‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 288 sur 305 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ptssë les bornes — dans la familiarité de la causerie» c'est Totre courtoisie — qu'il en faut accuser.

Ao Roi.

Adieu, digne seigneur. — Un cœur accablé ne tolère pas une langue obséquieuse. — Excusez-moi, si je ne tous re* mercie pas plus longuement — de la grande concession que j'ai si aisément obtenue de vous.

LB ROI

— Le temps, dans ses moments suprêmes» vers sa conduaion suprême — précipite chaque chose ; — et souvent c'est quand il va nous échapper, qu'il décide — ce qu'un long procès n'avait pu arbitrei:. — Quoiqu'un front assombri par le deuil filial — interdise à la courtoisie souriante de l'amour — de plaider la cause sacrée qu'il voudrait gagner,

— pourtant, puisque l'amour a été admis i présenter sa requête, — que les nuages de la douleur ne le détournent pas

— de ses fins ! Pleurer des amis perdus — est bien mofns salutaire et profitable — que de se réjouir des amis nouvellement trouvés...

U PRmCBSSK.

— Jerne vous comprends pas : vous redoublez mes chagrins.

BIRON

— Des paroles simples et franches pénètrent le mieux Foreille de la douleur. — Par ces éclaircissements comprenez la pensée du roi. — C'est pour l'amour de vous, belles, que nous avons perdu notre temps — et fait faux bond à nos serments. Votre beauté, mesdames, — nous a défigurés tous, en façonnant nos goûts — à l'inverse de nos volontés;

— Si vous avez vu en nous tant de ridicules, — c'est que l'amour est plein de caprices extravagants, — espiègle comme un enfant, sautillant et frivole, — engendré par le regard, et par conséquent, comme le regard, — plein de fiiMnnes, d'apparitions et d'images étranges, — variant ses

PEINES D'amour perdues.

▼isions comme l'œil promène — son r^ard, d'objet en objet. — Si, sous ces dehors bigarrés dont Tamour bota^ nous a revêtus, nous avons, devant vos yeux célestes, compromis notre foi et notre gravité, — ce sont ces j^oinlestes, témoins de nos fautes, — qui nous ont engagés àks commettre. Ainsi, mesdames, — notre amour étantde^ (ait, les écarts causés par l'amour — sont également de votre fait. Traîtres envers nous-mêmes, — nous n'avons été traîtres qu'afin d'être pour toujours fidèles — à celles qui nous font à la fois fidèles et traîtres, c'est-à-dire à vous, mesdames! -Et cette trahison, qui est péché en ellenaiêmc, — s'épure ainsi elle-même et devient vertu.

U PRINCESSE

— Nous avons reçu vos lettres, pleines d'amour, - tos cadeaux, ambassadeurs d'amour; —et dans notre conseil firgiqal, nous n'y avions vu - que galanteries, aimables jJaisanteries, courtoisies — de clinquant destinées à parer le temps. - Nous n'y avions pas, pour notre part, — attache plus d'importance, et voilà pourquoi nous avons accueilli votre amour, — selon ses allures, comme un badinage.

DU MAINE

— Nos lettres, madame, montraient mieux qu'une plaisanterie.

LONOUEVILLE.

— Et nos regards aussi.

ROSILINE.

Nous n'en avons pas jugé ainsi.

LE ROI

— Voyons, à la dernière minute, accordez-nous votre amour.

U PRINCESSE

C'est un temps trop court, ce me semble, — pour conclure un marché à perpétuité. — Non, non, monseigneur! Votre Grâce s'est parjurée, - elle s'est rendue chèrement

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