‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 78 sur 83 · I. Les moines prêchaient ordinairement dans les cimetières · texte numérisé non relu

I. Les moines prêchaient ordinairement dans les cimetières

Ballade des Femmes de Paris

(Page 77.)

QUOIQU'ON regarde comme de fines langues les Florentines et les Vénitiennes, voire les plus vieilles, au point d'en faire des messagères d'amour; cependant, qu'elles soient Lombardes ou Romaines, Génoises (à mes périls !), Piémontaises ou Savoyardes, il n'est bon bec que de Paris!

On dit que les Napolitaines enseignent le beau langage et que les Allemandes et les Prussiennes sont de très bonnes caqueteuses; mais qu'elles soient Grecques, Égyptiennes, de Hongrie ou de quelque autre pays. Espagnoles ou Catalanes, il n'est bon bec que de Paris.

Bretonnes et Suissesses ne connaissent pas grand'chose à cet art, pcis plus que les Gasconnes ou les Toulousaines : deux marchandes de poissons du Petit-Pont leur fermeraient le bec 1 II en est de même des Lorraines, des Anglaises, des Calaisiennes (aije suffisamment énuméré de contrées ?) comme des Picardes de Valenciennes : il n'est bon bec que de Paris.

Envoi. — Prince, donne le prix du beau parler aux Parisiennes; quoi qu'on dise d'Italiennes, il n'est bon bec que de Paris.

89. — Regarde-moi deux ou trois de ces Parisiennes, assises sur le bord de leurs jupes, dans un couvent ou dans une église. Approche-toi et ne remue point; tu t'apercevras là que Macrobe n'émit jamais des jugements paureils. Fais attention et sache en profiter un peu : ce sont de magnifiques enseignements.

90, — Item, les valets et les femmes de chambre de bonnes maisons (je ne dédaigne rien) cuiront des tartes, des flans et des gâteaux, pour faire la noce, à minuit. Ils n'ont pas peur de sept à huit pintes, jusqu'à ce que femmes et hommes roulent par terre. Ensuite, sans faire de bruit, je leur apprends le jeu d'âne !

91. — Item, aux filles de bien, qui ont père, mère et parents, sur mon âme! je ne donne rien, car j'ai tout donné aux servantes. Si elles savaient se contenter de peu, ces pauvres filles charmantes, certains morceaux leur feraient grand bien, qui se perdent chez les Jacobins,

92. — Chez les Célestins et chez les Chartreux! Quoi que ces moines suivent une règle sévère, pourtant ils possèdent largement entre eux tous ce dont manquent les pauvres filles : j'en prends à témoins Perrette, et Isabelle qui jure par enné! Puisqu'elles en souffrent pareillement, on ne serait pas damné si on leur en fournissait !

93. — Item, à Marion l'Idole et à la grande Jeanne de Bretagne, je donne l'autorisation de tenir une école publique où l'élève en remontre à son maître. Il n'est pas un endroit où ce marché ne se tienne, sinon derrière les grilles de Meung -sur- Loire; c'est pourquoi je déclare : « Fi de l'enseigne! puisque l'ouvrage est si commun ! »

94. — Item, à Noël Jolis, je ne lui donne rien autre qu'une pleine poignée d'osiers, fraîchement cueillis dans mon jardin — et je l'abandonne à son sort. (Une bonne correction est une riche aumône ; personne ne doit s'en chagriner.) J'ordonne qu'il reçoive deux cent vingt coups de la main même de l'exécuteur Henri Cousin.

95. — Item, à mon barbier, qui se nomme Colin Galerne, proche voisin de l'herboriste Angelot, je donne un gros glaçon... Où le prendra-t-on ? Dans la Marne. Afin de passer agréablement l'hiver, qu'il le pose sur son estomac. S'il suit ce régime tout l'hiver, il n'aura pas chaud l'été suivant !

g5. — Item, rien aux Enfants-Trouvés; mais il faut que je console les enfants perdus (les criminels et les dévoyés). On les retrouvera certainement chez Marion l'Idole. Je leur lirai une leçon de ma façon qui ne dure pas longtemps. Qu'ils n'aient pas la tête dure ou folle et qu'ils écoutent cette leçon, car c'est la dernière !

APPENDICE — Ibi

Belle Leçon de Villon aux Enfants perdus

(Page 8i.)

BEAUX enfants, vous perdez la plus belle rose de votre chapeau ; ô mes clercs, aux doigts prenants comme la glu, si vous allez à Montpipeau ou à Rueil, prenez garde à votre peau ! Car c'est pour être allé s'ébattre dans ces deux endroits que Colin de Cayeux perdit la vie. Il pensait qu'il pourrait faire appel à la justice ecclésiastique.

Ce n'est pas un jeu de petite importance où le corps est engagé, et l'âme aussi peut-être ! Celui qui perd, le repentir ne l'empêche point de mourir couvert de honte et de scandale. Et celui qui gagne n'obtient pas pour femme Didon, reine de Carthage! Il est donc infâme et fou, l'homme qui pour si peu met au jeu un pareil gage !

Que chacun m'écoute encore : on dit, et c'est la vérité, qu'une pleine charrette de vin se boit toujours toute, auprès du feu, l'hiver, l'été au milieu des bois; si donc vous avez quelque argent, il ne doit pas être enterré ; mais dépensez-le au plus tôt ! Qui croyez-vous qui en hérite ? Jamais l'argent mal acquis ne profite.

Ballade de Bonne Doctrine à ceux de mauvaise vie

(Page 82.)

CAR, que tu sois porteur de bulles i, tricheur ou joueur de dés, fabricant de fausse-monnaie, tu risques de te brûler comme ceux qui ont été bouillis a, ces traîtres et parjures, sans foi

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