‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 12 sur 92 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LA HEAULM1ÉRË. - l'ILTOt . — BOISSEC. — MARGOT. — GARÇONS el SER- VANTES. — GIRARD GOSSOIN. — PERROT LANGLEUX. RAQUETTE. — TRUANDS. — RIBAUDES. — BOHÉMIENS et BOHÉMIENNES. '

(Au lever du rideau, les tables sont garnies de buveurs. Des bohémiennes soîit accroupies à terre, au milieu de la scène; les unes raccommodent des haillons, les autres causent avec des bohémiens; quelques-unes jouent avec des cartes.)

Chœur des t buveurs.

I.e poumon sec, la gorge eu feu, A boire! à boue! à Iwire! à boire!

» >ous venons chercher en ce lieu

La médecine de Grégoire, , Une lisane de vin bleu....

Vhoire!

GiRAïui. — Voyons, la Heaulmièro, aimable hôtesse du Trou de la Pomme de Pin '. à boire ! et vivement ! nous avons soif!

TOUS, frappant sur les tables. — A boire ! à boire !

LA HEAl'LMIÈRE, entrant par la porte placée en haut de l'escalier et descendant cet escalier. — Voilà, nies petits .TgneaUX, voilà ! (Distribuant des taloches à ses garçons

ei à ses servantes, Eh bien ! méchants cagu;irds! gibier d'enfer! que faitesvous là, les bras croisés?... Etes vous sourds, et n'enlendez-vous pas

qu'on demande à boire de tOUS les côtés ? (Deux garçons et deux servantes s'empressent d'apporter des brocs sur les tables.

MAiiGOT, bas à Boissec. — Elle est de mauvaise humeur, ce soir, la bourgeoise.

boissec, de même. — On le dirai!.

MARGOT, bas. — (Jll'a-t elle donc?

boissec, de même. — Tiens! elle a qu'elle vieillit tous les jours, et ça la \exc.

Girard. — Hé ! là-bas ! Boissec ! ne fais donc pas ainsi la* cour à Margot, et apporle-moi encore une vieille pinte.

BOISSEC, bas à Margot, portant uu broc à Girard. — Il dit que je te fais la COlirl

Est-il bête !

la heaulmiere, à un de se» garçons. — Arrive ici, Pictou. pictou. — A vos ordres, patronne. (A part : ) Que me veut-elle?

LA HEAL'LMIÈRE, conduisant Pictou par l'oreille devant le Irou du souffleur et lui faisant faire une pirouette, pour le contraindre à la regarder en face. '• — Or çà, ribaud,

es-tu parvenu à dénicher maître François Villon ?

pictou, à pari. — Ce n'est que ça? je me rassuré... Je» croyais qu'elle allait me parler du petit bleu que je lui ai bu hier soir.

la heaulmiere, «'impatientant. — Eh bien! répondras-tu?... As-tu découveit Villon?

pictou. — Non, la bourgeoise... Impossible de savoir où il a passé.

la heaulmiere. — Tant pis ! Ça ne fait pas mon compte.

pictou, d'un air sournois. — Ni celui de la belle dame voilée qui l'attend

là depuis deux heures? ( 11 montre la gauche.) LA HEAULMIERE. — Chut !

pictou. — Est-il heureux , ce gaillard-là!... Être l'amant d'une grande dame !... car c'est une grande dame... j'en suis sûr... et je m'y connais... Ah ! je voudrais bien être à sa place !

la heaulmiere. — Voyez-vous ça ! Le beau galant ! Mais tâche de te taire , si c'est possible. (Avec importance.) Les gens de ton espèce, ça doit tout voir, tout«entendre... et ne rien dire.

pictou. — Ouais ! On a une langue, que diable ! Ce n'est pas pour la mettre dans sa poche.

la heaulmiere. — Silence, bavard !

pictou , à part. — Bavard !... Avec ça quelle est muette, la patronne !

la heaulmière. — Mais que peut-il être devenu , ce satané Villon ?

riCTOu. — Le fait est que je commence à m'inquiéter aussi, moi , Pictou... Et Dieu sait que ça ne m'arrive pas souvent!

la heaulmiere. — Lui qui , d'ordinaire, passe tout son temps chez nous, rester deux jours sans venir !

pictou. — Par saint Bonaventure, mon patron ! c'est inconcevable. Le pape lui môme y perdrait son latin. C'est égal! quelle bonne pratique !...

la heaulmiere. — Eh! eh! Pami, on en pourrait trouver de plus mauvaises. Je me souviendrai toujours de la grande repue franche qu'il a donnée céans, avant-hier !

pictou. — Je crois bien ! Quelle ripaille! Comme ils ont- bu, et ri, cl chanté!... tout ça aux dépens du prochain. Mais, bah ! il faut bien que le prochain serve à quelque chose.

la heaulmiere. — Quand maître François est là, tout va bien.

pictou. — Oh! pour ça, vous avez raison» Ses ribauds lui obéissent comme les diables à monseigneur Sathanas*

PKANÇOtë VILLON.

la heallmière. — Oui... Mais, quand il n'y est pas, toul marche de travers. Je ne puis venir à bout de ces truands. Aussi, comme il me tarde de le voir reparaître ! Pourvu qu'il ne lui soit pas arrivé malheur !

GnxARD, aux truands. — Par saint Bacchus, mes amis! Regardez donc Paquette. Quelle drôle de mine elle fait ce soir!

tods, gardant l'âqueite. — C'est vrai ! On ne la reconnaîtrait pas.

girard. — Ah ça, Pâquetle, ma bonne fille, qu'as-tu donc? Tu as l'air triste comme une bouteille vide.

perrot. — Tiens! ça ne m'étonne pas : elle pense à son infidèle, à cet ingrat de François, qui se permet de la planter là.

girard. — C'est vrai. Notre ami déroge... Aimer une grande dame!... Est-ce qu'un franc ribaud devrait avoir d'autres amours qu'une bonne gouge ?

paqdette. — Oh! mais... je me vengerai.

girard. — Toi?... Et comment. feras-tu, ma fille?

paquette. — Comment?...- Je tuerai la grande dame d'abord, et Villon

ensuite. (Éclats de rire des truanda.)

girard. — Allons donc! comme c'est usé, cette vengeance-là!... J'en connais une autre, bien meilleure.

paquette. — Laquelle?

girard. — Imite le traître. Sois infidèle à ton tour. Tiens! si tu veux... ton cœur est vacant... Je m'y loge pour le terme. paquette. — Merci, Girard Gossoin... le locataire est trop laid. (Elle le

repousse, se sauve eu remontant la scène, et se mêle au groupe des autres femmes.)

girard. — Flatteuse, va !

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