‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 286 sur 305 · INTERMÈDE DES NEUF PREUX · texte numérisé non relu

INTERMÈDE DES NEUF PREUX

Entre Trogne armé et représentant Pompc^.

TROGNE, déclamanl.

Pompée je suis...

BOYET.

Vous mentez! vous ne Tètes pas.

TROGNE, reprenant.

Pompée je suis...

SCÈNB YllI. 425

BOYST.

Afec une tète de léopard au genou (49)1

BIRON

Bien dit, vieux moqueur ; il faut que je me réconcilie avec toi.

Pompée je sais. Pompée surnommé le Gros...

DU MAWE.

Le Grand !

TROGNE

Le Grand, c'est juste, monsieur.

Reprenant.

• • . . . Pompée surnommé le Grand

Qui sonvent dans la plaine, avec écu et boaclter, fis soer mon ennemi I

Voyageant le long de cette côte, je sais vena ici par hasard.

Et je dépose les armes devant les jambes de cette suave ûlle de France.

S'adressent k la princesse.

Si Votre Grâce veut me dire : Merci, Pompée I j'ai fini.

lA PRINCESSE.

Grand merci, grand Pompée.

TROGNE

Je ne méritais pas tant ; mais je me flatte que j'ai été parfait. J'ai fait une petite faute à grand,

BIRON

Mon chapeau contre un sou que Pompée sera le meilleur des Preux !

Entre Nathamiel, armé et représentant Aleiandre.

NATHANIEL

Quand je vivais dans le monde, j*étais souverain dn monde»

A Testy À Touest, au nord, au sud je répandais uia force cooqut^raute.

Mon écusson déclare nettement que je suis Alisaodre...

.BOTET.

— Votre nez dit que non, qna yoiM ne l'êtes pas; or il

est trop droit.

— Et votre nez sent que non ! ChevaUery vous am k flair délicat.

U PRINCESSE

— Le conquérant est épouvanté!... Poursufe, bon Alexandre.

NÂTHANMi, reprenant* Quand je vivais dans le mobde, j^éuis sonTerain da monde.

BOTET.

— C'est, ma foi, vrai : vous Tétiez, Alisandre.

BIRON , faisant signe A Trogne* . .

<** Grand Pompée !

TROGNE, s*incHnant.

Me voici ! Trogne pour vous servir !

BIRON

Emmène le conquérant ; emmène Alisandre.

TROGNE, àNathaniel.

0 messire, vous avez causé la chute d' Alisandre le Conquérant ! Pour la peine, vous allez être dépouillé du costume bariolé. Votre lion a beau tenir sa masse d*armes assise sur une chaise percée (60), il n'a rien du héros à chyle. Un conquérant avoir peur de parler ! Par pudeur , esquive- «1 toi, Alisandre.

Nathaniel se retire.

Là !... c'est un doux imbécile, voyez-vous? Un homme qui est bien vite en déroute ! Comme voisin, il est, sur ma parole, merveilleusement bon ; comme joueur de boules, il est excellent ; mais, comme Alisandre, hélas ! vous voyez ce qu'il est... un peu au-dessous de son rôle. Heureusement, il arrive d'autres Preux qui vont exprimer leur pensée d'une tout autre manière.

scÉifi vm. 427

U PRlNCnSI.

. Range-toi, bon Pompée.

Trogne se retire.

Entreot HoLOPHERNB armé» représeoUntladas, et Phalène également

armé, représentant Hercule.

HOLOPHERNE , montrant Phalène.

Ce nabot toqs représente le grand Hercule, Dont la massue tua Cerbère, le canis à triple tète, Et qui» n'étant encore qa*an poupon, un enfant, un marmot. Étranglait ainsi les serpents dans set manuê. Quoniam^ il apparaît ici dans sa minorité ; Ërgo, je vient avec cette apologie, A Phalène.

Montre quelque majesté dans ton ea^f et évanouis- toi.

Bon Phalène.

HOLOPHERlIty déclamant. Judas je suis...

DO MAINE

Un Judas !

HOLOPHEBNS, sUnterrom^nL

Non pas Iscariote, messire I

Reprenant.

Judas je suis, surnommé Michabée.

DU MAINE

Un Judas mAche-abbés est un méchant Judas.

BIRON

Un erabrasseur fort traître... Comment es-tu devenu un Judas?

HOLOPHERNE

Judas je suis...

DU MAINS

Pour ta honte. Judas !

438 fusss D AWicft hmm:e^

I j;^-* ri

Que préteodei-^OQSy Aider Judas à se pendre !

Tous D*ëles pas on bomme assez sûr ! Oh !

Bien répliqué! C'est à un sareaa que Judas s'est pendu!

Je ne me laisseiai pas outrager eo frce.

Farce que tu n'as pas de face !

Qu'est-ce doDC que ceci ?

Bonr.

Une tête à guitare !

DU 1AI5E

Une tête de dou !

Bno5.

Une tête de mort dans une bague !

L056(:EVILU.

