‹ François Villon et Jean de MeunChapitre 10 sur 41 · La Fontaine, Fables, 1x · texte numérisé non relu

La Fontaine, Fables, 1x

2. Sancti Thome de Acquino super libris Boelii de consolalione Philosophie commenlum cum exposilione feliciler incipit (Toulouse, 1481, in-fol.}, fol. h. 5 vo. Ce n'est pas le lieu de discuter ici sur l'attribution de ce commentaire qui a justement été contesté à saint Thomas. Cf. Scriptores Ordinis Praedicatorum (Paris, 1719, in-fol.\, t. I, p. 509, notice sur Thomas de Jorz auquelilest quelquefois attribué : « Super Boetium de Consolatione Philosophiae et de doctrina scholarium an commentarii illi sub pomine S. Thomae falso edili? », disent Quétif et Échard. 11 suffit que ces derniers constatent l'existence de manuscrits du commentaire de Boëce sous le nom de saint Thomas. Ils citent un ms. de la fin du xiv° siècle ; il en est de plus anciens, tel ce ms. de la bibliothèque de l'Arsenal n° 910 (fin du xine sicle). On a aussi attribué ce commentaire à Thomas Waleys, dominicain, élevé à Oxford et à Paris, mort en 1350. Cf. le Diclionary of nalional Biography, vol, 59, p. 121. « Thomas Anglicus, auctor commentariorum Boetii », dit l'éditeur du Boëce de la Patrologie latine de Migne, & LXIT, col. 551, n. 2. Dans la version flamande de Boëce, l'éditeur invoque le témoigoage de saint Thomas qu'il ue nomme pas, et dont il reproduit le commentaire : « Alcipiades, as commentator seil, was een so schoon wiif... » (Das weerdich Bouc Boecius de Consolalione Philesophie, Gand, 14%5, in-fol. fol. f. 2b).— La Bibliothèque nationale de Paris possède un très beau manuscrit de cette version, avec miniatures : néerland. 1.— Le commentaire sous le nom de suint Thomas est donné dans l'édition romaine de ses œuvres publiée en 1571, t. XVIII. Au commencement du xvit siècle, Niccolù Cresci de Florence, moine cistercien, avait formellement rejeté J'altribution de ce commentaire à saint Thomas : « commentarii qui falso divo Thomae Aquinali ascribuntur », écrit-il à Antonio Laofredini (Boeru Opera, dans Migne, Patrologia lalina, t. LXIII, col. 870). De nos jours, Charles Jourdain à fait de même. La philosophie de saint Thomas (Paris, 1808, in-8), t. [, p. 96. La question, pour ce qui regarde saint Thomas, se trouve définitivement tranchée ; reste la question d'attribution.

Rectification de Josse Bade. — Hic commentum fecisse superiorem auctorem non dubito : qui quidem ex hystoriis reperire non potuit. Commentus est dicens Alcibiadem fuisse mulierem, cum sexcentis auctoribus constlet fuisse virum longe indulgentissimum et famosissimum, » |

La plupart des traducteurs et commentateurs de Boëce, sur la foi de saint Thomas, prirent Alcibiade pour une femme, et Jean de Meun comme les autres. D'abord dans Le Roman de la Rose. Il est: vrai qu'il a suivi de si près le texte de Boûce, qu'une certaine incertitude plane d'abord sur le sexe d’« Alcipiadès », comme il l'appelle?; mais, lorsque au lieu de citer isolément ce passage, on le replace dans son cadre naturel, c’est-à-dire avec les vers qui le précèdent et qui le suivent, on acquiert bien vile la conviction que Jean de Meun a considéré Alcibiade comme une femme et non comme un homme. L'auteur veul prouver que les femmes n'ont que leur beauté naturelle, et qu'elles se trompent lorsqu'elles s’imaginent se rendre belles en se parant de belles choses, de belles robes, de beaux bijoux. La beautédes bijoux réside en eux et nese communique pas à la femme qui s'en pare *. Et, à l’appui de cette

