SCÈNE I
terai seule ici le feu incessant — de ses regards furieux, soutenue dans la vie — par cette unique pensée qu'il y a au monde un joyau — que je puis revoir encore.
Elle laisse tomber une larme.
POSTHUMUS
Ma reine ! ma maîtresse ! — Oh ! ne pleurez plus. Madame! de peur qu'on ne me soupçonne — avec raison (TaToir plus de tendresse— qu'il ne convient à un homme ! Je resterai — le plus loyal mari qui ait jamais engagé sa foi.
- Ma résidence sera à Rome, chez un nommé Pbilario, ~ QD ami de mon père qui ne m'est connu ~ que par correspondance. Adressez-moi là vos lettres, ma reine, — et je boirai de mes yeux chaque mot que vous m'écrirez, l'encre fûi^lle du fiel.
La Rehœ revient.
U RBDIE.
Soyez brefs, je vous prie. — Si le roi venait, je ne sais pas jusqu'où irait contre moi — son déplaisir.
ipart.
.Vimporte ! je veux diriger — ses pas par ici. Je ne lui procure jamais une souffrance, — qu'il ne me la paye comme un bienfait : — il achète cher mes cruautés !
Elle sort.
POSTHUMUS
Quand nous passerions à prendre congé l'un de l'autre
- tout le temps qui nous reste encore à vivre, — la douleur ^ la séparation ne ferait que grandir. Adieu !
IMOGÈNE
- Non, restez encore un peu : - vous sortiriez pour une simple promenade à cheval — que cet adieu serait encore trop court.
Elle (lélaciic on anot^au de son doigt.
Tenez, amour, - ce diamant me vient de ma mère;
88 GYMBELUIE.
prenez-le, mon cœur ; — mais gardez-le jusqu'à ce que toqs épousiez une autre femme, — quand Imogène sera morte.
POSTHUMDS.
Quoi! quoi! une autre femme? — Dieux clémeots, donnez-moi seulement celle qui m'appartient, — et reteDe^ moi des embrassements d'une autre — avec les liens deb mort!...
Mettaut l'anneau à son doigt.
Toi, reste ici, —tant que la sensation pourra t'y garder!... Et vous, ma suave beauté, — il ne suffit pas qu'en tous échangeant contre ma pauvre personne, — vous ayez infiniment perdu ; il faut encore que dans nos moindres trocs — ce soit moi qui gagne sur vous. Portez ceci pour l'amour de moi : — ce sont les menottes de l'amour ; je veux les mettre — à cette belle prisonnière.
U lui met nn bracelet an bras.
IMOGÈNE
0 dieux, — quand nous reverrons-nous ?
Gymbeline arrive précipitamment avec plusieurs seigneurs.
POSTHUMUS
Hélas ! le roi !
GYMBELINE, à Poslhumus.
— Arrière, être infâme! va-t'en! hors de ma vue! - ^ après cet ordre tu encombres encore ma cour — de ton it^ dignité, tu meurs ! Fuis ! — tu es un poison pour mon sanS
POSTHUMUS
Que les dieux vous protègent — et bénissent les gens ^i bien qui restent à la cour! — Je pars.
II sort.
IMOGÈNE
La mort n'a pas d'angoisse - plus poignante qu^ celle-ci.