KRON
— Celte plaisanterie me paraît sèche. .. Charmante, potille beauté» - c'est votre esprit même qui diange les sipi en fous. Quand nous fixons - les meilleurs yeux du maak sur l'œil enflammé du ciel, — nous perdons la lumière pr l'excès de lumière. De même» votre capacité— est d'oDetdk nature qu'«iuprès de votre trésor idéal — les sages semUeffii fous et les riches semblent pauvres.
ROSAUlfE.
— C'est la preuve que vousètes riche et sage; car âmes yeux...
mRON.
— Je suis un bien pauvre fou.
ROSiOJNE.
— N'était que vous reprenez ce qui vous appartient, vous auriez tort de m'arracher ainsi les mots de la boudie.
moN.
— Oh ! je suis & vous» avec tout ce que je possède.
ROSAIiNR.
— J'ai donc à moi le fou tout entier?
BIRON
Je ne puis vous donner moins.
rosâune.
— Quel était le masque que vous portiez 7
— Où? quand? quel masque? Pourquoi demandefr^vw cela?
ROSALINE
— Eh ! vous savez bien ! ce masque, cette enveldppe superflue — qui cachait le plus laid et montrait le plus béas visage!
LE ROI
— Nous sommes reconnus : elles vont rudement se mo* quer de nous.
8GÈNC \1II. 417
DU MAOUE.
— GonfossoDs tout et toarnoDS la ehose en plaisanterie.
Là PRINGESSB, an roi.
—Tous semblez consterné» monseigneur ! Pourquoi Votre jUlesse a-t-elle cet air confus?
ROSAUNI.
— Au secours! tenez-lui le front! il va s*éfanouir ! Pour» ^pioi pâlissez-YOus ainsi? — Le mal de mer» je pense !.. quand on Tient de Moscovie !
BmoN.
— Quand les étoiles déversent ainsi leurs fléaux sur nos parjures, — quelle tôte d'airain pourrait y résister? - Me ymàt ma dame ; déchatne ta verve contre moi ; — écrase- ■KM d'ironies» accable-moi de sarcasmes; — passe mon {gnorance au fil de ton esprit ; — hache-moi de tes traits les plus aigus: ~ va, je ne me risquerai plus à t'inviter à la danse, — ou & me présenter sous l'habit russe. — Oh ! je ne me fierai plus jamais aux harangues écrites — ni aux mouvements de langue d'un écolier ; — je ne m'offrirai plus sous le masque à ma mie ; — je ne mettrai plus l'amour en rimes comme la chanson d'un ménétrier aveugle. — nirases de taffetas, termes précieusement soyeux» — hyperboles à trois poils» affectations raffinées, — figures pédantesques» toutes ces mouches qui me piquaient — m'ont boursoufflé de leurs malsaines ampoules. — Je les honnis pour jamais ; et» j'en jure — par ce gant blanc (Dieu sait combien plus blanche est la main ! ] — désormais les sentiments de mon MBur seront exprimés — par un simple oui de bure ou par on honnête twn de serge. ~ Et» pour commencer» fillette» que Dieu m'assiste» là ! — j'ai pour toi un amour bien trempé» sans paille ni fêlure.
ROSALOQB.
— Sans phrase» je vous en prie.
FEUil» D'AMOOR KBDUES.
— Par le ciel, vous l'afeifut; et ccHnme gage, - n» m'avez donné ce bijou : mais repreoez-le, sire.
LE BOl.
— C'est & la princesse que je l'ai donné avec ma f(». - Je l'ai rooonaue à ce jo;au qu'elle avait i sa manche.
U PBDIGISSI.
— Pardon, sire, c'était Hosaline qui le portait; - qoinl à moi, c'est le seigneur Biron, et je lui ea rends grtcN, qsi est mon bien-aimé.
ABirOD.
— Eh bien, voulez-vous m'avoirou ravoir votre p^eT
BIROH.
— Ni l'un nil'aulre: je ne prétends ni h vous ni i elle...
— Oui, je vois le tour. On a cabale, — sachant d'araixc notre diverUssement, — pour l'écraser comme une farce de Noël. - Quelque conteur patelin, quelque misérable Ubleur, — quelque mâcheur de nouvelles, quelque chevaliv de l'assiette, quelque faquin — qui se vieillît à force de sodrire, et qui a le secret — de foire rire madame, quand elle y est disposée, — avait dit d'avance notre projet. La cbost une fois découverte, — ces dames ont échangé leurs pi^ sents ; et nous, — éconduits par ces simulacres, nous d'ivons courtisé chacun que le simulacre de notre préférée- - Ainsi, surcroît d'borreurigoutéà notre faute, — noos novs sommes deux fois parjurés, volontairement et parerraur...
— Oui, c'est sans doute cela.
ABojet.
Eh! ne seriez-vous pas capable - d'avoir dëjoné notre projet pour nous rendre parjures? — N'est-ce pas votre état de mesurer l'empreinte du pied de madame, ~ et de rire an moindre mouvement de sa prunelle, — et de vous tenir entre son dos et le feu, — portant une assiette et plaisantant à cœur joie? — C'est vous qui avez déconcerté le pi^:
iC&RE Vill. 419
Et vous aviez toute votre rMenon?
