CHANSON
LE PRumniPS.
Qiaod let pâquerettes diaprées et les Tiolettes bleoes
El lee crestons argentés
It les primevères de couleur jaune
Émaill^t de leurs grâces les prés,
Le coucou alors, d*arbre en arbre,
Se moque des maris, car il chante :
Coucou I Coucou! Coucou!.. 0 mot sinistre, Malsonnant à une ofeille mariée I
Quand les bergers embouchent les chalumeaux d*avoine Et que les gaies alouettes servent d'horloges aux laboureurs. Quand s*accoupleDt les tourterelles, les grolles et les corneilles Et que les filles blanchissent leurs jupes au soleil. Le coucou alors, d'arbre en arbre, Se moque des maris, car il chante :
Coocou!
Coucou! Coucou!.. 0 mot sinistre, Malsonnant à une oreille mariée 1
l'hiver-
Quand les glaçons pendent au mur.
Et que Dick le berger soufDe dans ses ongles. Et que Tom porte des bûches au vestibule, Et que le lait arrive gelé dans la jatte. Quand le sang se fige et que la roule est noire. Alors la chouette hagarde chante dans la nuit :
Touhou !
Touhouit! Touhou! Joyeuse note, Tandis que la grasse Jeanne écume le pot.
Quand tout haut le vent souffle,
Et que la toux noie le sermon du curé.
Et qoe les oiseaai font perchés dans la neigé» Et qne le nez de Marianne est d'on rodge cm» Qoand les pommes rôties sifflent sur le fea. Alors la choaette hagarde chante dans la naît :
TouhonI Tonhonitt Tonhoul Joyeuse note.
Tandis qne la grasse Jeanne écorne le pot.
ARMADO.
Les paroles de Mercure détonnetit après les chants d*A potion. Voilà votre chemin, et voici le nôtre.
Toos tortent.
FIN DE PEINES d'AHOUK PERDUES*
tui
LA SAUVAGE APPRIVOISÉE, TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN ET PEINES D'AMOUR PERDUES.
(1) la pmniière Mition de cette comédie <»si relie de 1623. La SawMige apprivoiêé^ occupa' vingt-d(>ux fc nillols du gros iD-folio où ont été réunies les pièces authentiques de Shakespeare, et est placée, de la page 208 à la page 230, entre Commêil wuiplairauX Tbiti M Irien qui flnU Irien. La division par scènes n'y est pas marquée; en revanche, la division par actes y est faite avec une négligence inconcevable. Les éditeurs ont indiqué, en tète du prologue, l'acte premier de la comédie qui ne commence qu'après le prologue; puis, ne sachant plus où mettre le second acte, ils ont omis de le mentionner ; enfin, iU ont placé en tète de la scène du pari cette indication savante : Acttu quimui^ icœna prima, et ils ne 86 sont pas aperçus que cette « scène première du cinquième acte » était la scène finale!
Vingt-neuf ans avant que La Sauvage appriwiêée eût été publiée avec cette déplorable insouciance, — dès 1594, — le libraire Cufhbert Burbie avait mis en vente à sa boutique, place dtt Hoyal Exchangif un petit volume in-4, sur le titre duquel te
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justement ses plus fervents admirateurs ! Ce sont ceux qui, en racontant sa vie, ont mis le plus de zèle à faire admirer le génie de de l'écrivain et à faire aimer la probité de l'homme. ProA fudor!
Et quelles sont les raisons de ces commentateurs pour ternir d'une pareille imputation une des plus chères gloires da genre humain ? Ces raisons, je les ai consciencieusement chercha et voici celles que j'ai pu parvenir à découvrir. On va voir de quelle valeur elles sont.
