‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 281 sur 305 · SCÈNE vni · texte numérisé non relu

SCÈNE vni

[Devant la tente de la princesse.]

Entrent la Princbssb, Gathbrinb, Rosalinb et MAaiA.

U PRINCESSE

—Chères amies, nous serons riches avant de partir,-

pour peu que les cadeaux continuent à pleuvoir : — mi

dame est crénelée de diamants ! — Voici ce que j'ai reçu d

roi amoureux.

Elle montre une panire de pierreries «

SCtNE VIII. 397

BOSÂlDIB.

— Madame» est-ce que rien ne tons a été envoyé aTec ça?

U FBDHXSSK.

— Rien ? Si &it» tout Tamour rimé — dont peat être bourrée une feuille de papier» — écrite des deux côtés» sur la iparge» partout» — et cachetée à J'efBgie de Cupido.

ROfiAUNK.

— L'amour est tout à fait d'âge à prendre le titre de cire. -- Yoilà cinq mille ans qu'on le traite d'enfant.

GàTHKRINE.

— Oui» et de méchant petit pendard.

rosâloib.

— Lui et TOUS» vous ne serez jamais bons amis : il a tué TotresŒur.

GATHKRINK,

— n Ta rendue mélancolique» triste et morose» — et elle en est morte. Si elle avait été aussi légère que tous, — d'une humeur aussi gaie» aussi allègre» aussi remuante, — elle aurait pu ôtre grand'mère» avant de mourir» — comme TOUS le serez, vous ; car un cœur léger vit longtemps.

ROSAUNI.

— Quelle sombre signification» petite souris» a dans votre boQche ce mot léger?

CÀTHSRIIIS*

— Caractère léger dans une beauté sombre! C'est clair.

ROSALDIB,

— Nous aurions besmn de plus de clarté pour tous de- Tiner.

GÀTHBRniK.

— Si je mouche la chandelle» tous prendrez la mouche^ -- Je laisserai donc ma pensée dans l'ombre^

398 PKINKS D*AMOUH KRDUES.

RflSiLOn.

^ Yom v^wl vouii fiMta^ tQuj9ui« dans l'imlkHi ce que TOUS faites.

qiTHBin»

r- Ce n'est pu» oomme yqus. Tous agisses, en ftUa I^ère, poblîqueineat..

RQSiLOR.

— En effet, étant moins pesante que vous, je dois tous S^ler légèrç.

— Ob ! TOUS ne m'avez pas pesée ! vous ne pouvez donc m'estimer.

— Par une bonne ^t^spn : c'est (pf) yoij$ $t^ inestimable!

— Bien lancé ! vous maniesp biei^ la raquette d^ ^esprit

— Mais, dites-moi, Rosalipe^ vous avesi; aussi un cadeai) :

— qui vous l'a envoyé ? Et qu'est-ce donc ?

ROSAUNl.

Vous allez le sayoir. — Si j'étais a\i^i l^rmaq^ gue vous,

— j'aurais reçu des dons égaux aux vôtres : regardez cecL

Elle montre un bijoq.

— J^ai aussi des vers dont je remercie Bîron. — Le nombre en est juste; et si l'évaluation Tétait également, — je serais la plus belle divinité de la terre : — h moi seule je vaux vingt mille belles. — Oh I on y fait de moi un portrait!

Est-il exact?

aoUUNI.

— Qui, dana Is^ lettres de mon noip; mUt f}ai|$ la description de ma perspniie-

ICfiliB VIII. 399

— Youi êtes dom belle comme de Tendre. 1m condiision eeijaste.

CATHIKIHI.

— Blanehe oonni^ un grand R dans nq mannserit.

ROSiOiNI. ?

— Gare è la peinture I Je ne veai pat mourir TOtra débitrice, -*- ma rouge majuscule, ma ch^ lettre d*or I — Oh! quel malheur que votre visage soit si plein d'O ! (46)

GATHERIKB.

— Diantre de la plaisanterie ! Que la vérole grêle loutet les moqueuses !

U PRINGESSI, è CâUMriM.

— Et VOUS» que VOUS a envoyé le beau Du Maine ¥...

OATHERINI.

— MadamOt ee gant.

u PRINGKSSE.

Est-ce qu'il ne vous a pas envoyé la paire?

GATHKRUfl.

— Si fait, madame, et, en outre, — quelque mille vers d'amant fidèle, — immense fiction de l'hypocrisie, — méchtfite compilation d'une innocenee afléctée.

llillUA, Bontrant an collier et an fMipier.

— Ceci m'a été envoyé par Liongueville aveo ces perlée : — la lettre est trop longue d'un demi-mille.

u PfUHGKSSB.

— C'est mon avis. Ne souhaiterais-tu pas de tout cœur — que te collier fût plfie Ipog et la lettre plD# tpuite?

-- Oui, dussé-je pour œtte pri^ #?oîr fqiyours les mains jointes !

lA PRINGESSI.

— Quelles filles sages nous somipias de nous moquer ainsi de nos amoureux !

