‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 49 sur 305 · TOUS DEUX · texte numérisé non relu

TOUS DEUX

Aie une fin tranquillo,

Et que ta tombe soil vénérée !

BéLARIUS revient portant le corps de Cloten. Le crépuscule se fait.

GUIDÈRIUS.

- Nous avons achevé les obsèques de Fidèle. . Allons,

ensevelissons aussi ce corps.

Ils d/'posenl le corps de Cloten à côté d'Imogèoe.

BÊURIIJS.

- Voici quelques fleurs ; vers minuit, nous en mettrons d'autres; — les plantes qui ont sur elles la froide rosée de la nuit - conviennent le mieux pour joncher les tombes...

Tons trois jetlenl des fleurs sur les corps.

Sur leurs visages!... - Vous aussi, vous étiez des fleurs et vous voilà flétris, comme — le seront bientôt celles que nous jetons sur vous... Maintenant, retirons-nous à Técart pour nous agenouiller... — La terre qui les avait donnés les a repris. — Leurs plaisirs ici-bas sont passés, comme leurs peines.

nélarius, Guidérius et Àrviragus s'en vont. mOGÈNEy rêvant.

- Oui, Monsieur, à Milford-Haven ; quel est le chemin?.. . — Je vous remercie. . . Le long de ce taillis là-bas?. . . ïa-t-il encore loin?... — Miséricorde! encore six milles! est-ce possible? - j'ai marché toute la nuit!... Ma foi, je vais ra'élendre à terre et dormir.

Elle touche le corps de Gloten.

- Mais, doucement ! pas de camarade de lit.

Elle se réveille.

Oh ! Dieux et déesses ! - Ces fleurs sont comme les joies de ce monde; — ce cadavre sanglant, c'est le souci qu'elles cachent... J'espère que je rêve encore : — je songeais que i ttais ménagère d'une caverne, — et cuisinière chez d'honn^Hes gens. Mais cela n'est pas... — C'est un trait imaginaire lancé dans le néant, -elsortidesfumées du cerveau... ^os yeux même — sont parfois comme nos jugements, î^^ugles.. . En vérité, — je tremble toujours de peur. Ah ! — s il reste encore au ciel une goutte de pilié, pas plus grande ~ que l'œil d'un roitelet, dieux redoutés, donnez-m'en "ne part . — Le rêve est toujours là; maintenant même \ ^i^eje suis éveillée, il est — hors de moi, comme en moi. Je '^^l ai pas imaginé, j'ai bien senti... — Un homme décapité!

Elle eiamine le cadavre.

184 CTMBELINE.

Les vêtements de Posthumus! - Je reconnais la forme de sa jambe; voici sa main, — son jarret de Mercure, sa taille martiale, — ses muscles herculéens ; mais sa face de Jupiter?... — Assassinerait-on au ciel?... Comment! elle n'est plus là?...

Elle se relève, échevelée.

Ah ! Pisanio, — que toutes les malédictions qu'Hécube en délire jeta aux Grecs — tombent sur toi, jointes aux miennes! C'est toi qui. — complice de Cloten, ce démoh effréné, — as égorgé mon seigneur !.. Que désormais écrire et lire — soient déclarés trahison! Ce damné Pisanio! avec ses lettres fabriquées, ce damné Pisanio, — il a abattu le grand mât du plus beau vaisseau — du monde!... 0 Posthumus! hélas! - ouest ta tête? où est-elle? Ah! où est-elle? .. — Pisanio aurait bien pu te frapper au cœur, — et te laisser la tête. . . Qui a pu faire cela î Pisanio?. . . - Oui, lui et Cloten; la scélératesse et la cupidité — ont fait ici cette catastrophe ! Oh ! c'est clair, bien clair. — La drogue qu'il m'avait donnée et qui, disait-il, devait être un salutaire — cordial pour moi, ne l'ai-je pas trouvée — meurtrière pour les sens? Voilà qui confirme tout : — c'est bien l'œuvre de Pisanio et de Cloten ! Oh ! — laisse-moi colorer de ton sang mes joues pâles, — pour que tous deux nous paraissions plus horribles à ceux — qui pourront nous trouverl 0 mon seigneur ! mon seigneur !

