‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 13 sur 92 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LES MÊMES. COLIN LAURENT dit MI'FLE-PÉCUNK.

tous. — Ah ! voilà Riflle-Pécune ! ,

perrot. — Villon n'est pas loin.

tous. — Bonsoir, Riffle-Pécune !

riffle-pécune. — Bonsoir, les compaings ! bonsoir !

girard. — As-tu vu maître François?

riffle-pécune. — Jeviensdc le rencontrera l'instant. Rassurez-vous. Il n'est pas encore pendu, le roi des ribauds, la mère nourricière des pauvres diables sans le sou. 11 va venir.

tous. — Noël ! Noël !

girard. — Çà ! Riffle-Pécune 1 en l'attendant, chante-nous sa dernière chanson, la Chanson du roi des ribauds.

tqus. — Oui ! oui ! la Chanson du roi des ribauds!

riffle-pécune. — La chanson demandée... voilà!... Mais, auparavant, à boire !

Perrot, lui versant à boire. — Tiens, mon ami, tiens I... bois!

Ifi FHANÇOIS VILLON.

uiffle-pêci.xk, apiv» avoir bu. — Ali! ça va mieux... Maintenant,- attention, et faites chorus, vous autres ! {il chante.)

1"" COI.PLKT.

Enfants/ de la vieille Bohème, Sans famille, sans feu ni lieu, \otre vie est un long problème.

Le hasard est notre seul Dieu ; Ndtre église, c'est la taverne; Rouges-I rognes, nos cardinaux ; Et le pape qui nous gouverne, C'est Villon, le roi des ribauds !

( ixs deux dernier? vers sont repris en choeur par loitt le inonde. Des truands et des ribaudes dansent une ronde au milieu de la salle.)

2 e COUPLET.

A nous les longs jours de paresse, Où l'on dort, le ventre au soleil!

A nous les longues nuits d'ivresse, Où le jeu nous tient en éveil!

A nous, pour narguer la sottise, Un vin bleu, qui, coulant à dots, Pas plus que nous ne se baptise, ht Villon, le roi desribauda!

{Chœur et rondo, comme ci -dessus.) 3' COUPLET.

Quand la faim creuse nos entrailles.

Pourquoi, francs lurons, gens de bien, .Nous briser le frontaux murailles:' Le désespoir ne mène à rien Dieu prodigue la nourriture, Dans les champs, aux petits oiseaux ; l u diable nous sert la nature :

C'est Villon, le roi des ribauds!

(Chœur, etc.)

Tors. — Uravo! Riffle-Pécunc !

Giiuni». — Pendant que tu es en train, conte-leur donc le dernier tour de Villon, celui qui nous a valu la fameuse repue franche d'avant-bier !

hiffle-pecune. — Volontiers. Mais j'ai toujours soif, encore un verre ! Kle\ai)t son verre.) A la santé de maître François!

tous, trinquant entre eux. — A maître François !

mffle-pécu.ne. — Silence, maintenant, pour le tour!

gihaiid. — Parle, je me charge de faire taire les bavards.

hiffle-pécuke. — Nous étions une vingtaine de bons compagnons. A ncus tous, nous n'avions pas vaillant deux rouges liards, et cependant il fallait faire lipaille, le soir même, ici, au Trou de la Pomme de Pin. — « Enfants! laissez-moi faire, nous dit tout- à-coup maître François. Pain, vin, viande, vous aurez tout à foison, d Là-dessus, il nous quitte et s'en

vient droit à la Poissonnerie. A le voir, on aurait dit un seigneur du plus haut parage. Il marchande, achète et ne paye point.

peurot. — Ça, c'est son habitude.

tous. — Silence donc, Perrot !

RIFFLE-PÉCUNE , après s'être fait verser une rasade. — a On donnera l'argent,

dit-il avec aplomb, quand la marée sera rendue à domicile. » Le voilà parti, accompagné d'un gars qui porte le panier au poisson. En passant par Notre-Dame, il avise le gros père Anselme dans son confessionnal. Il s'en va le trouver d'un air dévot. — a Mon père, lui dit-il, je vous amène mon neveu à confesser. Le pauvre enfant est un peu fou. Loin de penser à son salut, il ne parle que d'argent. » — « Oh ! oh ! dit le saint homme, péché d'avarice ! péché mortel! Voilà une conscience en bien mauvais état » — Vite, maître François prend le panier, et pousse le gars dans le confessionnal. — o Adressez-vous ici, lui dit-il à l'oreille; c'est mon oncle, il va vous payer. » — Et de courir.

tous. — Bravo! bravo ! bien joué !

riffle-pécune. — Attendez donc!... Ce n'est pas fini.

tous. — Écoutons ! écoutons ! »

RiFFLE-pÉcuNE. — Çà! mon fils, dit le père Anselme au garçon ; mettezvous à genoux, et dites votre Confileor, » — « Comment? mon Confileor! N'ai-je pas été absous à Pâques? Payez-moi. C'est cinquante sols. Ma maitresse m'attend. Elle va se mettre en colère. » — « Ah ! mon enfant! pensez à Dieu ; ne plaisantons pas avec les choses saintes. » — « Je ne plaisante pas, mon père. Payez-moi, comme ce seigneur me l'a promis. » — I. à-dessus, grande discussion. L'un veut à toute force confesser son homme; l'autre réclame son argent. Enfin, tout s'explique; et le porte-ptnier s'en retourne, l'oreille basse, sans argent et sans poisson!... Et voilà!...

Maintenant, à boire ! (Rire général et tumulte.)

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