Le premier motif pour lequel, è en croire ces messieurs, la comédie publiée en 1594 ne peut pas être de Shakespeare, c'est qu'avant sa publication elle avait été représentée par la troupe du oomie de Pembroke : est-il probable que Shakespeare, appartenant i une troupe rivale de celle du comte, aurait voulu contribuer i la vogue de ses concurrents en leur livrant une comédie qui pouvait ôtre jouée si fructueusement par ses associés ? Voilà l'objeclion dans toute sa force. 11 est facile d'y répondre en démontrant qu'i cette époque le droit de propriété littéraire était loin d'élre protégé comme il l'est aujourd'hui. Au temps de la bonne leioe Bess, les chefs de troupe ne se faisaient nul scrupule de monter et de représenter, sans l'assentiment de l'auteur, une pièce qui attirait le public dans un théâtre rival. Comme l'a fort bien dit M. Collier, a une pièce» écrite par une compagnie et peul-ètre jouée par cette compagnie telle qu'elle était écrite, pou- Tiit être obtenue subrepticement par une autre, grâce i une transcription, aussi fidèle que possible, des paroles prononcées par les exérâtants originaux ; de cette seconde compagnie elle pouvait passer i une troisième, et, après une succession de changements, de corruptions et d'omissions, elle pourrait parvenir jusqu'à Tim* pression. Je tiens donc pour positif que des auteurs favoris comme Bobert Greene, Christophe Mariowe, Thomas Lodge, George Peele, Tbomas Kid, et quelques autres, fournissaient d'œuvres drama* tiques, non pas une compagnie seulement, mais la plupart des associations d'acteurs dans la métropole ; et quand nous trouvons que, dans le journal du chef de troupe Henslowe, Tamerlan est mentionné comme ayant été joué par les comédiens de lord Sirangf, nous pouvons en conclure que ee drame était joué aussi
par les comédiens de la reine, de lord Nottingham, de lordOibi ou par toute autre compagnie ayant pu monter, tant bien que a^ une reproduction de la pièce originale. Le drame si popubin^ Christophe Marlowe, que je viens de nommer, est un exespe parfaitement choisi ; car sur te titre de la pièce imprimée en liSI on nous dit qu'elle était jouée par les serviteurs du lord amhil et pourtant Henslowe la mentionne comme ayant été représniâ cinq fois par les serviteurs de lord Strange antérieurement i Anii 1592 ^ » Cette assertion si explicite du savant historien de b scène anglaise est une réponse victorieuse aux accusateors di Shakespeare. Parce que la troupe du comte de Pembrokeajoi la Sautxige apprivoisée primitive, cela ne prouve nullement ((i Shakespeare n'en soit pas l'auteur. Les comédiens de lord hn broke ont pu se procurer une copie d'une pièce appartenante l'origine aux comédiens de la reine, juste comme les oooiédia de lord Strange ont pu obtenir une copie du Tamerlan de Ma lowe, qui était la propriété des comédiens du lord amiral. - Passons outre.
La seconde raison pour laquelle Une Sauvcige appriuAm i peut pas être attribuée i Shakespeare, toujours au dire dec messieurs, est une raison de style. Le commentateur Steevenf
1 découvert dans la vieille comédie quatre mots qui ne sont ei
ployés dans aucune pièce de Shakespeare, Sardofiyx (Sardoio* Hyacinth (Hyacinthe], radiations (rayons), eye-traintd [k W exercé); et ces quatre mots sont, selon Steevens, auUot preuves nouvelles que la vieille comédie n'est pas l'œuvre
|. poète. Cet argument est si puéril qu'il y aurait puérilité à
réfuter. S'il étaitadmisen principe qu'une pièce de Shakespei pour être authentique, ne doit pas contenir un seul mot <
1^ n'ait été employé dans ses autres pièces, toutes tes œuvres
poète, sans aucune exception^ devraient être déclarées apocrypt Par exemple, le mot composé tempest-tossed (secoué de la u pète) ne se trouvant que dans Macbeth^ Macbeth serait apocryp Le mot spirU'SUrring (excitant le courage) ne se renconti que dans Othello, Othello serait apocryphe ! Le mot grey-coi
i ColUer» History of the Itage, t. III. p. 86.
(liâbillé de grin) n'étant que dans Roméo et JulieUe^ Roméo H JutielU serait apocryphe 1 Le mot implorator (qui implore) ne se présentant que dans Hamletf Hamiet serait apocryphe ! — Pauvre Sieevens 1
La troisième et dernière raison mise en avant dans cette contre-» versa (Mr la critique anglaise est un fait d'histoire littéraire, consigné dans les registres tenus par le chef de troupe Henslowe, pendant les dernières années du seizième siècle. Dans le courent de l'année 1594, pendant qu'on construisait le théâtre du Gkbe^ la troupe du lord Chambellan (la troupe même à laquelle appartenait Shakespeare) demanda asile à la troupe du lord amiral, et les deux troupes combinées donnèrent ensemble une aérie de représentations qui attirèrent la foule au théétre de Newington. Le comédien Henslowe, qui prit part à ces représentations, a laissé une liste, devenue très-curieuse, des pièces jouées alors. A la date du mois de juin, on y lit ceci :
— 9 joio 1694, Hamkt.
