I. Note I, page
la fatalité. Quand Saturne me fit ma destinée, ces maux )• furent placés, je le crois. — Le Cœur : C'est folie ! Tu es son maître et tu te reconnais son esclave. Vois ce que Salomon écrit dans son livre : « L'homme sage, c'est ce qu'il dit, a toute puissance sur les planètes et sur leur influence. i> — Le Corps : Je n'en crois rien. Tel qu'elles m'ont fait, je resterai. — Le Cœur : Que dis-tu ? — Le Corps : Rien! — Le Cœur : Certes, c'est mon avis. Je iie te dis plus rien. — Le Corps : Et je m'en passerai.
Envoi. — Le Cœur : Veux-tu ^dvre ? — Le Corps : Dieu m'en donne la possibilité I — Le Cœur : Il te faut... — Le Corps : Quoi? — Le Cœur : Te repentir du fond de ta conscience. Il te faut lire sans cesse. — Le Corps : Et lire quoi ? — Le Cœur : Livres de science. Il te faut encore laisser les fous. — Le Corps : C'est bien, j'y penserai. — Le Cœur : Ne l'oublie pas. — Le Corps : Je m'en souviens bien. — Le Cœur : Ne va pas attendre qu'il te survienne quelque malheur. Je ne te dis plus rien. — Le Corps : Et je m'en passerai.
Le Grand Testament
(Page 37.)
1. — C'EST à l'âge de trente ans (que j'écris ces strophes); à cette éDoque de ma vie où j'ai digéré toutes mes hontes. Je ne suis encore ni tout à fait fou, ni tout à fait sage, malgré maintes peines soufiEertes 1 — peines qui m'ont été octroyées par Thibaud d'Aussigny.Bien qu'il soit évêque, etqu'il aille par les rues bénissant les gens, je ne le reconnais pas pour le mieni
2. — D n'est ni mon seigneur ni mon évêque; je ne possède de lui aucune terre qui ne soit en friche (?); je ne lui dois donc ni foi ni hommage : je ne suis pas son serf... ni sa biche! Tout un été, il m'a nourri quotidiennement d'une petite miche de pain et d'eau froide. « Constamment i » il se montra très avare. Que Dieu le traite comme il m'a traité!
I. P. Champion traduit ainsi les mots : « large ou estroit s. — Voir aussi la note i de la page 38.
3. — Mais si quelqu'un voulait me faire des reproches et insinuer que je maudis cetévêque, je proteste! Qu'on le comprenne bien : je ne médis pas de lui. Voici tout le mal que j'en dis : S'il m'a été miséricordieux, que Jésus, le roi du Paradis, fasse miséricorde à son âme ainsi qu'à son corps!
4. — Et s'il m'a été cruel et dur encore plus que je ne le rapporte ici, je souhaite que le Dieu éternel se montre pareil à son égard!.-. Mais l'Église nous dit et nous conseille de prier pour nos ennemis; je vous avouerai : « J'ai tort et m'en repens; quoi qu'il m'ait fait, que tout soit remis à Dieu! »
5. — Je prierai donc pour lui de bon cœur, j'en prends à témoin l'âme du bon feu CotardI Mais quoi ? je le ferai machinalement ; car pour lire, je suis paresseux. Je ferai une prière de Picard i; s'il ne la connaît pas, qu'il me croie et qu'il aille l'apprendre, avant qu'il ne soit trop tard, à Douai ou à Lille en Flandre.
6. — Pourtant s'il veut que l'on prie pour lui, par la foi jurée à mon baptême! — bien que je ne le crie pas sur les toits, — je ne tromperai pas son attente. Chaque fois que j'en aurai l'occasion, je réciterai dans un psautier (pourvu qu'il ne soit relié ni de cuir de bœuf ni de cordouan 2) le verset 8 du psaume Deus, laudein 3.
7. — Je fais des supplications au bienheureux fils de Dieu, que j'invoque dans tous mes besoins, pour que ma pauvre prière monte vers lui. C'est lui, dont je tiens la vie, qui m'a préservé de maintes actions blâmables et qui m'a délivré des puissances d'en-bas. Qu'il en soit loué, ainsi que Notre-Dame et que Louis, le bon roi de France,
8. — Que Dieu accorde au roi le bonheur de Jacob, l'honneur et la gloire de Salomon. Quant aux prouesses il en a assez, et de puissance aussi, je l'affirme sur mon âme! Qu'en ce monde éphémère, afin que l'on conserve partout sa mémoire, il vive autant que Mathusalem.