1. Commentum duplex in Boetium de consolalione Philosophiae (Lyon, Jacques Maillet, 1499, in-fol.), fol. 1 8 ro. ë

2. « Alcipiadès ». Roman de la R., v. 8980. Le ms. de Stockholm des œuvres de Villon donne « Archipvadès », fol. 42 ro de la reproduction en facsimilé ; celui de la Bibl. nat., fr. 20041, fol. 119 « Arthipiadès » (Longnon, p. 190). Le Vincent hystorial, traduit par Jean de Vignay, ms. fr. 50, donne : « Alchibiadès, Althibiadès, Athibiadès », fol, 109 d — 110 a. La forme « Archipiada » que semble avoir adoptée Villon, avait sans doute, à ses yeux, une terminaison plus féminine.

3, Dante, dans son Convilo, a emprunté à Boëce {qu'il ne nomme pas) — peut-être même à Jean de Meun {?) — cet argument de la beauté féminine appliquée à l'excellence de la prose italienne. Il prend la prose, pour sa démonstration, et non la poésie, paree que celle-ci emprunte à la rime, au rythme et à la mesure une beauté extérieure qui l'empêche de se manifester aussi bien que la prose : « Per questo Comento la gran bontà del Volgare di Si si vedrà, perocchè (siccome per esso allissimi e navissimi concetti convenevolmente, quasi come per esso Latino 5i exprimono) la sua virtü nelle cose rimate per le accidentali adornezze che quivi sono connesse, cioè la rima e lo rilmo, o’! numero regolato, non si pus bene manifestare; siccome la bellezza d'una donna quando gli adornamenti dell'azzimare e delle vestimenta la fanno più ammirare che essa medesima : onde chi vuole bene giudicare d'una donoa, guardi quella quando sola sua patural bellezza si sta con lei da tutto accidentale adornamento discompagnala... » Convilo di Dante Alighieri, trattato 1, cap. x (Opere minori, édition Pietro Fraticelli, Florence, 1851, in 8, p. 100. — À rapprocher de ce passage de Daute « Per questo Comento », jusqu'à la fin de ce chapitre x, les quinze derniers vers du chapitre v du

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thèse, Jean de Meun cite l'exemple d’ « Alcipiadès » dont le corps, très beau au dehors, paraîtrait affreux si on en voyait les entrailles. Il ne peut s'agir, en l'espèce, que d'une femme : toute l'argumentation qui précède s'appliquant exclusivement anx femmes, on ne comprendrait pas que l'auteur prît un homme comme argument final de sa conclusion.

Voici d’ailleurs les vers du Roman de la Rose:

Et se nuz homs, pro moi confondre, Voloit oposer ou respondre Que les bontés des choses bonnes Vont bien ès estranges personnes, Et que biaus garnemens font beles Les dames et les damoiseles ; Certes quiconques ce diroit, Ge diroie qu'il mentiroit :

Gar la biautez des beles choses, Soient violetes ou roses, Ou dras de soie, ou flors de lis, Si cum escrit où livres lis, Sunt en eus et non pas ès dames ; Car savoir doivent toules fames Que ja fame jor quele vive, N’aura fors sa biauté naïve:

Et tout autant dis de bonté, Cum de biauté vous ai conté.

Si di, por ma parole ovrir, Qui vodrait un femier covrir De dras de soie vu de floretes Bien colorées et bien netes,

Si Seroit certes li femiers, Qui de puir est coustumiers,

Tesoretlu de Brunelto Latino (édit. Gio. Ballista Zannoni, Florence, 1824, in-8, p. 35, v. 91-106), où l'argumentation est identique, Ce dernier ouvrage présente d'ailleurs avec le Roman de la Rose de sérieuses analogies. [1 débute par un songe, cadre habituel de ces sortes de compositions, et offre, dans l'argumentation de Nature, des réminiscences cotables avec le poème français. — Ce n'est toutefois pas le sentiment de Macette, qui dérive en droite ligac de la Vieille du Roman de lu Rose :

Ma fuy, les beaux habits servent hien à la mine,

dit Macette à la jeune fille, amie du porte. Cf. Mathurin Reoxier, (Œuvres complètes (Paris, 1869, in-16) édition de Pierre Jannet, Satyre XII, p. 106.