— Il juin 1694, The taming of a Shrew (Une Sauvage apprivoiaie.)
— 19 JaîD 1694, The Jew of Malta (Le Juif de MalU de Marlowe).
Voilà certes une présomption bien puissante à l'appui de Topinion que je soutiens. Par une ciroonsuince extraordinaire, la Iroupedu lord chambellan est amenée à joindre son répertoire au répertoire de la troupe du lord amiral. Que fait-elle? elle joue deux pièces auxquelles le nom de Shakespeare est tout naturellement attaché : Hamiet^ Une sauvage apprivoisée^ la veille du jour où la troupe du lord amiral donne une pièce de Marlowe. Mais Malone n'accepte pas cette interprétation si vraisemblable. Malone affirme que cet Hamiet et cette Saunage apprivoisée ne sont pas les œuvres de Shakespeare, mais seulement deux pièces sur lesquelles Shakespeare a copié les siennes. « Il est clair, ditil, qu'aucune des pièces de notre auteur ne fut jouée è Newington Bults; si on en avait joué une seule* nous en aurions certaineoient trouvé plus d'une. Le vieil Hamiet avait éié mis sur la •eène avant 1590. )i Et voilà Shakespeare convaincu, par cette simple aliirmatiun de son commentateur, d'avoir plagié deux de
448 U SAUVAGE ArPniYOISÉE, ETC.
SM principales pièces ! — Mais, malbeureusemeiit pour rioUlibililé de Malone et heureusement pour la mémoire de Sukespeare» ou découvrit en 1825 un exemplaire in-quarto de ce fkâ HamUt, joué à Newington BuUs en 1.594. Ce vieil /Tamiet, laprimé pour Nicholas Ling» ce vieil Hamlei^ que Malone déelinii n*ètre pas de Shakespeare, était signé en toutes leUres WiUwm ShakeipeaTe! Fiez-vous donc aux commentateurs, après eelt!
Ainsi tout le monde le reconnaît aujourd'hui , ce que Vabe affirmait quant au vieil Hamlet^ était justement le eontraireè la vérité. Eh bien» ma conviction profonde, c'est que Uùm s'est trompé sur le compte de La Sauvage apprivoiêée primilive, comme sur le compte du vieil HandH, Ma conviction, c'est q« les deux pièces jouées le 9 et le U juin 1594 sur la scène è Newington sont Tune et l'autre de Shakespeare, et que le fgxà homme n'a pas plus plagié la comédie que le drame.
A l'appui de ma conviction, voici un fait frappant que ks commentateurs ont jusqu'ici passé sous silence.
Le lecteur sait déjà que la Sautage apprivoisée primitive a ^ publiée en 1594 parCuthbertBurby. En 1598, le môme Cutblieit Burby publie Peirm lïamour perdues, et, en 1599, Roméo A JulieUe.
Sept années plus tard» en 1608, la propriété de ees trois pièces est cédée k même jour à un autre libraire, Nicholas Ling, d^ éditeur à*Hamkt. Voici l'extrait du registre officiel tenu u Slaiùmer's Hall :
Jan. S2, leoe.
M. Ling. Romeo and JuUett, Lûve*s Labour Loste.
Taming of a Shrewe (la comédie primitive).
Vingt-deux mois plus tard, un nouveau transfert s'opère. Le droit de publier ces quatre pièces : Hamlet^ Roméo et JulieKit Peines d'amour perdues, Une sauvage apprivoisée^ passe tout a coup des mains de Nicholas Ling à celles d'un troisième éditeur, John Smylbick ; et, chose bien remarquable, l'enregistremeot des quatre pièces a encore lieu le mime jour :
KOTES. 449
Nov. ID, 1007.
lobo Smythicli. A bookecalled Hamktt.
The Taming of a Shretce.
Romeo and JuUetU Ij)ve*8 Labour Loste.
N*e8l-il pas clair que toutes ces pièces, ainsi vendues le nénie joar au même éditeur, appartenaient préalablement au Même propriétaire, c'est-é-dire au même auteur? Or, quel était TMleiir d'Hamte, de Peinte iamour perduee^ de Roméo ei lu- UeUêt Le même que l'auteur de la Sauwige apprivoieée priml* tive : William Shakespeare.
Il est donc désormais évident pour tout lecteur de bonne foi ^'en calquant sur la comédie publiée en 1594 la comédie puftUéodans le grand in-folio de 1623, Shakespeare n'a été eoupa- Me d*aiieon plagiat. En remaniant son œuvre, le poêle n*a fait que SB copier lui-même.