Elle tombe éranoaie.

Arrivent Lucics, un Capitaine, pnis d'autres ofliciers, pais on Dbvcv.

LE CAPITAINE

~ En outre, les légions on garnison dans la Gaule ont, selon vos ordres, traversé les mers ; elles attendent — là-bas, à Milford-Haven, avec votre flotte : — elles sont prêtes à agir.

LUCIUS

Mais que mande-t-on de Rome ?

LE CAPITAINE

— Le sénat a mis en mouvement les alliés — et les cheïaliiTs d'Italie, fougueux volontaires — qui promettent do nobles services : ils viennent — sous la conduite du vaillant lachimo, frère — du prince de Sienne.

LUCIUS

Quand les attendez-vous?

LE CAPITAINE

— Avec le premier bon vent.

LUCIUS

Cette ardeur — rend nos espérances légitimes. Donnez l'ordre que nos troupes disponibles — soient rangées en bataille ; dites aux capitaines d'y veiller...

An devin.

Eh bien, maître, — qu'avez-vous rêvé récemment touchant l'issue de cette guerre ?

LE DEVIN

— La nuit dernière» les dieux eux-mêmes m'ont envoyé une vision ; j'avais jeûné et prié pour obtenir leur lumière. Voici : — j'ai vu l'oiseau de Jupiter, l'aigle romaine, s'envoler — du sud nébuleux vers ce côté du couchant, — et là s'évanouir dans les rayons du soleil : ce qui — (à moins que mes péchés n'aient obscurci ma prescience) — présage le succès de l'armée romaine.

LUCIUS

Fais souvent des rêves pareils, — et toujours véridi-

ques...

Apercefant le cadavre de Cloteo.

Doucement ! Oh ! quel est ce tronc — décapité ? Cette ruine annonce que jadis - elle a été un noble édifice...

Apercevant Imogène.

Eh quoi, un page! — Mort ou endormi sur l'outre ! Il

186 GYMBELlNfi.

doit être mort ; — car la nature a horreur de faire lit commun — avec un mort ou de dormir sur un cadavre... — Voyons le visage de ce garçon.

LE CAPITAINE

Il est vivant, Monseigneur.

LUCllîS.

— Alors il nous expliquera ce corps mutilé...

A Imogène qui s'est redressée.

Jeune homme, — informe-nous de tes aventures ; car il semble — qu'elles implorent les questions. Quel est celui — dont tu fais ton oreiller sanglant? On qui donc — a altéré cette belle image -^peinte por la noble nature? Quel intérêt as-tu — dans cette trisle catastrophe? Comment est-elle arrivée? Qui est-il, — et qui es-tu? •

IMOGÈNE

Je ne suis rien ; ou, si je suis quelque chose, — mieux vaudrait n'être rien. Celui-là éiait mon maître, — un Breton vaillant et bon, -tué ici par des montagnards... H<^las ! — il n'y a plus de pareils maîtres ! Je. puis errer — de TEst à l'Occident, réclamer du ser\i( e, —essayer de beaucoup, et des meilleurs, en les servant fidèlement '.jamais —je ne retrouverai un tel maître!

LUCIIS.

Pauvre jeune homme ! — tes plaintes ne m'émeuvent pas moins que — la vue de ton maître ensanglanté. Dis-moi son nom, mon bon ami.

IMOGÈNE

— Richard du Champ...

A part.

Si je fais un mensonge — inolî'risif, j'espère que les dieux qui m'entendent — me le pardonneront...

Haut.

Vous disiez, seigneur?

Quel est ton nom ?

Fidèle, seigneur.

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