La Cace, à peine visible, d'une vieille moDDaie romaine

BOVET

Le ponmieau de l'épée de César !

DC MilXE.

La figure en os sculpté qui surmonte une gourde !

Le profil d'un saint George sur un fermoir ! . . .

DU MAINE

Un fermoir de plomb !

— Fixé au chapeau d'un arracheur de dents ! — Et maii tenant, continue : nous t'avons laissé reprendre cootenano

SCÈKE YllI. . 429

HOLOPHERNE

Vous m'avez fiait perdre toute cootenance.

BIRON

Erreur; nous t'avons donné beaucoup de fronts.

HOLOPHERNE

Vous ne m'avez fait que des affronte.

BIRON

Quand tu serais un lion, nous te tiendrions tête.

BOYET.

— Comme ce n'est qu'un Ane, ne le retenons pas. — Adieu» doux Jude ! Pardieu, qu'attends-tu?

DU MAINE

— Eh ! la dernière partie de son nom.

BlRON.

— C'est juste ; rendons-le lui. Adieu, vieux Jude» as de pique !

HOLOPHERNE

— Cela n'est ni généreux» ni gentil» ni charitable.

BOYET .

— Une lumière pour monsieur Judas ! Il fait nuit. Il pourrait faire un faux pas.

Holopheroe le retire.

LA PRINCESSE

— Hélas ! pauvre Macbabée» comme il a été étrillé ! —

Entre Armado armé, représentant Hector.

BIRON

Cache ta tête, Achille ; voici venir Hector en armes.

DU IIÂINE.

Quand mes plaisanteries devraient retomber sur moi, je veux m'égayer.

LE m.

Hector n'était qu'un Troyen, comparé à celui-cié (51)

432 PEINES D'AMOOa PERDUES.

TROGNE

Ma foi, à moins que vous ne jouiez le rôle de Thoimt^ Troyen, la pauvre fille est perdue. Elle est grosse... reniait se pavane déjà dans son ventre ; il est bien de yous.

ARMÀIX).

Ah ! tu me dif&imonises devant les potentats ! Tu vas mourir.

Il dëgatne.

TROGNE

Alors Hector sera fouetté pour avoir fécondé Jacquioette et pour avoir occis Pompée.

DU MAINE

0 rare Pompée !

BOYET.

Renommé Pompée !

BIBON.

Plus grand que le grand grand grand grand Pompée ! Pompée l'immense !

DU IfAlNEé

Hector tremble.

BIRON

Pompée est ému... Plus de furie ! plus de furie !... Eicitez-les ! excitez-les !

DU MAINE

Hector le provoquera.

BIRON

Oui, n'eût-il pas plus de sang dans le ventre qu'il n'eu faut pour faire souper une puce !

ARMADOy s*avaDçaDt vers Trogoe.

Par les pôles du Nord et du Sud, je te défie.

TROGNE

Je ne veux pas me battre affec l'épaule, moi ; je veux uoe estocade; je me battrai avec l'épée.

scÉiii VIII. 431

LONGUIYILLE.

Gttte oolombine I

ÂHMADO.

Doux seigneur de Longuerille» enrAne ta langue.

LONGUIVniE.

* Je dois bien plutôt lui lâcher les rênes, puisqu'elle eéati après Hector.

DU MAINE

Et Hector est un si bon lévrier !

' ARMADO.

Le cher guerrier est mort et pourri ; cbers poulets, ne secouez pas les ossements des trépassés ; quand il respirait, c'était un homme... Mais continuons notre rôle.

A la princesse

Suave royauté, octroyez-moi la sensation de votre ouïe.

LA PRDfGESSE.

Parlez, inrave Hector : nous en serons ravie.

Pendant ce dialogue, Biron dit quelques mots tout bat à Trognt, qol Tient de rentrer dépouillé de son costume.

ARMADO.

J'adore la pantoufle de ta suave Altesse.

BOYET.

n l'aime par le pied.

DU MAINE

C'est qu'il ne peut pas l'aimer par la verge.

ARMADOy déclamant.

Cet Hector surpassait de beaucoup Annibal...

TROGNE, brusquement.

Votre partenaire est en travail, camarade Hector» elle est en travail. Elle est à ses deux mois de gestation.

Que veux-tu dire?

434 PKINES D AMOUR KRDUKS.

Entre MERau>E.

MERGÂDEy h la princesse.

-- Diea tous garde, madame !

U PRl!fGI88K«

Sois le bienTena, Mercade, — bien qae tu inteirompes DOirefèle.

MBRGÂDB.

— Ten suis (âché, madame ; car la noavelle que j'apporte—pèse douloareosement à ma langue. Le i^îmln père...

u FBiraGBSK.

— Est morif sur ma TÎe 1

MIRGAIXB.

Oui, madame, je D*ai rieo de plus à vous dire. -

BIRON

Preox, r^irez-Toos ; la scène commence à s*as$ombrir.

armâdo.

Poar ma part, je respire librement. Le jour de Toutrage a lui pour moi à travers le petit trou de la modération, mais j'obtiendrai réparation en Trai soldat.

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