‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 266 sur 305 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

BOYFT.

— N'en déplaise h Votre Grâce, nous n'ayons pas encore reçu le paquet — qui contient ces quittances et d'autres pièces probantes. — Demain vous les aurez sous les yeux.

LE ROI

— Cela me suffira ; dans cette conférence, — je suis prêt à accepter tout accommodement raisonnable. — En attendant, recevez de moi la plus cordiale hospitalité — que l'honneur puisse, sans manquer à Tbonneur, — offrir à votre incontestable mérite. — Vous ne pouvez pas franchir mes portes, belle princesse ; — mais par la réception qui TOUS sera faite ici, à Textérieur, — vous reconnaîtrez avoir trouvé dans mon cœur — Taiïectueux asile qui vous est refusé dans ma maison. — Que votre indulgence m'excuse ! Adieu. — Demain nous vous ferons une nouvelle visite.

U PRINCESSE

— Que la douce santé et les désirs satisfaits tiennent Votre Grâce en joie !

LE ROI

— Je te souhaite à tout jamais ton propre souhait !

Le roi sort avec sa suite.

BIRON, h Rosaline.

— Madame, je vous recommanderai à mon cœur.

ROSALLXE.

—Je vous en prie, recommandez-moi bien ; je serai fort aise de le voir.

BIRON

— Je voudrais qne vous l'entendissiez gémir.

ROSALINE

Le fou a-t-il quelque mal ?

Mal au cœur.

RaSAUNE.

— Hélas ! il lui faudrait une bonne saignée.

946 PEINES D'AMOtn PERDUES.

mROV.

•^ CdlL loi feraiUl du bien ?

ROBÀUKI.

•^ Ma médooine dit oui.

BIROH.

— Voulez- VOUS le percer avec votre regard ?

BOSALUrS.

— Nenni» avec mon couteau.

BIHOK.

^ Dieu vous garde longtemps en vie!

ROSALlIfE.

— Et vous, de vivre longtemps !

BIRON, M retirant.

— Je n'ai pas le temps des actions de grflcês.

DU MAINE, montraot Rosaline à Boyet.

— Messire, un mot, je vous prie. Quelle est celte dame?

BO^'ET

• — L'héritière d'Àlençon : son nom est Rosaline.

BU MAINE

— Une dame galante I... Monsieur, au revoir.

11 sort.

LONGUEVIILE, montrant Maria A Boyet.

— Un mot, je vous conjure : quelle est celle en blanc ?

BOYET.

— Vue à la lumière, on la prendrait pour une femme.

LONODEVILLE.

— Pourrait-on la prendre pour femme ? Je demande son nom.

BOYET.

— Elle n'en a qu'un pour son usage ; le demander serait indiscret.

LONOUEVILLE,

— De qui est-dle fille, je vous prie ?

SCtNK IIT. 347

— Pe fi» mèr^, à oe que j'ai ouï dira.

LONGUEVILLE

— Que Dieu vous favorise en raison comme en barbe !

fiOYET.

— Bon seigneur, ne vous fâchez pas : — elle est Théri' tière de F^uconbridge,

LONGUEVILLE

— Eh bien, ma colère est finie : — c'est une femme ravissante.

BOYFT.

— Ce n*est pas improbable, monsieur ; il se pourrait.

Loogueyill« sort.

BIR0!f^ montrant Citherioe i B(rf«t.

— Comment se nomme cette dame à la toque?

BOYET.

— ' Catherine» si je devine bien.

UHON.

— Est-elle mariée?

BO^'ET

— À son goût, monsieur, ou peu s'en faut.

BIRON

— Soyez le bienvenu, monsieur. Adieu!

BOYET.

— * A moi l*adieu, monsieur ! A vous la bienvenue.

Biron sort, MARU.

— Ce dernier, ceaX Biron, le boute-en-train, le joyeux seigneur; — pas un mot dans sa bouche qui ne soit une plaisanterie.

BOYET.

Et toutes ses plaisanteries ne sont que des mots.

LA PRI5CESSE

— Tous avez bien fait de ne pas lui laisser le dernier mot.

BOYET.

— J'étais aussi disposé à raccrocher que lui à m'aborder.

MARIA

— Colères de béliers qui se rencontrent !

BOYET.

Non, galères d'ennemis qui se heurtent! — Je ne voudrais être bélier, doux agneau, qu'à condition de brouter sur vos lèvres.

MARIA

—Vous le bélier et moi le pâturage ! La plaisanterie s'arrêtera-t-elle là?

BOTETy essayant de l'embrasser.

— Oui, pourvu que vous m'accordiez la pAture.

MARIA, le rei>ou8saDt.

Pas comme ça, gentille béte. — Mes lèvres ne sont pas devenues vaine pâture, si peu closes qu'elles soient.

BOYET.

— A qui appartiennent-elles?

MARIA

A ma fortune et à moi.

— Les beaux esprits veulent toujours disputer; mais Voyons, restez d'accord, mes amis. — Vous ferez mieux de détourner cette guerre civile d'esprit — sur le roi de Navarre et ses bibliophiles; ici elle est déplacée.

BOYET.

— Si ma pénétration, habile d'ordinaire — à déchiffrer dans les yeuji le muet langage du cœur, - n'est pas en défaut cette fois, le roi de Navarre est affecté.

u PRINCESSE.

— De quoi?

8GÉNB m. 349

BOYFT.

— De ce que nous autres galants nous nommons une passion.

U PRINCESSE

— Votre raison ?

BOYET.

— La voici. Tout son être s'était retiré - dans le palais de ses yeux, entr'ouverts par le désir. — Son cœur, agathe où était gravée votre image. — était tout 6er de cette em-* preinte et exprimait sa fierté dans ses yeux. — Sa langue, impatientée de paroles qui gênaient le regard, — en finissait vite avec les mots pour n'être plus que le langage des jeax. — Tous ses sens se concentraient dans ce sens unique —pour n'avoir plus qu'à contempler la plusbelledes belles. — Oui, on eût dit que toutes ses sensations étaient enfermées dans son regard, — comme dans un cristal ces joyaux princiers — qui, se faisant valoir sous le verre, — tentent fotre bourse quand vous passez. — De telles surprises se Usaient en marge sur son visage — que tous les yeux pouvaient voir dans ses yeux l'enchantement de la contemplation. - Je vous donne TAquitaine et tout ce qu'il possède, — si seulement vous lui donnez h ma requête un amoureux baiser.

Li PRINCESSE.

— Allons ! à notre tente ! Boyet, je le vois, est disposé...

BOYET.

— A exprimer en paroles ce que ses yeux ont découvert : foilà tout ! - Je me suis borné à être l'interprète des regards du roi, - en leur prêtant un langage qui, j'en suis sûr, n'a rien de menteur.

ROSÂUNE.

— Tu es un vieil agent d'amour et tu parles habilement.

MARIA

— n est le grand-père de Cupido, et c'est de lui qu'il tient ses nouvelles.

350 PEINES D'AMOUR fERDUES.

ROSAUNt.

— En ce cas, o'est à sa mère que Vénus ressemble; car son père est affreux.

BOYET.

— Enleodez-vous, mes folles donzelles?

MARIA

Non.

BOVET

£b bien alors, voyez-vous?

ROSAUNE.

— Om, notre chemin pour partir.

BOYlTé

Tous êtes trop fortes pour moi.

Tons tortenté

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