Tex cum avant estre soloit ;

Et se nus hons dire voloit,

Se li femiers est lait par ens Defors est il plus biaus parens :

Tout ainsinc les dames se perent, Por ce que plus beles en perent, Ou por leur ledure repondre.

Par foi ci ne sai ge respondre, Fors tant que tel decepcion Vient de la fole vision

Des yex qui parées les voient, Par quoi li cuers si se desvoient Por la plaisant impression

De lor imaginacion,

Qu'il ne sevent aparcevoir

Ne la mençonge, ne le voir,

Ne le sofime devisier

Par defaut de bien avisier.

Mes s’il eüssent yex de lins,

Ja por lor mantiaus sebelins, Ne por sorcos, ne por coteles, Ne por guindes, ne por tocles, Ne por chainses, ne por pelices, Ne por joiaus, ne por devices, Ne por lor moës desguisées, Qui bien les auroit avisées;

Ne por lor luisans supertices Dont eus resemblent artefices, Ne por chapians de flors noveles!, Ne lor semblassent estre beles.

Car le cors Alcipiadès,

Qui de biauté avoit adès,

nn mme © ne ee es mm eee on ho en6 iame-

4. Martin le Franc, daus son ouvrage L'estrif de Fortune et. Vertu, s'est vraisemblable ment rappelé soit Boëce, soit Jean de Meun. « Fortune : — Riche vesture ou bien gente et nouvelle est bien advenant. Vertu. — Soies couvert d'escarlale ou de pourpre, d'argent ou d'or, se dedens u'ez aorné de vertu, tu es tres mal veslu. Fay que on Parle de toy, non pas de ton habit ; houneur ne te parte du do, avecques loy le couche, voire en ton cueur enclos. Car se avec ta robe tu le pends à la Perce, on te le robera, Quand je voy aucuns hommes tous vermolus de vices, richement habilliez, il me souvirut de sepulchres plaisans dehors, puauts dedens... Quant tu veulz priser homme, laisse la robe et le manteau, et regarde que de sov mesmes voult. » Bibl. nat., ms. fr. 1150, fol. 218 vo-219,

2€ LOUIS THUASNE.

Et de color et de feture,

Tant l'avoit bien formé nature, Qui dedans veoir le porroit,

Por trop lait tenir le vorroit.

Ainsinc le raconte Boëce,

Sages hons et plain de proëce,

Et trait à temoing Aristote

Qui la parole ainsine li note;

Car lins a la regardeure

Si fort, si perçant et si dure, Qu'il voit tout quanque l'en li moustre, Ea dehors et dedans tout outre...

Tel est le texte donné par Méon. Si l'on ouvre au hasard quelques-uns des maauscrits du Roman de la Rose (il y en a plus de trois cents), on trouve plus généralement, cette même forme « Alcipiadès », et aussi des variantes, impulables surtout aux copistes.

« Alcipiadès » Bibl. nat., fr. 799, fol. 50 a ; 803, fol. 64 c; 805, fol. 61 bd; 806, fol. 59 4; 2195, fol. 58 d; 2196, fol. 56 a; etc...

« Archipiadès » fr. 804, fol. 62 c..

« Alicip'adez », fr. 19157, fol. 56 0.

« Altipiadès » fr. 801, fol. 54 a.

Toutelois, dans le fr. 802, on lit « Alymprvadès » (fol. 60 a), et dans le 19156 (ms. du xiv° s.) « Alympyalès » pour « Alympyadès » rimant avec « adëès » (fol. 56 }.

