‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 46 sur 305 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

jours, toujours du cœur... Pisanio, — je vais essayer de ton remède.

GUIDÉRIUS, h Bélarius.

Je n'ai pas pu le faire causer : — il m'a dit qu'il était bien né, mais malheureux, — frappé déloyalement, mais lovaL

ARVIRAGCS.

- C'est aussi ce qu'il m'a répondu : il a ajouté pourtant que plus tard — je pourrais en savoir davantage.

BÈURms.

En campagne ! En campagne !

A Imogcne.

- Nous allons vous laisser pour h) moment ;; rentrez et reposez-vous.

— Nous ne serons pas longtemps dehors.

BÈLARIUS.

Je vous en prie, ne soyez pas malade, — car il faut que vous soyez notre ménagère.

IMOGÈNE

Bien ou mal portant, — je vous suis attaché.

BÈLARllS.

Pour toujours !

Imogèoe s'éloigne et rentre dans la caverne.

- Ce jeune homme, quelle que soit sa détresse, semble être — de bonne maison.

ARYIRAGl'S.

Quel chant angélique il a !

GUIDÉRIIJS.

— Et puis sa cuisine est exquise! Il découpe nos racines en chiffres; — et il assaisonne nos bouillons, comme si Junon était malade - et qu'il fût son infirmier.

ARVIRAGUS.

.4vec quelle noblesse il réprime — chaque sourire par un

172 CTMBELINE.

soupir : comme si le soupir ~ était jaloux de ne pas être son sourire, — et comme si le sourire raillait son soupir de vouloir s'envoler — d'un temple si divin, pour se mêler — aux vents qu'insultent les matelots !

GUIDÉRIUS.

Je remarque -que la douleur et la patience, qui ont pris germe en lui, — enchevêtrent leurs fibres.

ARVIRAGUS.

Grandis, patience ! — et que la douleur, cet infect sureau, dégage — sa racine languissante de ta vigne en croissance !

BÈLARIUS.

— îl fait grand jour. Allons! en marche... Qui vient là?

Arrive Cloten.

CLOTEN.

— Je ne peux pas trouver ces vagabonds : le maraud — s'est moqué de moi... Je suis défaillant.

BÉLARIUS.

Ces vagabonds ! — Est-ce de nous qu'il veut parler? Il me semble le reconnaître ; c'est — Cloten, le fils de la reine. Je crains quelque embûche... — Il y a bien des années que je ne l'ai vu, et pourtant — je suis sûr que c'est lui... Nous sommes mis hors la loi... Partons.

GUIDÉRll'S, à Bélarius.

-Il est tout seul : vous, et mon frère, cherchez — si quelque escorte est proche, je vous en prie, allez, — et laissezmoi seul avec lui.

Bélarius et Ârviragus s'éloignent.

CLOTEN.

Doucement ! qui êles-vous, — vous qui fuyez ainsi ? quelques brigands des montagnes? — J'en ai entendu parler...

A Guidérios.

Quel gueux es-tu ?

6UIDÈRIUS.

Je n'ai jamais — fait gueuserie si'grande que de répondre - au mot gueux sans frapper.

CLOTEN.

Tu es un voleur, — un effracleur de loi , un scélérat. Rends-toi, bandit!

GUIDÉRIUS.

- A qui? à toi? Qui es-tu ? N*ai-je pas — le bras aussi fort que toi ? le cœur aussi fort? — Tu as le verbe plus fort, j'en conviens; mais je ne porte pas — mon poignard dans ma bouche. Parle, qui es-tu donc, — pour que je me rende à toi?

CLOTEN.

Misérable drôle, — est-ce que tu ne me connais pas par Mes vêtements?

GUIDÉRIUS.

"on, coquin, pas plus que le tailleur - qui fut ton grand- P^*^ en faisant ces vêtements, — lesquels, à ce qu'il paraît, ^ font ce que tu es.

ClOTEN.

'^cieux maraud, — ce n'est pas mon tailleur qui les a 6its.

GUÏDÉRIIS.

*^campe donc, et va remercier — l'homme qui te les a ^^n^s Tu es un triste hère; — je répugne à te battre.

^5>olent bandit, — apprends seulement mon nom et "^^fcle.

GUIDÉRIUS.

^Viel est ton nom ?

CLOTEN.

Cloteo» drôle !

174 CYMBRLIKE.

GlIDÈRllS.

— Clolen, double drôle, a beau être ton nom, — tremble pas ; si tu t'appelais crapaud, ou vipère, ou ara

— j'en serais plus ému.

CLOTEN.

Pour comble à ta frayeur, — pour coup suprêm< confusion, sache - que je suis le fils de la reine.

GUIDÈRIIS.

J'en suis fâché ; ta mine — n'est pas digne de ta sance.

CLOTEN.

Est-ce que tu n'es pas épouvanté ?

GUIDÉRIUS.

— Je ne crains que ceux que je révère, les sages ; fous, j'en ris et je n'en ai pas peur.

CLOTEN, Vvpée à la main.

Meurs donc!... à mort ! - Quand je t'aurai tué < propre main, - je poursuivrai ceux qui viennent de fuir, — et j'accrocherai vos têtes aux portes de la ville di

— rends-toi, sauvage montagnard.

Ils s'éloignent en se battant.

Hekaiuls et Akviragi'S reviennent.

BÉLARIIS.

— Pas d'escorte aux environs.

ARVIRAGUS.

Pas la moindre : vous vous serez mépris sur ii tainement.

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