‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 72 sur 305 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

cœur la préoccupation d'eux-mêmes, - et qui, ne jetant è leur seigneur que des semblants de dévouement, — prospèrent à ses dépens, puis, une fois leurs habits bien garnis,

- se font hommage à eux-mêmes. Ces gaillards-là ont quel* que cœur, — et je suis de leur nombre, je le confesse. — En eflbt, seigneur, — aussi vrai que vous êtes Roderigo, — si j'étais le More, je ne voudrais pas être lago. - En le servant, je ne sers que moi-même. — Ce n'est, le ciel m'est témoin, ni l'amour ni le devoir qui me font agir, — mais, sous leurs dehors, mon intérêt personnel. — Si jamais mon iction visible révèle — l'acte et l'idée intimes de mon Ame

- par une démonstration extérieure, le jour ne sera pas loin — où je porterai mon cœur sur ma manche, — pour le faire becqueter aux corneilles... Je ne suis pas ce que je suis.

RODERIGO

- Quel bonheur a l'homme aux grosses lèvres, ~ pour réossir ainsi !

UGO

Appelez le père, —réveillez-le, et mettez-vous aux trousses de l'autre ! Empoisonnez sa joie ! ~ Criez son nom dans les rues ! Mettez en feu les parents, — et, quoiqu'il habite sous un climat favorisé, ~ criblez-le de moustiques. Si son bonheur est encore du bonheur, — altérez-le du moins par tant de tourments ~ qu'il perde de son éclat !

RODERIGO

- Voici la maison du père ; je vais l'appeler tout haut.

lÂGO.

- Oui, avec un accent d'effroi, avec un hurlement terrible, — comme quand, par une nuit de négligence, l'incendie ~ est signalé dans une cité populaire.

RODERIGO, sous les fenêtres de la maison ile Brabantio.

- flolà ! Brabantio ! Signor Brabantio ! HoU I

236 OTHKLLO.

lÂGO.

— Éveillez-vous ! Holà ! Brabantio ! Au voleur ! au voleur! au voleur! — Ayez l'œil sur votre maison, sur votre fille et sur vos sacs ! — Au voleur! au voleur !

BRABAiniO, paraissant à uiM feoètre.

— Quelle est la raison de cette terrible alerte ? — De quoi s'agit-il?

ROMRIGO.

— Signor, toute votre famille est-elle chez vous ?

UGO

— Vos portes sont-elles fermées?

BRÂBAiniO.

Pourquoi? dans quel but me demandez-vous cela?

UGO

— Sangdieu ! Monsieur, vous êtes volé. Au nom de h pudeur, passez votre robe ! —Votre cœur est déchiré : vous avez perdu la moitié de votre Ame ! — Juste en ce moment, en ce moment, en ce moment môme, un vieux bélier noir — est monté sur votre blanche brebis. Levez-vous ! Levezvous ! — Éveillez à son de cloche les citoyens en train de ronfler, — ou autrement le diable va faire de vous un grand papa. — Levez- vous, vous dis-je.

BRABANTIO

Quoi donc? avez- vous perdu Tesprit?

RODERIGO

— Très-révérend signer, est-ce que vous ne reconnaissez pas ma voix ?

BRABANTIO

— Non. Qui êtes- vous?

RODERIGO

— Mon nom est Roderigo.

BRABANTIO

Tu n'en es que plus mal venu. — Je t'ai défendu de rôder autour de ma porte ; - tu m'as entendu dire en toute fran-

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