Or, ces deux dernières lecons ne sauraient être considérées, ainsi que les variantes précédentes, comme une déformation de « Alcipiadès »; elles sont une vérilable correction faite par des scribes plus altentifs ou plus lettrés, « Alympyadès » n'étant que la forme « Olÿmpiade » {du latin Olinpiadem), OlYmpias, la mère d'Alexandre.

Or, la forme « Olympiadès » se rencontre dans quelques mss. du xive et du xve siècles, et, sans exceplion, dans les imprimés du Roman de la Rose et du Livre de Consolation de Ia fin du x v° siècle el du commencement du xvr.

La suite du Ronan de la Rose par Jean de Meunu élail une œuvre de jeunesse qu'il composa vers 1277. Dans la traduclion

qu'il donna plus tard du De consolatione Philosophiae de Boëce, son dernier ouvrage, avant son Teslament, on remarque que, dans le passage relatif au bel Alcibiade, la forme « Alcipiades », modifiée, ne se rencontre qu'une fois dans les dix-sept manuscrits de la Bibliothèque nationale qui contiennent cette traduction exécutée par Jean de Meun* :

1. Déjà dans Le Roman de la Rose, Jean de Meun exprimait tout le cas qu'il faisait du De consolatione Philosophiae de Boëce qu'il devait traduire plus tard : Qui Boéce de Confort lisent, Et les sentences qui là gisent, Dont grans biens as gens laiz ferait Qui bien le lor translateroit (t H, p. 50, v. 5052-5065).

Peu de philosophes d'ailleurs ont été plus lus, en Europe, depuis le moyen âge jusqu'à Ja fin du xve siècle, que Boëce. On s'en rend compte par le nombre considérable de maauscrits qui en resteut, par les traductions nombreuses qui ont été faites, par les citations dont les écrivains ont aimé à en enrichir leurs écrils, et par l'influence cousidérable que l'ouvrage de Boëce a exercée sur l'esprit de plusieurs générations successives. Jean de Meun en a particulièrement subi l'iufluence, et en dehors des nombreux endroits où il se l'est rappelé, on peut citer 2100 vers (5558-7643) comme imilés par lui d’une façon directe ou indirecte du De consolatione Philosophiae (cf. LaxaLois, Les origines el les sources du Roman de la Rose, pp. 136-138, et 95). Aussi s'explique-t-on mal cette parole de Dante dans son Convilo (composé en 1803), où il prélend que peu de gens connaissent le De consolalione Philosophiae : « Misimi a legger quello non conosciuto da molti libro di Boezio. » Convito, traltalo 11, cap. xin (Florence 1857, ia-8), p. 161. — Dante, pour se consoler de la mort de Béatrice, s'était mis à lire le De Amicilia de Cicéron et le De Consolalione l’hilosophiue de Buëce. Les manuscrits du De Consolalione Phylosophiae de Boëce sont particulièrement nombreux en Italie ; il est vrai qu'ils datent la plupart de la seconde moitié du xive siècle ou du xv° siècle, La Bibliothèque nationale de Paris en possède trois de celte dernière époque. Dans deux de ces manuscrits, Alcibiade est pris pour une femme : « ... Certo el corpo di Alcipiades laquale fo donna lanta nominata de belleza.,, x Ital. 906, fol. 39 r. — Même leçon, avec graphie différente, dans l'Ital. 2021, fol. 41 r. Dans l'Îtal. 439, le nom d'Alcibiade est donné dans la glose, mais de telle façon qu’il y a doute sur son sexe (fol. 53 v.). — Dans la traduction catalane du dominicain Antonio Genebreda, Alcibiade est également pris pour une femme « una Lella fembre qui era havol de son cors, appel. lada Alcipies ». Esp. 474, fol. 63 c (xv° siècle). Cetle presque unanimité dans l'erreur résulle, à n'en pas douter, du commentaire de saint Thomas, de celui, du moins, publié sous son nom,