400 PEINKS D'AMOUR PBRDUES.

ROSAUNI.

w Us n'en sont que plus fous d'acheter nos moqums « cher. —Ce Biron 1 Je veux le torturer avant de partir.— Oh! «je savais un moyen de le prendre à mes gages, —comme je le forcerais à ramper, à implorer, à supfdier» — i attendre le moment, à obÂver les minutes, - à dépenser ses eq[>rîts prodigues en rimes superflues, — à se mettre au service de toutes mes fantaisies , — et à se glorifier de devenir, en me glorifiant, l'objet de mes railleries ! — Je voudrais influencer sa vie si fatalement — qu'il fût pour moi un jou^ et que je fiisse pour lui le destin.

U PR1NCXSSE.

— Nul n'est aussi bien pris, quand il est pris, — que le sage devenu fou : sa folie, édose en pleine sagesse, — a toute l'autorité de la sagesse et toutes les ressources de l'éducation ; — elle a pour donner grAce à ses aberrations la grflce môme de l'esprit.

ROfiàUNK.

— La sensuelle jeunesse est moins ardente en ses eioès —que la gravité en révolte d'amour.

MARIA

— La folie chez le fou n'est pas aussi saillante — que chez le sage qui s'afible; — car alors elle applique toutes les facultés d'une intelligence — à rehausser par l'esprit Téclat de labétiise.

Entre Botbt.

U PRntGESSK.

— Yoici venir Boyet, la gaieté sur la face.

BOTET.

— Ah ! je suis poignardé de rires. Où est Son Altesse ?

lA PRINCESSE.

— Ta nouvelle, Boyet?

BOTET, h la princesse.

Préparez-vous, madame, préparez-vou8<

8GÉ!i£ VIU. 401

A Mt fliiauBtf.

— Aox armes, donzelles, aax annes I Une expédition est montée — contre votre repos. L'amoar s'ayance déguisé, — armé d'arguments. Vous allez être surprises. — Battez le itppel de Tos esprits , levez-vous pour votre défense , — ou résignez-vous à cacher vos têtes comme des lAcbes en vous atttvant d'ici.

U PRDHZSSI.

*• Saint Denis contre saint Cupido! qui sont ceux — qui chargent leur éloquence contre nous? Parle, éolaireuTt parle.

BOTBT.

— Sous le frais ombrage d'un sycomore — je m'apprétus à fermer les yeui une demi-heure, — quand, brusquement, iHon repos projeté fut interrompu, — et je vis se diriger vers cet ombrage — le roi et ses compagnons. Prudonment — je me glissai dans un fourré voi^n — d'où J'entendis ce que vous allez entendre, — à savoir que tout à Fheure ils arriveront ici déguisés. — Leur héraut est un jdi fripon de page — qui sait par ccBur son message : -^ action et accent, ils lui ont tout appris. — VoUà comment ^parlerai et eamment tu te tiendras. — Sur quoi, ils ont exprimé la crainte — que votre présence majestueuse ne le déeoncertAt. — Tu vas voir un ange^ a dit le roi ; — n'iniporte l n*aie pas peur et parle hardiment. — Un ange n'est pas méchant^ a répliqué le page ; — f aurais eu peur d'elle^ si elle avait été un diable. -— Là-dessus, tous de rire, et de lui frapper sur l'épaule, — enhardissant de leurs éloges le hardi ferceur. — L'un se frottait le coude, comme ceci, et se tordait, et jurait — que jamais meilleur mot n'avait été dit ; *- l'autre, faisant claquer un doigt contre son pouce, — criait : Nous ferons la ehose^ advienne que pourra. — Le troisième cabriolait et criait : Tout va bien. Le quatrième il une pirouette sur son orteil et tomba. — Sur ce, tous se

sont affaissés à terre, — avec un rire si acclamé, ri profond — qu'au liiilieu de leut* humeur joyeux ont apparu, — pour réprimer leur folie, les larmes ftolennelle^ de là douleiir!

Li PtUHGtSffll.

—Comment? comment? Est-ce qu'ils neonent nous rendre visils?

BOYET.

— Oui, ils viennent, ild ftotit co&tumés — en Moscovites ou m RusMs 2 à oe que je ooiijêoture, -^ ils viennent [lour partomenter, ooquetef et danser ; - et ohaciin lancera sa déclaration d'amour — à la maîtresse de son choix, reconnabsable pour lui — au cadeau qu'il lui a envoyé.

U PtlINQESSBi

— Esi-de ainsi? Eh bien, ces galants vont être bien intrigués. -^ Mes dames^ nous allons toutes noos masquer, — et pas un d'entre eux n'obtiendra la grâce» — en dépit de ses prières, de voir le visage d'une dame... — Tiens, Rosalioe, tu porteras ce bijou, — et alors le roi te ooortiserà comme sa mie.. • — Allons, prends-le, ma chère, et donne-moi k tien : — comme cela, Biron me prendra pour Rosaline.

