‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 54 sur 305 · SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI

ARMRAGUS.

tsl-il vraisemblable — qu'au moment où ils entendent hennir les chevaux des Romains, — où ils aperçoivent les feux de leur camp, où ils ont les yeux — et les oreilles distraits par des choses si importantes, — les Bretons aillent perdre leur temps à nous examiner, -pour savoir d'où nous venons?

BËIARIUS.

Oh! je suis trop connu — dans l'armée. - Je n'avais vu Cloteu que tout jeune, et pourtant vous êtes témoins que les années ne l'ont point effacé — de mon souvenir. D'ailleurs, le roi — n'a mérité ni mes services ni votre amour. — C'est mon exil qui vous a privés d'éducation, -voués à cette vie dure et empêchés pour toujours — d'avoir les privilèges promis par votre berceau, — victimes à jamais hâlées des étés brûlants, —à jamais frissonnantes des hivers!

GUIDÉRIUS.

Plutôt qu'exister ainsi, — mieux vaut cesser d'exister. Rejoignons l'armée, Monsieur — Moi et mon frère, nous ne sommes pas connus, et vous-même, — si loin de la pensée de tous, si changé par l'âge, - vous êtes à l'abri des questions.

ARVIRAGUS.

Par ce soleil qui brille, —j'irai, moi ! Quelle chose bumi liante que je n'aie jamais — vu mourir un homme! C'est à peine si j'ai regardé d'autre sang — que celui des lièvres'effarés des chèvres en chaleur et de la venaison... -Jamais je n'ai monté qu'un cheval, et encore, — cavalier primitif, je n'ai jamais porté de pointe ni de fer au talon. Je suis honteux,—quand je regarde le soleil sacré, de jouir — de ses rayons bienfaisants, en restant- si longtemps un pauvre inconnu.

GUIDÉRIUS.

Par le ciel, j'irai aussi, moi!

A Bélahus.

— Si VOUS voulez me bénir, seigneur, et me donner ma liberté, —je défendrai vaillamment ma vie; mais si vous ne le voulez pas, -que les conséquences de ce refus retombent sur moi - de la main des Romains!

ârvÎragus.

J'en dis autant. Ainsi soit-il !

BÈURIUS.

— Il n'y a pas de raison, puisque vous faites — si peu de cas de votre vie, pour que je prenne — plus de souci de ma caducité. Je suis des vôtres, enfants. —Si le sort veut que vous mouriez pour la défense de votre patrie, —mon lit sera fait, enfants, et j'y dormirai près de vous. —En avant! en avant!...

A part.

Le temps leur semble long. Leur sang est humilié — de ne pouvoir jaillir et prouver qu'ils sont nés princes!

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