2. Les mss. de la traductiou en prose et.de celle en vers mélés de prose du De consolalione Philosaphiue présentent cette étrange particularité d'en attribuer unanimement dans le Prologue la translation à Jean de Meuv, alors qu'ils différent entre eux, duns le Lexte, d'une manière sensible. Cf. L. Deusue, Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XX XIV (1873), p. 5; Paul Meven, Romania, t. Il (4873), pp. 271-273 ; P. Paris, Iisloire lilléraire de la France, t. XX VII (1881), pp. 391 et syq. Le véri-

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Fr. 17,272. « Alcepiade qui avoit la plus belle fourme du monde » (fol. 69 c).

Au contraire, la lecon « Olimpiades », vu des variantes de celleci, est donnée dans les mss. suivants :

Fr. 1,949. « Qui verroit les entrailles de Olimpiades qui avoit la plus belle forme du monde » (fol. 47 vo). |

Fr. 1,541. « ... et veoit les entrailles de Olipiades, la plus belle femme du monde ne sembleroit elle trés laide » (fol. 17 v°, non folioté) ; fr. 1,099. « Qui verroit dedens les entrailles de Olispiade qui avoit la plus belle forme du monde... » (fol. 246 vo). Mème lecon dans les mss. fr. 12,238, fol. 101 ; 17,080, fol. 123 ; 1,092 (fol. 47 vo); 1,110 (fol. 51 ve); « Lespiade » dans fr. 575 (fol. 53 b); fr. 1,093 (fol. 45 ve); dans le fr. 1,652 (fol. 37 vo); 25,417 (fol. 68); « Arispiades » dans lat. 6,643 (fol. 147); dans le fr. 1,728 « Elispia » (fol. 246 vo) ; dans le fr. 1,948 « Cloppiades ». Le passage manque dans fr. 1,947 et 24,231. |

Ces remarques faites, on est porté à conclure, ou bien que Jean de Meun fut averti de l’erreur qu'il avait commise dans son Roman de la Rose en faisant d’Alcibiade une femme, ou bien qu'il se sera lui- même aperçu de sa méprise, et qu'il aura substitué, dans sa traduclion de Boëce « Olympiades » à « Alcipiades ». « Alcepiade » figure dans le seul ms. fr. 17,272 ; tous les autres mss. donnent des formes plus ou moins altérées d” « Olympiades » du fr. 1,949. Ainsi donc, du temps même de Jean de Meun, cetle correction, qu'elle soit imputable à lui ou à un autre, se trouvait déjà implicitement faite. Elle ne pouvait d’ailleurs tarder à se produire; et Jean de Vignay, dans sa traduction du Speculum hisloriale de Vincent de Beauvais, faisant allusion au présent passage du De consolatione Philosophiae de Boëce, ne manque pas d’affirmer le sexe masculin d’Alcibiade. Dans d’autres publications contemporaines, telle que la traduction par Laurent de Premicrfait Des cas des nobles hommes de Boccace, où sont consacrés un chapitre du livre IT au « duc Alcibiade », et le chapitre VITI du livre IV à Olympias, mère d'Alexandre, la mème conclusion se dégage. Dans une autre traduction anonyme du même ouvrage, le passage qui concerne

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tuble texte de Jean de Meun, se trouve en dernière analyse, dans les mes. suivants de la Bibliothèque nationale : lat. 6643 ; fr. 575 ; 1092; 1093 ; 1099 ; 1110 1 ; 1541 ; 1652; 1728 ; 1947 ; 1948 ; 1919 ; 12238 ; 17030 ; 13272, 24231 ; 25417.

Alcibiade se trouve concurremment avec celui qui contient « l'istoire de Olimpiade qui fut royne de Macedoine ».