▲ Cathiritie et à Maria.

-* Faites ccmime nous l'échange de vos présents; ea sorte que vos amoureux, — dégus par ces substitutions, soupirent à faux.

SOSALINB.

— Allons ; mettons bien leurs présents en évidence.

GàTHERINE.

— Mais, dans cet échange, quel est votre projet?

— Mon projet est de traverser le leur ; — ils n'agissent que par pur persifflage, — et ma seule intentioti est de rendre persifflage pour persifflage. — Ils révéleront leurs plus intimes secrets -^ à leurs fausses bien*aimées ; et noos nous moquerons d'eux ^ — à la première cintrevue — oè

SGÉliE Ylll. 'iU3

nous pourrons les aborder et leur perler à visage découvert.

— Mais danserons-nous, s'ils nous y invitent?

U PRINCBSSI.

— Non. Plutôt mourir que de remuer un pied ! — Nous ne rendrons même pas grAce è leur discours le mieux calligraphié, — et, tandis qu'il nous parleront^ nous leur tournerons toutes le dos.

BOYKT.

— Àh! ce dédain percera le cœur lies orateurs» — et du coup leur mémoire divorcera avec leur rôle.

U PRINCESSE

— C'est justement ce que je veux : je suis bien sûre — qu'une fois dérouté, chacun d'eux en oubliera son reste. — Quelle f&te d*écrâàelr les rieurs sous les rires — et de nous approprier leur joie en gardant la nôtre 1 — ainsi nous triompherons, en bafouant nos prétendus railleurs» — et éol, bien bàtoués, ils se sauveront àVéé leur confusion.

On eateiid lé son des trompettes.

BOYET.

— La trompette sonttê ; tnasqudi-tous ! Yoici les masques.

SatreBl li M, Mon « LoUetrfevtLUi, ei Do UkinÈ, ea MMiiieè mises, el masqués; pub Pëalèmb, des mosiciens ei des gens de service.

rHALiNI, stlMDt Is prûieesse et ses fsmMes. Silol ttti pl«s splendides besalés de la terre I

n0!f^ è pan.

Splendides comme peuvent l'èure des masques de taffetas .

PHAliNE.

Groupe sacré des plus jolies dàiaes

Qoi aient jamais toarné— li dos è des mortels 1

Toaies loi tooraeni le dos.

404 PEUifiS D'AMOUR PERDCES.

BIRON, le reprenatti.

Les yeux» coquin ! les yeux !

PHALÈNE

Qai aient jamais toamé les yeox Ten des mortels t Àhf ce...

BOTET.

C'est loi» ma foi, qui en a assez !

PHAli»E.

Àh! eélestes esprits, acoordex-noos la faveur De ne pas regarder.. •

URON.

De regarder, chenapan !

PHAIŒ.

De regarder avec tos yeax profonds comme les mers... ÂTec TOS yeox profonds comme les mers....

BOYET.

— Elles ne répondront pas à cette épithète ) — vous feriez mieux de dire : Avec vos yeux profonds comme les filles.

PHALÈNE, A Biron.

— Elles ne m'écoutent pas et cela me déroute.

BIRON

— Voilà donc ton infaillibilité! Décampe» chenapan.

Phalène se retire.

ROSALINE

— Que veulent ces étrangers ? Sachez leurs intentions, Boyet. — S'ils parlent notre langue, notre volonté est que quelqu'un nous expose simplement leurs projets. - Sachez ce qu'ils veulent.

BOTET, allant è Biron.

— Que voulez-vous de la princesse?

MRON.

— Rien que la paix et une cordiale entrevue.

8G8NK VUI. 405

BOSALINB.

— Vojfoos, que T6uleDt«ils ?

BOYET.

Rien que la paix el une cordiale entrevue.

ROSÀimE.

— Eh bien, ils ont ce qu'ils veulent : ainsi dites-leur de s'en aller.

BOTET, ratoariMiit à Biroi.

— Elle dit que vous avez ce que vous voulez et que vous pouvez vous en aller.

LE ROI

— Dites*lui que nous avons mesuré bien des milles — pour danser une mesure avec elle sur cette pelouse.

BOTETy raTenant près de la princesse.

— Us disent qu'ils ont mesuré bien des milles -- pour danser une mesure avec vous sur cette pelouse.

ROSALDVE.

— Cela ne se foit pas ainsi. Demandez-leur combien de pouces — il 7 a dans un mille ; s'ils en ont mesuré beaucoup, — il leur sera aisé de nous dire la mesure d'un seul.

BOTETy se tournant vers les Iravestis.

— Si pour venir ici vous avez mesuré des milles» — et bien des milles , la princesse vous prie de lui dire — combien il fout de pouces pour foire un mille.

BmoN.

— Dites-lui que nous les avons mesurés par des pas doulooreux.

BOTET.

— Elle vous entend.

ROSAUNE.

Combien de pas douloureux — avez-vous comptés dans le parcours d'un seul — de tous ces milles douloureux que vous avez franchis?

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