Bibl, nat., fr. 578, fol. 33 b
suivant, Molinet, dans Le Roman de la Rose moralisié cler el net, translalé de rime en prose (Paris, 1521, in-fol.), au chapitre xLit intitulé : « Comment la femme pompeuse d'habitz est comparée à l'ame pecherresse despouillée de son corps »,écrivail : «Car se le corps Alcipiadès qui tant avoit de beauté naturelle, de couleur, de facture et de forme se povoit veoir par dedans, il seroit tenu tres lait, comme Boëce le recite. » (Fol. 47*). Mais, si peu explicite que soit ce passage pris isolément, il n’est pas douteux, et par le titre du chapitre et par le contexte, que Molinet, influencé par le pseudocommentaire de saint Thomas, et oublieux de la protestation de son compatriote Josse Bade, prenait « Alcipiadès » pour une ferme. Clément Marot était éralement de cette opinion; car autrement, dans l'édilion qu'il donnait en 1533 des œuvres de Villon, il eût accompagné d'une note explicative ou rectificative le nom d’ « Ar- Chipiada! ». Il est vrai qu'il ne reconuaissait sans doute pus cette dernière sous le nom d’eOlimpiadès » qu'il avait imprimé pourtant dans son édilion du Roman de la Rose.
Echo parlant quand bruyt on maine.
Les amours « d'Equo » et de « Narcisus » sont rapportées tout au long dans le Roman de la Rose : c'est là, vraisemblablement, comme aussi dans les Métamorphoses d'Ovide, que Villon avait pris pour sa Ballade des daines du temps jadis
Equo une haute dame...
et dont les aventures lui inspiraient au moins une réminiscence qui a élé relevée plus haut. Ailleurs, dans Le dil de la naissance Marie d'Orleans, Villon fait de nouveau allusion à la « belle Echo » dans le 1x° huilain. |
Où est la tres sage Helloïs Pour qui fut chastreé et puis moyne
1. Les œuvres de Françoys Villon de Paris, revues et remises en leur entier par Clement Manor, valet de chambre du Roy (Paris, Galiot du Pré, 1533, in-8e), p. 27 (Bibl. nat. Rés. Ye 1,297). De mème Huet, l'ancien possesseur de cet exemplaire, n'a mis en marge aucune annotation à cet endroit. — Indépendamment de ces notes, Huet a rédigé un chapitre sur Villon : Hueliana, ou pensées diverses de M, Iluel, evesque d’Avranches |Paris, 1322, in-12), pp. 58 et sqq. L'abbé d'Olivet est l'éditeur de cet ouvrage.
34 LOUIS THUASNE.
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour ot cest essoyne.....
Ces quatre vers sont tirés du récit des amours d'Héloïse et d'Abailard rapportés dans le Roman de la Rose.
Après avoir raconté qu'à la suite de leur mariage, Héloïse avail
été D’Argenteil nonain revestue, (t. II, p. 214, v. 8832)
Jean de Meun poursuil, assez cyniquement :
Fu la couille à Pierre tolue
A Paris, en son lit, de nuis,
Dont moult ot travail et ennuis,
Et fu puis ceste mescheance
Moine de saint-Denis en France .....
(T. II, p. 214, v. 8633-8537.)
On le voit, ces cinq vers de Jean de Meun sont exactement la matière qui entre dans les quatre vers de Villon.
Quant à l'épithète de « sage » appliquée à Héloïse. elle s'explique suffisamment par les conseils, inutiles d'ailleurs, qu'elle avait donnés à son amant pour le dissuader de l'épouser, prévoyant — comme le prouva l'événement — tous les malheurs et tous les chagrins que cetle union entraînerait après elle. L’épithète de « sage », dans les soixante-douze vers où ce récit est rapporté, ne figure qu'une fois, et s'adresse à la femme, en général (vers 8811), mais non à Héloïse. Il est probable que Villon l'avait empruntée à la traduction des lettres d'Héloïse et d'Abailard de Jean de Meun.
1. Dans sa traduction des lettres d'Héloïse et d’Abailard, Jean de Meun s'exprimera avec plus de réserve : « ilz me tolirent icelle partie de mon corps, par les quelz je avoye forfait, et dont ils se plaignoient. » Bibl. nat., fr. 920, p. 21. — Il faut lire dans Molinet les rapprochements insensés que lui suggèrent l’histoire des amours d’Héloïse et d'Abailard. La « moralité », lorsqu'elle n'est pas cynique et obscène, comme dans la symbolisation d'Héloïse, est des plus bouffonnes. Un exemple. Après avoir dit qu’ « Heloys se rendit nonnain professe au monastere d'Argentueil », il poursuit : « Or est Argentueil une très grosse abbaye plaine de femmes de toutes tires et sans non sans cause ; car toules femmes ont l'œil à l'argent, pour ce se nomme l'abbaye d'Argentueil. Vous ÿ trouverez cloistrieres trop trotieres, fort rebelles non trop belles, de soeurrettes non seureltes, et nonuettes trop non nettes... » Le Romant de la Rose moralisié..., chap. XLIL, fol. 46 c. I était temps que Rabelais vint tenter de remettre dans le droit chemin nos rhétoriqueurs dévoyés.
Dans celle traduction, qui ne nous est conservée que dans un manuscrit du xiv° siècle’, le nom d'Héloïse, en effet, est presque toujours accompagné de l’épithèle « saige ».
€ Or conclut son propos la saige Heloys en eschivantle mariage » (page 19). — « Exposé et descent à son propos la saige Heloys et monstre à Abaaelart que c'estoit vraye amour et loiaulx dont elle l’aimoit... » (p. 65). — Or rescript la saige Heloys et dit, » (p. 79). — « Cy apres recommance à parler Abaaelart à la saige Heloys. » (p. 92) etc. — Quant À Jean de Meun, il est tellement gagné à l'excellence des arguments développés par Héloïse pour détourner Abailard de l'épouser, qu'il écrit en note : « Oncques femme ne parla plus saigement?. » (p. 9).
Enfin, — dernier trait à noter, — Héloïse était belle. Ce caractère de beaulé, dans l'évocation de Villon, est comme l'apanage constant et nécessaire de ses héroïnes; on verra qu'il ne fait défaut à aucune d'elles (cf, SUPPLÉMENT, 11). Pour ce qui est d'Héloïse, Abailard, dans sa première lettre, nous dit que de même qu'elle n’était pas la dernière pour le visage, elle était la première pour la science *, Maïs il ne faut voir, dans ce style précieux et alambiqué, qu'une litote ; d'ailleurs, dans la traduction des lettres d'Héloïse et d'Abailard, de Jean de Meun, la seule vraisemblablement qu'ait connue Villon, l'épithète de « belle » est attachée à son nom. « Or porte la belle Heloys habit de nonnaïin pour son mari. » (p. 20).
La royne Blanche comme lis Qui chantoit à voix de seraine...
Avec un art exquis, Villon évoque une reine : quelle reine? la reine « blanche comme lis ». A-t-il voulu désigner Blanche de Castille, en jouant, comme il se plaît souvent à le faire, sur le double sens de « blanche » qui, au moyen âve, signifiait à la fois