
— Elle ne m'est rien, monseigneur.
DIANA
Si vous vous mariez, — vous donnerez à une autre cette main qui est à moi ; — à une autre vous donnerez cette foi sacrée qui est à moi. — Vous me donnerez moi-même qui certes suis à moi ! — Car vos vœux m'ont à ce point in-
306 TOUT EST BIEN OUI FroiT BIEN.
corporée à vous, — que celle qui vous épousera devra m'épouser, — ne pouvant s*unir à vous sans s'unir à nous deux. -
LÀFEU, è Bertrand.
Votre réputation n*est pas à la hauteur de ma fille : vous n'êtes pas un mari pour elle.
BERTRAND, aa roi.
— Monseigneur, cette femme est une créature folle et désespérée, — avec qui il m'est parfois arrivé de rire. Que Votre Altesse — ait de mon honneur assez noble opinion — pour le croire incapable de tomber si bas.
LE ROL
— Mon opinion, monsieur ! vous serez- bien avec elle, — quand vos actes vous l'auront conciliée. Puissent les faits placer votre honneur plus haut — qu'il n*est dans mon estime!
DIANA
Mon bon seigneur, — demandez-lui sous la foi du serment s'il est sûr — de n'avoir pas eu ma virginité.
— Que lui réponds-tu ?
BERTRAND
Que c'est une impudente, monseigneur, — une fille de joie commune à tout le camp.
DIANA
— n m'outrage, monseigneur. Si j'étais ce qu'il dit, il m'aurait achetée à un prix vulgaire. — Ne le crojez pas- Oh ! voyez cet anneau — donl^ l'éclatante beauté et la riche valeur — sont incomparables. — Il l'a donnera une fille publique du camp, — si j'en suis une!
Elle montre nne bagae h son doigt.
U COMTESSE
Il rougit : c'est bien son anneau. — Depuis six générations, c€) diamant ^ transmis par testa^ient de père, en fils,