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Le meilleur moyen, à défaut de documents précis, pour se renseigner sur la cullure générale d'un écrivain et sur le choix de ses lectures, et pour saisir sur le vif ses habitudes de style, est de chercher à remonter aux sources qu'il a utilisées pour la composition de ses ouvrages. On arrive ainsi avec quelque certitude, à faire le départ de ce qui lui appartient en propre et de ce qu'il doit à autrui. Indépendamment de la langue qu'il parle et des idées -qui lui ont été transmises et au milieu desquelles il vit, et qui fatalement doiwnt se refléter dans sou œuvre, il en est d’autres qu'il a acquises dans Son commerce avec le passé, et qui exercent également leur action sur l'expression de ses sentiments et de ses pensées. Villon, malgré toule l'originalité et la spontanéité de son heureux génie, n a pas échappé à cette loi commune ; et l'on relève dans ses vers, d'une inspiration pourtant si primesaulière, des influences littéraires certaines. Parmi celles-ci, il n'en est pas de plus marquante que celle du Ronan de la Rose, à la lecture duquel il semble s'être tout particulièrement adonné. L'œuvre de Guillaume de Lorris et de Jean de Meun est celle qu'il connaissail le mieux ; et l'attrait que ce dernier, le principal collaboraleur de cetle œuvre fameuse, paraît avoir exercé sur lui, l’incila sans doute, malgré son peu d'inclination naturelle pour l'étude, à lire ses autres ouvrages, son
1. « Car de lire je suis fetart », dit-il au début du Grant Teslament.(G.T., v. v. 36). « Plaignant » le temps de sa jeunesse, il constate mélancoliquement que
Allé s'en est, et je demeure, Povre de sens et le savoir. (G. T. xxin, v. 477 178).
Plus loin, il déplore sa vie dissipée :
Hé Dieu! se j'eusse eetudis Ou temps de ma jeunesse folle...
Mais quoy ? je fuvoie l'escolle ,. (G.'T. xxvi, v. 201-2602, 205),
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2 LOUIS THUASNE.
Trésor, son Testament et son Codicille', de même que sa traduction des Leltres d'Héloïise et d'Abailard, celle de Vegèce et du livre de Confort de Boëce. | L'influence du Roman de la Rose sur les écrivains qui se sont succédé, en France, depuis son apparition jusqu'au xvue siècle, est incontestable. Ce roman, lu avidement par plusieurs générations, a entraîné toutes les intelligences, souvent à leur insu, dans le courant de sa critique frondeuse et galante, érudite et philosophique, lyrique et didactique, qui caractérise, à des titres divers, la littérature des siècles suivants. Cette influence est particulièrement sensible chez Villon et se manifeste sous deux formes : la première qu'on pourrait appeler une influence d'ensemble et qui se rattache à des idées communes sur l'Amour, la Mort, la Fortune, à des traits de salire contre les moines et les femmes, à des considérations sur le néant de la richesse, de la puissance et de la beauté, à des regrets sur la fuite du temps, mais qui, par leur caractère même, sont plus appréciables à la lecture et à l'exposition orale que démontrables par l'analyse écrite; toutes idées d'ailleurs traitées avant Villon et après lui, mais qu'il a su par son talent essentiellement personnel rendre originales et neuves; — l'autre faite de détails, et qui se décèle par l'expression d'idées similaires, par la structure particulière de la phrase où elles sont exprimées, et par le choix des mots qui la rendent. La juxtaposition des textes, en ce dernier £as, suffit pour faire ressortir soit les réminiscences voulues, soit les coïncidences forluites, soit l'emprunt direct. Ainsi comprise, cette étude, malgré la simplicité des moyens, conduit à des résultats qui méritent de fixer l'attention. Elle permet de marquer ce dont Villon est redevable, par le moyen du Roman de la Rose, à l'antiquité et au moyen âge. A l'antiquité, on verra qu'il doit peu de choses : sa connaissance d'Ovide procède bien moins de l'original latin que.du célèbre roman auquel le poète de L'Art d'aimer, par la nature même du sujet, fournit l’appoint principal. Quant au moyen àge, les idées confuses que Villon y a puisées proviennent d’autres sources, et émanent presque exclusivement de chansons de geste parvenues jusqu'à lui plus ou moins altérées dans des traductions en prose ou par des traditions orales.
1. Comme l'a remarqué Ga-:ton Paris, le titre de Testament et Codicille qui figure en tête des anciennes éditions de Villon, a,très vraisemblablement été mis en imitation du Testament et Codicille de Jean de Meun. Cf. Romania,t. XXX (1901), p. 355, n. 1.
11 doit davantage à son époque, et Alain Chartier, qu'il nomme dans ses vers!, peut revendiquer l’honneur d'avoir, dans une certaine mesure, influé sur quelques parties de son œuvre, les moins bonnes, à vrai dire’. Le théâtre d'alors, avec ses Mystères où l'horrible se mêle au bouffon et le grolesque au tragique, a également sa part dans l'expression de sa poésie, tour à tour enjouée et grave, mélancolique et comique, cynique et chaste, toujours humoristique, et frappée à son coin. Mais le plus net de ses emprunts, si l'on peut appeler de ce nom les impressions mulliples qu'il a prises dans les différents milieux où il a fréquenté, il les a faits à son propre cœur, et à cette faculté puissante et évocatrice de peindre en traits éclatants et profonds les notations les plus fugitives de sa pensée et de donner une forme concrète et tangible aux conceptions de sa fantaisie. On verra d'ailleurs avec quel tact, et quel sentiment exact de la mesure, Villon s'approprie certains traits de son confrère du xim!° siècle, et comment il sait presque toujours échapper aux défauts qu'on remarque en ce dernier, à sa prolixité souvent fatigante, à ses énuméralions sans mesure, et cela — au milieu de beautés très réelles. D'ailleurs la forme même de sa poésie prémunissait Villon contre ces abus ; mais toutes ces qualités qui portent si haut le mérite de son œuvre ont été jugées ailleurs? et appréciées excellemment : il n’y a pas lieu d’y insister ici. |
J'ai suivi, dans cette étude, l'édition de Méon pour le Roman de