A défaut de documents précis, il a été jusqu'à présent imposmiAt de fixer l'époque à laquelle fut représentée pour la première Ibis la Sauvage apprivoieée^ telle que nous la connaissons aujourdlini. Le eritique Mères n'en ayant pas fait mention dans la liste des œuvres de Shakespeare connues avant 1598, il est possible que la comédie déflnitive n'ait été jouée qu'après cette année-là. Hais il est certain pour quiconque a étudié de près les diverses manières de Shakespeare, que la Sauvage apprivoieée^ imprimée ao 162S, a dû être écrite dans la même période que les premières pièces du poète, Lee Deux Gentilehommee de Véronet Comédie éFerreure , Peinee d! amour perduee. On y retrouve les mêmes formes caractéristiques, mémo coupe du vers, même fréquence de rimes, même rareté de l'enjambement. D'après les conjectures les plus probables, La Sauvage apprivoisée^ composée originairement avant 1590, aurait été refaite parle poète avant 1595.
Cette comédie est encore aujourd'hui une des plus populaires do répertoire shakespearien. Elle a donné lieu, depuis deux siècles, à plusieurs imitations qui, comme toujours, sont restées fort inférieures au modèle. Remaniée par différents auteurs, elle (ot jouée successivement, en 1598, au Théàlre-Royal, sous ce
(2) Le Dom de Sly était très-commun dam 1 comté oà Stuke^)Mrft<4Uit nd. Un acteur, do faisait partie de la troupe du Gtobtr, et fui cbai d'Osric, ûiw HamUt. L'indignation avec laqu déclare que Ut Sly ne tant pat des vagabond*, une protestulion, par voie d'allusion, contre le gueur, qui assimilait aux vagabonds les acleu déjA eu occasion de noter une allusion du HamUt. — Faisons remarquer ici que le persoi également dans la comédie primitive. N'est-ce tion de plus en faveur de l'opinion qui veut q soient du mfime auteur?
{3) Le nom de Petruchio ec trouve dans une de l'Arioste par George Gascoigne et intitulée : . trigue relative aux amours de Lucentio et di égnlcmenl la comédie italienne. Ainsi que dans on voit dans la piàce de l'Arioste un jeune ht râle et d'babit avec son valet pour supplanter déterminer un étranger à se Taire passer pour commentateur Farnier a le premier appelé l'i rapports curieux qui permettent de comparer I'^ speare.
[4] Soto est un des principaux personnages d
(6) Wilmecote est un autre hameau du Warwickshire, situé à une lieue de Stratford-sur-Avon, dans la paroisse de Aston- Cantlow. Là avait demeuré Robert Arden, grand-pére maternel de Shakespeare ; la mère du poète y po.<(8édait une chaumière et un champ que Tentant sublime a dû souvent visiter.
(7) Ainsi que je l'ai dit à l'Introduction^ une aventure analogue i celle du bonhomme Sly avait été, dès le commencement du seizième siècle, racontée comme un fait historique' par Goulard, dans son ThrésorifhixUnrfx admirables H merveilleiues. Un compilateur anglais» Richard Edwards, paraphrasa le récit de Gouhrd et le publia dans un recueil d'anecdotes en 157t. Je traduis kà cette paraphrase, d'après le texte du petit livre anglais, que notre poète a pu avoir entre les mains dès l'âge de huit ans :
LB RÉVB DB l'HOMMB iVBILLÉ.
« Au temps où Philippe, duc de Bourgogne (qui par la gentillesse et la courtoisie de sa conduite acquit le surnom de Boh)^ tendait les rênes du pays de Flandres, ce prince, qui était d'humeur plaisante, et plein de bonté judicieuse, avait recours à des passo-temps qui par leur singularité sont communément appelf^s plaisirs de princes : de cette manière il ne montrait pas moins la finesse de son esprit que sa prudence.
« Étant à Bruxelles avec toute sa cour, et ayant, à sa table, discouru assez amplement des vanités et des grandeurs de ce monde, il laissa chacun devisera sa guise sur ce sujet. Sur quoi, se promenant vers le soir dans la ville, la tète pleine de pensées diverses, il aperçut un artisan couché dans un coin et endormi trôs-profondément, les fumées de Bacchus ayant surchargé son eerveau. Sur l'ordre du duc, des gens enlevèrent ce dormeur qui, insensible comme une souche, ne s'éveilla pas, et le portèrent dans une des plus somptueuses parties du palais, en une chambre meublée princièrement. Li, après l'avoir couché sur un lit magniflque,on le dépouilla de ses mauvais habits, et on lui mit une ebemise très-fine et très-propre, au lieu de la sienne qui était
liff
452 U SAIVAGE AITRIVOISÉE, KTC-
grosse et sale. On le laissa dormir loul à son aise. Tandb^' cuve sa boisson, le duc prépare le plus réjouissant paaHEi| qui se puisse imaginer.
