‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 31 sur 305 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

[La grande salle da palais des rois de Bretagne.}

EotrcQt {var ane porte Cynbbline. la Reine, Cloten, des roartisans ; par one aolre, Caius LUCits et sa suite.

CYMBEUNE.

- Parlez maintenant, que veut de nous César-Auguste?

LUCIUS

- Quand Jules-César, dont le souvenir, — encore vivant pour Içs yeux des hommes, sera pour leurs oreilles et leurs I^agaes - une éternelle tradition, vint dans cette Bretagne

et la conquit, Qissibelan (i), ton oncle, — illustré par les

é/oges de César non moins - que par ses exploits méritoires,

s'engagea, pour lui — «»t pour ses successeurs, à payer à

Rome un tribut annuel de trois mi'le livres qui dans les

derniers temps - n'a pas été acquitté par toi.

L\ REINE

Et qui, pour tuer les étonnements futurs, — ne le sera jamais.

CLOTEN. »

Il y aura bien des César^ - avant que vienne un autre Jules. la Bretagne est — un monde à elle seule; et nous ne voulons rien payer ~ pour le droit de promener nos nez.

LÀ REINE

les circonstances — qui alors aidèrent les Romains à nous prendre notre bien, nous aident, - 5 notre tour, à le "'prendre. Sire, mon suzerain ! souvenez-vous — à la fois et ^^ rois vos ancêtres et — des résistances naturelles qu'offre *o(re île, — vrai parc de Neptune, hérissé, palissade — de ^hers inaccessibles, de vagues rugissantes, — de bancs de

138 GYMBBLINE.

sable qui, plutôt que de soutenir les barques de vos ennemis, — les rongeraient jusqu'au grand mât! César fit bien ici — une espèce de conquête, mais ce n*est pas ici qu'il s est targué — d'être venu, d'avoir vu, d'avoir vaincu : un désastre, — le premier qui l'eût jamais atteint, le repoussa — de nos côtes, deux fois battu; et ses navires, - pauvres jouets naifs de nos terribles mers, — secoués par les lames, se brisèrent comme des coquilles d'œufs — contre nos rochers. En réjouissance, — le fameux Cassibelan, qui avait été, — ô fortune baladine! sur le point d'abattre l'épée de César, — illumina de feux de joie la ville de Lud (5), — et enfla de courage les Bretons!... —

CLOTEN.

Allons ! il n'y a plus ici de tribut à payer : notre royaume est plus fort qu'il ne l'était à cette époque ; et, comme je l'ai dit, il n'y a plus de César comme celui-là : d'autres pourront avoir le nez aussi crochu, mais pas un, le bras si roide!...

CYMBEUNE.

- Mon fils, laissez finir votre mère. —

Nous en avons encore beaucoup parmi nous qui ont la poignée aussi dure que Cassibelan ! Je ne dis pas que je suis du nombre, mais j'ai un bras. Comment! Un tribut! pourquoi payerions-nous un tribut? Si César peut nous cacher le soleil avec une couverture ou mettre la lune dans sa poche, nous lui payerons tribut pour avoir de la lumière : sinon. Monsieur, assez parlé de tribut, je vous prie!

GYMBELINE.

- Vous devez savoir — qu'avant que h^s Romains injurieux eussent extorqué — ce tribut de nous, nous étions libres. L'ambition de César. - qui se gonflait presque à élargir — les flancs du monde, en dépit de toute justice, — nous imposa ce joug; le secouer — est le devoir d'un peu-

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