De même, si l’on prend'’la traduction anonyme française des Triumphes de Pelrarque, et qu'on se reporte au passage où Alcibiade est cité, on voit que le traducteur-glossateur non moins que Pétrarque lui-même se sont bien gardés de prendre Alcibiade pour une femme ; pareille constalation s'observe dans la traduclion du Valère Maxime de Simon de Hesdin (Bibl. nat., fr. 46, fol. 185 b, liv. III, chap. 65), et dans d’autres ouvrages qu’il est inutile de citer. |

Voici d'abord le passage de Jean de Vignay. Après avoir parlé de la fuite d'Alcibiade auprès de Darius « à Tisaphernem prevost du roy d’Aires », Jean de Vignay fait la remarque suivante : « Cestuy est Alchibiades duquel Boëce raconte ou livre de Consolalion que Aristote avoit dil que se aucun avoit les yeulx si tres clers et si fors qu'il peust clerement veoir et regarder les entrailles de corps humain, et il veist icellui corps de Alchibiades qui estoit tres bel par dehors, il le verroit estre let par dedans. » (Bibl. nat., fr. 50, fol. 109 4-110 a). Il est fâcheux que Jean de Vignay, que nous retrouverons plus loin à l’occasion d'un passage de Villon, n'ait pas saisi l’occasion qui s'offrait à lui pour redresser l'erreur entretenue par plusieurs de ses contemporains et de ses devanciers, ainsi qu'’allait le faire, en Italie, quelques années plus tard, Benvenuto d'Imola". |

{. Benvenuto d'Imola, dans son Célèbre commentaire de Dante, commentaire dont la rédaction est contemporaine de l'année 1379, écrit au sujet du mot « lonza » (Inferno, I, 32):

« Ed ecco, quasi (1, 31). — Ista est tertia pars generalis in qua autor ostendit quomodo sibi ascendenti ad montem virtutis occurrunt tres ferae revocantes ipsum a tam bono proposito, scilicet : Lontia, Leo et Lupa. Sed ad aperiendam viam, primo, quaero quae fera sit ista lontia. Ad cujus intelligentiam vel cognitionem est subtiliter praenotandum, quod tria sunt animalia praecipue habentia pellem variis maculis distinctam, scilicet lynx, sive lynceus, qui vulgariter d'cilur lupus cerverius, pardus el pauthera. Modo dico quod per lontiam autor potest intelligere lyncem, per quam figurat luxuriam ; une Virglius in simili describens habitum Veneris dicit

Subeinctam pharetra et maculoso tegmine lyncis.

Per quod dat intelligi quod luxuria conaistit in pelle, quia in apparentia pulchritudinis exterioris. Unde et Boelius in lertio loquens de ista pulchritudine superficiali : si homines lynceis oculis ulerentur, illud Alcibiadis corpus superficie pulchrum, turpissnum videretur. Fuit autem Alcibiadis Atheniensis inclitus dux et philosophus,

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La distinction n'est pas moins probante dans la traduction de Laurent de Premierfait. « Le vne chapitre contient le cas de Alcibiades, duc et seigneur d'Athènes, et commence en lalin: Alcibiades... — Affin que en peu de paroles je compreigne plusieurs tiltres et louenges que nature et fortune donnerent au duc Alcibiades, je dis premièrement qu'il fut nez d’Athenes, et entre ceulx de son païs, il fut noble de lignée, bien façonné de corps. Et devant tous autres hommes de son temps, il fut noble et vaillant guerroieur. » (Liv. III, chap. vu), Bibl. nat. fr. 127, fol. 98b. « Le vine chapitre contient le cas de Olimpias, royne de Mecedone et mere du grant Alexandre, et commence en latin : Mon solum... » (Liv. IV, chap. vin), fr. 127, fol. 1304. (Cf. éralement la traduction anonyme du mème ouvrage, fr. 132, fol. 154, 724; fr. 133, fol. 65a). Je termine ces citations qu'il serait facile de multiplier, par le passage du Triumphe de la Renommée.

