‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 36 sur 305 · SCÈNE XYI · texte numérisé non relu

SCÈNE XYI

ARYIRAGUS.

De quoi pourrons-nous parler — quand nous serons TÎeux conune vous? Lorsque nous entendrons — la pluie et le Tent battre le noir Décembre, de quoi, — pinces dans cette caverne, causerons-nous— durant les heures glacées ? Nous n'avons rien vu : — nous sommes pareils à la bête : subtils comme le renard, pour attraper; — belliqueux comme le loup, pour manger ; — notre valeur consiste à chasser ce qui fuit ; — notre cage , nous la faisons retentir , comme Toiseau emprisonné, — en chantant librement notre ser- ' ▼âge!

BÈURIUS.

Gomme vous parlez ! - Ah !'si seulement vous connaissiez les usures de la cité, - après en avoir fait vous-même l'épreuve ! les intrigues de la cour, — sommet aussi dur à quitter qu*à garder, et dont Tescalade — est une chute certaJDe, hauteur si gUssante — que le vertige y fait souffrir autant que la chute I — Si vous connaissiez les soucis de la guerre, — métier où l'homme ne cherche que le danger — sous prétexte de gloire et d'honneur, et où, s'il meurt à la recherche, — il obtient pour épitaphe une calomnie aussi souvent— qu'un éloge; où bien des fois - il est puni d'avoir fait le bien, et, ce qu'il y a de pire, - obligé de s'incliûer devant la censure!.. 0 mes enfants, cette histoire. — '^ monde peut la Uredans la mienne. Mon corps est balafre de coups d'épée romaine, et ma réputation était jadis parmi '^ plus illustres. Cymbeline m'aimait : — et quand on Parlait d'un soldat, mon nom- n'était pas loin. Alors j'étais ^n arbre — dont les branches ployaient sous le fruit; mais, ^nenuit, — un ouragan ou un brigandage, appelez cela ^rame vous voudrez, — jeta à terre ma parure dorée, oui, Jusqu'à mes feuilles, — et me laissa nu à l'air.

GUIDÈRIUS.

Incertitude de la faveur !

BÈURIUS.

— Ma faute unique, je vous Tai dite souvent. — Deux misérables, dont les faux serments prévalurent — sur mon intègre honneur, jurèrent h Cymbeline — que j'étais ligué avec les Romains. De là —mon bannissement; et, depuis vingt ans, — ce roc et ces solitudes ont été mon univers ; — j'y ai vécu dans l'honnêteté et la liberté, et j'y ai payé— au ciel plus de dettes pieuses que dans toute ma vie passée. Mais, vite à la montagne ! — Ceci n'est pas un entretien de chasseurs ! Celui qui abattra — le premier gibier sera le roi de la fête ; — les deux autres le serviront ; — et nous n'aurons pas peur du poison qui est d'étiquette — en plus haut lieu... Je vous rejoindrai dans les vallées.

Guidérias et Arviragas s*eD voot.

BÈLARIUS, seul.

— Comme il est difficile d'étouffer les étincelles de la nature!

— Ces garçons-là savent qu'ils sont les fils du roi , — et Cymbeline ne songe pas même qu'ils sont vivants ! — Us se croient mes enfants : et, bien qu'élevés ainsi, humblement,

— dans une caverne où ils se courbent, leurs pensées heurtent—les toits des palais , et la nature leur inspire, — dans les choses les plus simples, les plus triviales, je ne sais quoi de princier — qui dépasse la mine des autres. Voilà Polydore, — l'héritier de Cymbeline et de la Bretagne, celui que

— le roi son père appelait Guidérius ! Par Jupin ! — quand je m'asseois sur mon escabeau à trois pieds et que je raconte

— mes faits de guerre, ses esprits volent — sur mes lèvres. Si je dis : Ainsi mon ennemi tomba, — et ainsi je mis mon pied sur son cou, aussitôt — le sang royal lui afflue aux joues, il est en sueur, —il roidit ses jeunes nerfs et se met dans la posture — qui mime ma narration. Son jeune frère, Cadwal, —jadis Arvigarus, dans une attitude analogue, —ajoute à mon récit une animation qui révèle plus encore — sa propre pensée... Écoutez! ils lèvent le gibier!... — OCymbe-

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lioe. le ciel et ma conscience savent — que tu m'as injustement banni : aussi, —je t'ai volé ces enfants à l'âge de deux et de trois ans, —voulant te priver de postérité, — comme tu m'avais dépouillé de mes terres. Euriphile, — c'est toi qui (us leur nourrice! Ils t'ont prise pour leur mère, — et chaque jour ils vont l'honorer sur ta tombe. — Et c'est moi, Bélarius, nommé maintenant Morgan, — qu'ils prennent pour leur père véritable...

SoDdacoraa loin.

Le gibier est levé.

Il s*en va.

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