SCÈNE
cœur la préoccupation d'eux-mêmes, - et qui, ne jetant è leur seigneur que des semblants de dévouement, — prospèrent à ses dépens, puis, une fois leurs habits bien garnis,
- se font hommage à eux-mêmes. Ces gaillards-là ont quel* que cœur, — et je suis de leur nombre, je le confesse. — En eflbt, seigneur, — aussi vrai que vous êtes Roderigo, — si j'étais le More, je ne voudrais pas être lago. - En le servant, je ne sers que moi-même. — Ce n'est, le ciel m'est témoin, ni l'amour ni le devoir qui me font agir, — mais, sous leurs dehors, mon intérêt personnel. — Si jamais mon iction visible révèle — l'acte et l'idée intimes de mon Ame
- par une démonstration extérieure, le jour ne sera pas loin — où je porterai mon cœur sur ma manche, — pour le faire becqueter aux corneilles... Je ne suis pas ce que je suis.
RODERIGO
- Quel bonheur a l'homme aux grosses lèvres, ~ pour réossir ainsi !
UGO
Appelez le père, —réveillez-le, et mettez-vous aux trousses de l'autre ! Empoisonnez sa joie ! ~ Criez son nom dans les rues ! Mettez en feu les parents, — et, quoiqu'il habite sous un climat favorisé, ~ criblez-le de moustiques. Si son bonheur est encore du bonheur, — altérez-le du moins par tant de tourments ~ qu'il perde de son éclat !
RODERIGO
- Voici la maison du père ; je vais l'appeler tout haut.
lÂGO.
- Oui, avec un accent d'effroi, avec un hurlement terrible, — comme quand, par une nuit de négligence, l'incendie ~ est signalé dans une cité populaire.
RODERIGO, sous les fenêtres de la maison ile Brabantio.
- flolà ! Brabantio ! Signor Brabantio ! HoU I
236 OTHKLLO.
lÂGO.
— Éveillez-vous ! Holà ! Brabantio ! Au voleur ! au voleur! au voleur! — Ayez l'œil sur votre maison, sur votre fille et sur vos sacs ! — Au voleur! au voleur !
BRABAiniO, paraissant à uiM feoètre.
— Quelle est la raison de cette terrible alerte ? — De quoi s'agit-il?
ROMRIGO.
— Signor, toute votre famille est-elle chez vous ?
UGO
— Vos portes sont-elles fermées?
BRÂBAiniO.
Pourquoi? dans quel but me demandez-vous cela?
UGO
— Sangdieu ! Monsieur, vous êtes volé. Au nom de h pudeur, passez votre robe ! —Votre cœur est déchiré : vous avez perdu la moitié de votre Ame ! — Juste en ce moment, en ce moment, en ce moment môme, un vieux bélier noir — est monté sur votre blanche brebis. Levez-vous ! Levezvous ! — Éveillez à son de cloche les citoyens en train de ronfler, — ou autrement le diable va faire de vous un grand papa. — Levez- vous, vous dis-je.
BRABANTIO
Quoi donc? avez- vous perdu Tesprit?
RODERIGO
— Très-révérend signer, est-ce que vous ne reconnaissez pas ma voix ?
BRABANTIO
— Non. Qui êtes- vous?
RODERIGO
— Mon nom est Roderigo.
BRABANTIO
Tu n'en es que plus mal venu. — Je t'ai défendu de rôder autour de ma porte ; - tu m'as entendu dire en toute fran-