‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 29 sur 83 · I. Du Guesclin. — 2. Marchand ambulant · texte numérisé non relu

I. Du Guesclin. — 2. Marchand ambulant

m - FRANÇOIS VILLON

Que souvent — n'estoit Dieu qu'il crainct —

Il ferait ung horrible fait.

Et advient qu'en ce Dieu enfraint,

Et que luy mesmes se desfait ^ . ^

45 (XLV) I Car, s'en jeunesse il fut plaisant,

Ores plus riens ne dit qui plaise.

Toujours vieil cinge est desplaisant : Moue ne faict qui ne desplaise.

S'il se taist, afïîn qu'il complaise, Il est tenu pour fol recreu ^ ; S'il parle, on luy dit qu'il se taise. Et qu'en son prunier n'a pas creu3.

46 (XLVI) Aussi, ces povres fameletes.

Qui vielles sont et n'ont de quoy, Quant ilz voient ces pucelettes Emprunter elles à requoy, Hz demandent : « Hé, Dieu ! pourquoy Si tost nasquirent, n'a quel droit ? » Nostre Seigneur se taist tout quoy.

Car, au tancer 4 , il le perdroit.

Les Regrets de la belle Heaulmiere

AD VIS m'est que j'oy regreter La belle qui fut heaulmiere, Soy jeune fille soushaicter Et parler en telle manière :

I. Se tue. — 2. Constaté, assuré. — 3. Expression populaire, signifiant sot. — 4, Discuter.

« Ha ! viellesse félonne et fiere, Pourquoy m'as si tost abatue ?

Qui me tient ? qui ? que ne me fiere ' ? Et qu'à ce coup je ne me tue ?

« Tollu 2 m'a la haulte franchise Que beaulté m'avait ordonné Sur clers, marchans et gens d'Eglise :

Car lors, il n'estoit homme né Qui tout le sien ne m'eust donné, Ouoy qu'il en fust des repentailles, Mais que luy eusse habandonné Ce que reffusent truandailles 3 .

« A maint homme l'ay reffusé.

Qui n'estoit à moy grant sagesse, Pour l'amour d'ung garson rusé, Auquel j'en faisoie largesse.

A qui que je feisse finesse, Par m'ame, je l'amoye bien !

Or ne me faisoit que rudesse Et ne m'amoit que pour le mien.

« Si ne me sceut tant detrayner, Fouler au piez, que ne l'amasse.

Et m'eust il fait les rains trayner, Si m'eust dit que je le baisasse, Que tous mes maulx je n'oubliasse.

Le glouton, de mal entechié*, M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse! Que m'en reste il ? Honte et pechié !

I. Que je ne me frappe ? de ferir, asséner un coup. — 2. Enlevé, supprimé. — 3. Diminutif méprisant de iruands. — 4. Entaché.

m - FRANÇOIS VILLON

« Or est il mort, passé trente ans.

Et je remains ï vielle, chenue.

Quant je pense, lasse ! au bon temps.

Quelle fus, quelle devenue; Quant me regarde toute nue, Et je me voy si très changée, Povre, seiche, mesgre, menue.

Je suis presque toute enragée.

« Qu'est devenu ce front poly, Ces cheveulx blons, sourcilz voultiz ^ , Grant entrœil, le regart joly, Dont prenoie les plus soubtilz ; Ce beau nez droit, grant ne petiz ; Ces petites joinctes oreilles.

Menton fourchu, cler vis 3 traictiz, Et ces belles lèvres vermeilles ?

« Ces gentes espauUes menues;

Ces bras longs et ces mains traictisses + j

Petiz tetins, hanches charnues,

Eslevées, propres, faictissesj

A tenir amoureuses lisses ;

Ces larges rains, ce sadinet,

Assis sur grosses fermes cuisses,

Dedens son petit jardinet ?

« Le front ridé, les cheveux gris.

Les sourcilz cheuz, les yeulx estains, Qui faisoient regars et ris Dont mains marchans furent attains :

Nez courbes, de beaulté loingtains; Oreilles pendans et moussues;

I. Demeure, de remanoir. — 2. Arqués. — 3. Visage. — 4. Bien dessinées, de tirer : dessiner; au participe : traict. — 5. Faites pour...

Le vis pally, mort et destains; Menton froncé, lèvres peaussues ' :

« C'est d'umaine beaulté l'yssue !

Les bras cours et les mains contraites. Les espaulles toutes bossues; Mamelles, quoy! toutes retraites; Telles les hanches que les têtes.

Du sadinet, fy! Quant des cuisses, Cuisses ne sont plus, mais cuissetes Grivelées ^ comme saulcisses.

"« Ainsi le bon temps regretons Entre nous, povres vielles sotes, Assises bas, à crouppetons.

Tout en un tas comme pelotes, A petit feu de chenevotess Tost allumées, tost estaintes; Et jadis fusmes si mignotes!...

Ainsi en prent* à mains et maintes. »

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