L'acteur :

Et Alcibiade che si spesso Athena, Come fu so piacer, volse et rivolse Con dolce lingua et con fronte serena.

Comment. :

Alcibiades d'Athenes ne se demontra pas seullement estre très cler orateur, mais insigne philosophe et très prestant capitaine et

pulcherrimus corpore, ut patet per Valerium, Justinum, Jeronimum, Auguxlinum, et alios multos, licet quidam per errorem dicant quod fuerit foemina formesissima meretrix. Sed de hoc non amplius ad praesens, quia impertinens est nostro proposito. » Benvenulti de Rambaldis de Imola Commentum super Dantis Aldigherii Comoediam, nunc primum integre in lucem edilum sumplibus Guilelmi Waren Vernon, curante Philippo Lacarra (Florence, 1887, 5 vol. in-8e), t. 1, p. %3. La Bibliothèque nationale de Paris possède le texte latin de Benvenuto d'Imola dans l'ital. 77 (xve s.), fol. 4 c, et la traduction italienne de ce même texte, ital. 78 (xv° s.), fol. 4 b. L'éditeur, P. Lacaita, n'a pas conou ces deux mss. Cf. Lucien Auvrav, Les manuscrils de Dante des Bibliothèques de France (Paris, 1892, in-8o), pp. 98 et sqq. (fascicule LVI de la Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome). — Parlant de la chute du Capitole, Benvenuto écrit cette digression :« Sed pro dolor ! Istud somptuosum opus destructum et prostratum est de auno praesenti M.CCC.LXXIX (1379) per populum romanum. » T. Il, p. 8 (cantus XVI). 11 convient de rappeler que M. Paget Toynbee avait publié le passage relatif au bel Alcibiade dans l'Afhenaeurm (december 24) de l'année 1898, p. 898. On doit au mème savant une intéressante étude sur Benvenuto d'Imola : Benvenulo da Imola and his Commentary on the « Divina Commedia » publiée dans : An english Miscellany presented to Dr. Furnivall in honor of his seventy-fifth birthday (Oxford, 1901, in-&o), pp. 436-461.

fort en fait d'armes, lequel par sa grande et singuliere vertu contracta et acquist assez plus d'ennuis que de grace envers la chose publique... » (Bibl. nat., fr. 223, fol. 229b).

On le voit, si l'erreur dans laquelle tomba d’abord Jean de Meun fut commune à plusieurs de ses contemporains et de ses successeurs, il y eut de nombreuses exceptions ; mais, comme toutes les erreurs, celle-ci mit un fort long temps à disparaître ; c’est ainsi qu’au x vi° siècle le célèbre chanoine de Valenciennes, Jean Molinet, reproduira la fausse allégation qui avait échappé au collaborateur de Guillaume de Lorris.

Si maintenant on ouvre les imprimés du Roman de la Rose, on constatera que la forme « Olimpiadès » y figure partout et toujours. Les éditeurs avaient donc implicitement reconnu la méprise qui avait si longlemps prévalu, et contre laquelle venait de protester en dernier lieu, l'illustre érudit et humaniste, le flamand Josse Bade.

En effet, dans l'édition de Nicolas Du Pré (avec la marque de Jean Petit), on lit :

Car le corps OHmpiades

Qui de beauté avoit adès

Et de couleur et de facture, Tant l’avoit bien faicte nature, Qui dedans veoir le porroit

Pour trop lait tenir le vourroitt.

Vérard, dans son édition parue vers 1500, dit la même chose :

Car le corps Olimpiadès..... 3

De même Clément Marot ;

Car le corps d'Olimpiadès

Qui de beaulté avoit a dès

Et de couleur et de facture,

Tant l’avoit bien faicte nature, Qui par dedans veoir la pourroit Pour laide tenir la vouldroit.

Ainsi (nous) le racompte Boece 3.

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