« Dans la matinée Tivrogne s'éveille, lire les rideaux de brave et riche lit, se voit dans une chambre ornée comme ml radis, et considère le riche ameublement avec un éumnw que vous pouvez imaginer. Ne pouvant en croire ses yen, i porte ses doigts, et, bien qu'il les sente ouverts, il se pem qu'ils sont fermés par le sommeil, et que loul ce qu'il voit et pur rêve.
a Aussitôt qu'on s'aperçoit do son réveil, arrivent les die de la maison du duc, instruits par lui de ce qu'ils oot i li des pages magnifiquement vêtus, des gentilshommes de lack bre, des gentilshommes de service et le grand chambellan. X en bel ordre et sans rire, apportent des vêtements pour le no hôte : ils l'honorent avec la même révérence respectueuse s'il était prince souverain ; ils le servent tôle nue et lui dei dent quel costume il lui plait de revêtir ce jour-ci.
a Notre gaillard, effrayé tout d'abord par la pensée que choses tenaient de l'enchantement ou du rôve, est enfin m par tant de soumissions, il reprend du cœur, s'enhardit, et, sant bon visage à Taffaire, choisit entre tous les costumes qi lui présente celui qui lui plait le plus et qui, è son idée, do mieux lui aller : accommodé comme un roi, servi avec des c monics toutes nouvelles pour lui, il regarde tout sans rien et avec une contenance assurée.
<c Comme il s'était levé tard et que l'heure du diner approcl on lui demande s'il lui convient que le couvert soit mis. Il y i sent volontiers... Il mange avec toutes les cérémonies d'usa la table du duc, fait bonne chère et mâche avec toutes ses de seulement il boit avec la modération que lui impose la ma qu'il représente. Tout étant desservi, on l'amusa par de nouvi plaisirs; on lui fit passer l'aprés-midi dans toutes sortes de fi la musique, la danse et une comédie employèrent une partii temps... L'heure du souper approchant, il fut conduit, au sor trompettes et des hautbois, dans une grande salle où étaient posées de longues tables couvertes de toutes sortes de mets <
1 cats. Les torches brillaient à chaque coin et faisaient le jour au î milieu de la nuit. Jamais duc imaginaire ne fut a pareille fête. Les rasades commencèrent à la manière du pays. On lui servit du vin très-fort, de bon hypocras, qu'il avala è grandes gorgées, en y revenant fréquemment, si bien que, chargé de tant de libations extraordinaires, il céda au cousin -germain de la mort, le sommeil 1
« Alors le véritable duc, qui s'était mis dans la foule des officiers pour avoir le plaisir de cette momerie, ordonna que le dormeur fût dépouillé de ses beaux habits, revêtu de ses vieilles guenilles et remporté au lieu même d'où il avait été enlevé la nuit d'auparavant. Ce qui fut fait immédiatement. Notre homme ronfla là toute la nuit, sans ressentir aucun mal de la dureté des pierres ni de la fraîcheur de la nuit, tant son estomac était rempli de bons préservatifs. Réveillé dès le matin par quelque passant ou peut-être par quelqu'un que le duc avait désigné tout exprès : a Ah! lui dit-il, mon ami, qu'avez-vous fait lé? Vous m'avez volé un royaume ! Vous m'avez enlevé au plus doux, au plus heureux rêve que j'aie jamais fait ! d
On comprend à quel point cette légende, d'origine orientale, devait frapper l'imagination d'un jeune poète. Bientôt le voili qui prend la plume, — inspiré à son insu par la muse arabe. — 11 s'essaye a dramatiser ce récit et à en animer les personnages. L'essai est encore un peu gauche : on y sent l'inexpérience et la gène de l'écrivain novice. Mais c'est ^al. Malgré des imperfections nombreuses que Shakespeare corrigera plus tard, le prologue de la Sauvage apprivoisée primitive appartient déjà à la vraie comédie. Jugez-en vous-même :
PROLO60B.
Knire un CiBAàKTtEâ, jcUot k U porte Slt, complëlemeot ivre.