‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 257 sur 305 · SCÈNE l. 3?l · texte numérisé non relu

SCÈNE l. 3?l

BIRON

Prends la rime à défaut de raison.

LONGUEVILLE

— Biron ressemble à une gelée envieuse — qui mord les premiers-nés du printemps.

BIRON

— Eh bien, soit ! Pourquoi l'été étalerait-il sa parure avant que les oiseaux aient eu sujet de chanter? ~ Pourquoi me réjouirais-je de productions d'avance avortées? ~ A Noël je ne désire pas plus de rose — que je ne souhaite la neige au retour des fêtes de mai. — J'aime chaque chose à sa saison. —Ainsi pour vous mettre à étudier il est maintenant trop tard. — C'est vouloir escalader la maison pour en ouvrir la porte basse.

LB ROI

— Eh bien » retirez-vous : retournez chez vous , Biron ; adieu!

BIRON

— Non» mon bon seigneur ; j'ai juré de rester avec vous; — et, quoique j'en aie plus dit en faveur de la barbarie — que vous à réloge de cette science angélique» — je veux tenir résolument ce que j'ai juré — et subir la pénitence quotidienne de ces trois années. — Donnez-moi l'écrit, que je le lise, — et j'en signerai de mon nom les plus stricts décrets.

LE ROI, loi remettant le parchemin.

— Voilà une soumission qui te délivre de la honte ! —

BIRON, lisant.

« Item. Qu'aucune femme n'approche à plus (F un mille ^ de ma coût, n

— Et on a proclamé cela?

LONGUEVULB.

n y a quatre jours.

BIRON

— Voyons la pénalité ! —

322 FKINES D'AMOGR PERDUES.

LisanL

Sous peine de perdre la langue !

— Qui a imaginé ça?

LOKGUEVILLK.

— italbl, c*estmoi.

BmoN.

Doux seigneur y et pourquoi?

LONGOEVILLE.

— Pour les efiarer toutes par cette redoutable pénalité?

— ToiUi utie lot périlleuse à la galanterie.

< Item. Si un hotntnt est surpris parlant à une fèfnme Éàns un terme de trots em, U sublfa rhurnUiatlùti publique que le reste de la cour pourra imaginer GOfitré hit. é

Aa Roi.

<- Cet article» mon susenin, tous ailes foroëmetit le violer vous-même. — Car vous savez bien qu'ici arrive en ambassade» — pour vous parler» la fille du roi de France. — Cette vierge» d'une grâce, d'une majesté suprême, — vient vous demander de céder l'Aquitaine — à son père décrépit, malade et alité. — Ainsi, ou voilà un article foit en vain, — ou c'est vainement que vient ici cette princesse admirée.

Il BOl.

—Que dites-vous» seigneurs? Eh ! nous avions tout à iait oublié cela.

. BIIOK.

— Ainsi le zèle dépasse toujours la mesure ; — tout en s'élttdiant à posséder ce qu'il désire, — il oublie la chose essentielle. — Et quand il possède lobjet qu'il a pourchassé, — sa conquête est comme celle d'une ville incendiée ; autant de gagné, autant de perdu.

LE ROI

— Nous devons à tout prix abolir cet article ; — il faut par pure nécessité que la princesse réside ici.

SOÉiKK 1. 323

^ Là néMMité nous rendra tout parjurée — trois mille fois durant cea tfois ans. — Car tout homme natt avec des penchants, — que peut seule maîtriser, non la volonté, mais une grflce spéciale. — Si donc je vldld ma foi, j*aurai pour excuse — de m'étre parjuré par pure nécessité. — Conséquemment je signe sans réserve le décret tout entier.

l\ écrit son Dom.

— Quant h celui qui l'enfreindra dans le moindre détail, — qu*il soit condamné à une étemelle honte ! — Les tentations sont les mêmes pour les autres que pour moi : — aussi je crois, quelque répugnanceque j'aie montrée, — que le dernier à garder son serment, ce sera moi ! — Mais est-ce qu'aucune récréation ne nous sera accordée?

LE ROI

— Si fait ! notre cour, comme vous savez, — est hantée par im voyageur espagnol» un raffiné» — un homme qui est la fleur de la nouvelle mode — et qui a dans sa cervelle une mine de phrases ; — un être que la musique de sa propre langue — ravit, comme une harmonie enchanteresse ; — un homme accompli que le vrai et le faux — ont choisi pour arbitre de leur altercation. — Cet enfant de la fantaisie qui a nom Àrmado, — dans l'intérim de nos études, nous racontera — en termes de haut lieu les exploits de maint chevalier — de la fauve Espagne, trépassé dans les querelles de 06 monde. — A quel point il vous amuse, mes seigneurs, c'est ce que je ne sais pas : — mais je proteste, moi, que j*aime à l'entendre mentir, — et je veux faire de lui mon ménestrel.

BIRON

— Àrmado est un être des plus illustres, — l'homme des mots nouvellement frappés, le véritable chevalier de la

324 PKl.NES I) AMOUR PERDUES.

LONGUBYILLE.

— Ce butor de Trogne et lui feront notre divertissement ; — et avec eux trois ans d'étude passeront vite. ~

Entrent Balourd, portant nne lettre, et Trogne.

BALOURD

Quelle est la personne du roi?

BIRON

Ici» l'ami ; que lui veux-tu?

BALOURD

Je répréhende moi-même sa personne, car je suis sargent de Son Altesse; mais je voudrais voir sa personne en chair et en os.

BIRON, montrant le Roi.

Le voici.

BALOURD

Le signor Arm... Arm... vous recommande bien. Il y a du grabuge là-bas ; cette lettre vous en dira davantage.

TROGNE

Monsieur, le contentement de cet écrit me touche.

LE ROI9 prenant la lettre.

Une lettre du magnifique Arroado !

BIRON

Quelque mince qu'en soit le sujet, je compte, mon Dieu, sur de grands mots.

LONGUEVILLE

Espoir bien grand pour un résultat bien mince ! Dieu nous accorde la patience !

BIRON

D'écouter ou de ne pas rire?

LONGUEVILLE

D*écouter patiemment, monsieur, et de rire modérément, ou de nous abstenir de l'un et de l'autre.

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