SCÈNE XIV. Î
perspectives ; peut-être même arriverez-vous — tout près dé Posthumus, assez près au moins — pour que, si ses actions De sont pas visibles pour vous, — un bruit fidèle révèle sans cesse à votre oreille — le moindre de ses mouvements.
DfOGÈNE.
Oh ! dis ton moyen ! — Y eût-il péril pour ma pudeur. s'il n*est pas mortel, - je me risque.
piSAmo.
Voilà justement la difficulté : — il vous faut oublier d'être femme, quitter — le commandement pour Tobéissance, la timidité délicate, ~ qui est la compagne de toutes les femmes ou plutôt — la grâce même de la femme, pour un courage effronté; — il vous faudra être prompte aux lazzis, aux vives réparties, être impertinente et — mutine comme la belette ; enfin, même, - aventurer le chaste trésor de vos joues, — en l'exposant, cruelle épreuve, hélas! — mais inévitable, à Tardeur banale — des baisers d'Apollon Titao, et renoncer— à ces minutieux et élégants atours soys l^uels — vous rendiez la grande Junon jalouse.
mOGÈNE.
Allons! sois bref. — J'entrevois ton but, et je suis préside - un homme déjà.
PISANIO.
Commencez seulement par le paraître. — Ayant prévu le ^s, j'ai tenu tout prêts, —dans ma valise, un pourpoint, un ^peau, un haut de chausses, le costume — complet (8). Meitez-le, voulez-vous? — Puis, empruntant par l'imitation ^ûus les dehors -d'un jouvenceau de votre âge, présentez- ^ous ~ devant le noble Lucius ; demandez à entrer à son ^^rvice, dites-lui de quel talent vous êtes douée (et il le re- ^nnaltra bien vite, — s il a l'oreille sensible à la musique). '^ ne doute pas — qu'il ne vous accueille avec joie, car il a ^^^ générosité - que double une sainte vertu. Les ressour- ^8 'ons manquent-elles? — Tout ce que j'ai est à vous.
et je m'engage à pourvoir — à vos besoins présents et à venir.
IMOGÈNE
Tu es Tunique appui — que les dieux me laissent pour vivre. Pars, je te prie. — Il y aurait encore bien des choses h considérer : mais nous tirerons — des circonstances le meilleur profit. Je suis déjà aguerrie — à cette épreuve, et je la soutiendrai — avec un courage de prince. Je t'en prie, pars!
PISANIO.
- C'est bien, Madame. Abrégeons les adieux, — de peur que, mon absence étant remarquée, je ne sois soupçonné — d'avoir aidé h votre évasion de la cour. . . Ma noble mattresse, — voici une boîte que je tiens de la reine. — Ce qu'elle renferme est précieux. Si vous êtes malade sur mer, — si sur cette terre vous avez des langueurs d'estomac, — un^ goutte de ceci dissipera l'indisposition.
Lai remettant les habits d*homme.
Cherchez un ombrage, — et équipez-vous pour votre virilité.. . Puissent les dieux — vous guider vers le succès !
IMOGÈNE
Ainsi soit-il ! je te remercie.
Ils se sépareDt.