‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 268 sur 305 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Entre BmoN.

BIRON

Ah ! ce cher coquin de Trogne ! Texcellente rencontre !

TROGNE

Pardon, monsieur. Combien de rubans couleur de chair un homme peut-il acheter pour une rémunération?

BIRON

Qu'entends-tu par une rémunération ?

Eh bien, monsieur, un sou moins un liard.

BIRON

Oh ! alors, tu peux acheter pour trois liards de soie.

TROGNE

Je remercie Votre Révérence. Dieu soit avec vous !

BIRON

— Oh ! arrête, maraud ! J'ai à t'employer. — Si tu veux gagner ma faveur, mon cher gueux, — fais pour moi une diose que je vais te demander. —

TROGNE

Quand voulez-vous qu'elle soit faite, monsieur?

BIRON

Oh! cette après-midi.

TROGNE

C'est bon, monsieur. Je la ferai. Au revoir.

Il fa poar se retirer.

BIRON

Oh ! mais tu ne sais pas de quoi il s'agit.

TROGNE

Je le saurai bien, monsieur, quand je l'aurai fait.

BIRON

Mais, coquin, il faut que tu commences par le savoir.

J*irai le demander à Votre Révérence dès demain matin. ▼I. 23

BIRON

Il faut que la chose soit faite cette après-midi. Écoute, drôle, il s'agit tout bonnemebt de ceci. — La princesse va venir chasser ici, dans le pat*c, — et {)armi*ses suivantes est une gentille dame — dont on prononce le nom pour avoir là voit douce. — C'est Rosaline (ju'on Teippelle : demandela, — et songe à i^mettrô dans sa blanche main — ce secret cacheté.

Il lui donne nnd lettre.

Voici tes émoluments. Va. —

Il lai donne de l'argent.

TROGNB.

Émoluments ! ... 0 suaves émoluments ! Us sont bien supérieurs à la rémunération ! Us lui sont supérieurs de onze sous et un liard! 0 exquis émoluments !... Monsieur, je ferai la chose à la lettre... Émoluments !... Rémunération !

Il sort.

BIROlfy senl.

— Oh ! est-ce possible? Moi, amoureux ! moi, le fléau de Tamour, — moi, le bourreau des soupirs passionnés, — le critique sévère ; Thomtoe de police de là nuit ; — moi, le pédant qui tançais, — avec plus d'arrogance qu'aucun mortel, cet enfant - aux yeux bandés, ce pleurnicheur, cet aveugle, ce maussade enfant, — ce jeune vieillard, ce nain géant, don Cupido ! — ce régent des rimes amoureuses, ce seigneur des bras croisés, — ce souverain consacré des soupirs et des gémissements, — cô suzerain de tous les flâneurs et de tous les mécontents, —ce redoutable prince des jupes, ce roi des braguettes, — cet empereur absolu, ce grand général—qui fait trotter tant d'huissiers!... Oh, mon pauvre petit cœur ! — Me voir réduit à être son aide de camp, — et à porter ses couleurs comme le cerceau enrubanné d'un saltimbanque ! —Quoi donc ! moi, aimer! moi, faire la cour ! moi, chercher une épouse ! - une femme, véritable bor-

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loge d'Allemagne, — toujours à réparer, toujours dérangée, — allant toujours mal, — quelque soin qu'on t)renne pour la faire aller bien ! — Que dis-je? Me parjuher, ce qui est le pire de tout, — et, entre trois femmes, aimer la pire de toutes, — une coquette au sourcil de velours, — ayant deux boules noires en guise d'yeux ! «• Oui, et par le ciel, une gaillarde qui fera des siennes, — quand Ai^s serait son eunuque et son gardien ! — Et je soupire pour elle ! je perds le sommeil pour elle ! — je prie pour l'obtenir ! Allons ! c'est un châtiment — que Cupido m'inflige pbùt avoir méconnu — sa toute-puissatite et redoutable petite puissance. — Soit! je vais aimer, écrire, soupi^e^ prier, hnplorer et g^ttllr. - Il fhùt que les hommes aimeklt soit une madame, soit une Jeanneton.

Il sort.

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