U ROI
Oui» belle madame.
U nUNClSSE.
Eh bien » quand vous étiez ici» — qu'est-ee doue que disiez tout bas à Toreille de votre dame?
LE ROI
' «- Qœ Je Testimais plus que le monde entier.
lA PUmCESSE.
— Quand elle vous prendra au mot, vous la repousserez.
— Sur mon honneur» non.
U PRUIGESSS.
* Mz, paix ! arrêtez ! — Après un serment déj& violé, vous éi répugnez plus à vous parjurer.
LE ROI
— MéprisezHnoi, si je viole ce serment-Ui.
U PRINCESSE
— Je vous mépriserais certainement : tenez-le donc. . . lOMlioe, — qu'est-ce que le Russe t'a dit tout bas à l'oifiDe?
rosàline.
«* Madame» il m*a juré que je lui étais aussi chère — fue sa précieuse prunelle ; qu'il me mettait — au-dessus de runivers» ajoutant en outre — qu'il m'épouserait ou mourrait mon amant.
U PRIRGBSSK.
— Que Dieu le donne la joie en t'unissant à lui ! Le noble — fsra certes honneur à sa parole.
u ROI.
•«*• Que voulez-vous dire, madame? Sur ma vie, sur fM, -- je n'ai jamais adressé à cette dame pareil serment.
4^ PEINES O'ANOOR PKRDUES.
Sauf correetioa» monsieur, nous mvous combieo (i têit.
BmoN.
— Par Jupin ! j'avais toujours cru que trois fois trois faisaient neuf. -*-
TROGNE
0 Seigneur! monsieur, quel malheur pour vous, si tous étiez obligé de gagner Yotre vie à compter I
BIRON
Combien donc cela fait-il ?
TROGins.
0 Seigneur ! monsieur, les parties elles-mêmes, les acteurs vous montreront, monsieur, combien ça fait ; pour ma part, comme ils disent, je ne dois défigurer qu'un seul homme, et un pauvre homme encore : le grand Pompion, monsieur.
BIRON
Serais-tu l'un des Preux ?
TROGNE
Il m'ont jugé digne de Pompion le Grand ; pour ma part, je ne connais pas la qualité de ce Preux-li ; mais je dois tenir sa place.
BIRON
Va leur dire de se nréparer.
TROGNE
Nous donnerons une belle tournure à la chose, allez, monsieur ; nous y mettrons du zèle.
Trogne sort.
*- Us nous feront honte , Biron ; qu'ils n'approchent pas !
BIRON
— Nous sommes à l'épreuve de la honte^ nu>|iseignettr ;
8CENC vm. 423
et il est assez politique — de montrer à ces dames une pande pire que celle du roi et de sa troupe.
LE loi.
«- Je déclare qu'ils ne viendront pas.
U PR0GESSE
— Voyons, mon bon seigneur, laissez*vous fléchir par moi.— Le dÎTertissement le plus agréable est celui qui platt & son insu. — Quand le zèle s'évertue à nous contenter et que ses intentions — meurent par le zèle même de ceux qu'il anime, — les formes confondues prennent forme de drôlerie, — au moment même oi!i avortent tant de grands efforts en travail.
BIRON
— Voilà la juste description de notre fôte, monseigneur.
Entre le fanfaron Armado.
ARMADO.
Oint du Seigneur, j'implore de ta douce baleine royale la dépense nécessaire pour proférer un couple de mots.
Armado remet an papier an roi et cause k part a?ec loi. LA PRINCESSE, montrant Armado.
Est-ce que cet bomme-lè sert Dieu ?
Pourquoi le demandez-vous?
LA PRINCESSE
11 ne parle pas comme un homme de la façon de Dieu.
ARMADO y haut, au roi.
C'est égal, mon beau, suave et mieilleux monarque : je proteste que le maître d'école est excessivement fantasque ; un peu trop vain, un peu trop vain ; mais nous nous en remettons, comme on dit, à la fartuna deUa gtierra. Je vous souhaite la paix de l'esprit, très-royal couple.
Armado sort en saluant.
LE ROI
Nous allons avoir sans doate une belle exhibition it Preux. Lui, il représente Hector de Troie ; le paysan, Pompée le Grand ; le curé de paroisse, Alexandre ; le paged'irmado, Hercule ; le pédant, Judas Machabëe. — Et si ces quatre Preux réussissent dans leurs premiers rôles, - ik changeront d'habits tous quatre et représenteront les doq Preux restants.
BIRON
— Ils seront cinq dans la première partie.
LE ROI
— Vous vous trompez.
BmoN.
Si fait : le pédant, le fanfaron, le prêtre de buisson, le niais et le page. -Quand vous amèneriez le plus beau ooop de dés, dans l'univers entier — vous ne réuniriez pas cinq êtres aussi complets en leur genre.
LE ROI
— Le vaisseau est sous voile, et le voici qui vient les^ tement.
On apporte des sièges pour le roi, la princesse, les seigneurs el 1« dames de la suite. Tous prennent place.