‹ François Villon et Jean de MeunChapitre 16 sur 41 · LES REGRETS DE LA BELLE HEAULMIERE · texte numérisé non relu

LES REGRETS DE LA BELLE HEAULMIERE

Villon, dans ce poème où il dépeint avec un réalisme si puissant el un art si achevé les splendeurs de la femme en son printemps, el les déchéances lamentables de sa beauté en son hiver, suit de près un passage du Roman de la Rose où La Vieille rappelle tristement sa Jeunesse évanouie, ses malheurs et sa présente décrépitude. Non seulement il emprunte au célèbre Roman le fond mème du sujet, mais il lui prend encore certains trails, certaines images,— notamment dans le portrait de Vieillesse, — qu'il a utilisés au cours de sa description. Dans l'impossibilité de reproduire le discours de La Vieille, à cause de sa dimension, je ne cilerai que les passages qui appellent surtout la comparaison, ainsi que les traits topiques qu'on relève chez Guillaume de Lorris et chez Jean de Meun. Mais pour avoir le sentiment exact de l'immense supériorité de Villon sur ces derniers, il importe de lire dans le lexte même l’interminable discours de La Vieille où se rencontrent certes d'excellentes choses, mais qui perdent beaucoup de leur effet, noyées qu'elles sont dans le flux intarissable de paroles de cette dernière : au contraire, dans Villon, le tableau est d'une netleté parfaite, d'un relief saisissant, avec un large fond de sympathie humaine et féminine, le tout délicicusement nuancé de mélancolie :

Tollu m'as la haulte franchise Que beanité m'avoit ordonné Sur clerc, marchans et gens d’Eglise :

Car lors, il n’estoit homme né Qui tout le sien ne m'eust donné, Quoy qu'il en fust des repentailles, Mais que luy eusse habandonné Ce que reffusent truandailles.

1. L’Apostole (le pape) est également cité, € 11, 337 v. 11, 291; 11, 302; 1. INT, p. 336, v. 11, 268; p. 337, v. 11, 294; 11, 302, etc,

« À maint homme l’ay reffusé, Qui n’estoit à moy grant sagesse Pour l'amour d’ung garson rusé, Auquel j'en faisoie largesse.

À qui que je feisse finesse,

Par m'ame, je l'amoye bien !

Or ne me faisoit que rudesse, Et ne m’amoit que pour le mien.

« Si ne me sceut tant de trayner,

Fouler au piez, que ne l'aimasse,

Et m'eust il fait les rains traynebr,

Si m'eust dit que je le baisasse,

Que tous mes maulx ne l’oubliasse.

Le glouton de inal entecbié, M'embrassoit… J'en suis bien plus grasse !

Que m'en reste il? Honte et pechié.

« Or il est mort, passé trente ans,

Et je remains viclle, chenue.

Quant je pense, lasse ! au bon temps, Queile fus, quelle devenue...

« Qu'est devenu ce front poly,

Ces cheveux blons, sourcilz voultiz, Grant entroeil, le regard joly,

Dont prenoie les plus soublitz ;

Ce beau nez droit, grant ne petiz!; ces petites joinctes oreilles,

Menton fourchu, cler vis traictiz, Et ces belles levres verineilles.

1. Gaston Paris, qui n'avait pas remarqué que tout ce passage reproduit presque littéralement les paroles de La Vieille du Roman de la Rose, a proposé de lire ainsi

ce vers:

Ce beau nez droit et bien faitiz.

en suivant la leçon du ms. itoujours digne, dit-il, d'une attention particulière, — Romania, t. XXX, p. 367). Mais le rapprochement avec les vers de Jean de Meuo établit que la leçon des trois mss. À C L''Longoon, p. 19%) doit lui être préférée :

Ce beau nez droit grant ne petiz qui est la reproduction visible de celui de Jean de Meun :.

le nez tretis, Qui n'eëet trop grans ne trop pelis...…..

«cf. plus loin ce passage, p. 135).

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