‹ François Villon et Jean de MeunChapitre 24 sur 41 · Tele la mere fnt, et teles Les filles furent et seront · texte numérisé non relu

Tele la mere fnt, et teles Les filles furent et seront

écrit, dans son Champion des Dames, Martin Le Franc qui connaissait fort bien le Roman de la Rose (Bibl. nat., fr. 12,476, fol. 30vv). On relève de nombreux proverbes dans ce dernier ouvrage (cf. t. 1, Table des matières, p. 112); de même dans Villon’ sans compter sa Ballade des Proverbes, dans laquelle, tout en sacrifiant au goût de 500 temps, il a su très heureusement condenser l'esprit populaire :

Il n’est bon bec que de Paris,

dit-il dans le refrain de la Ballade des femmes de Paris (G. T. v. 1522).

Voici d'abord le passage en question du dialogue du Cuer et du Corps de Villon :

— D'out vient ce mal — Il vient de mon maleur.

Quant Saturne me feist mon farfadet, Ces maulx y meist, je le croy.

— C'est foleur :

Son seigneur es, et tu tiens son varlet.

Voy que Salmon escript en son rolet :

« Homme sage, se dit-il, a puissance Sur les planetes et sur leur influence !.»

— Je n’en croy rien; tel qu’ilz m'ont fait seray. — Que dis tu?

— Dea.

— Certes, c'est ma creance.

Plus ne t’en dis. , — Et je m'en passerai ?.

1. La pensée prêtée ici à Salomon par Villon est de Ptoléinée : « Vir bonus dominabitur astris. » Cf., à ce propos, une note de mon édition des Epistole el orationes Gaguini (t. IT, p. 27, n. 12). — Villon met ce dicton dans la bouche de Salomon, non qu'il croie pour cela que Salomon en soit l'auteur, mais par oppasition à Salurne cité dans le même dizain. En même temps, il semble oublier qu'il parle de Saturne, planeta malivolus et infortunatus au dire des astrologues {Petri de Arriaco Traclatus de legibus et sectis contra superstiliosos astronomos, dans GEersoN, Opera, Anvers, 1706, in-fol., t. 1, col. 781), pour ne se rappeler que Saturne, le parodiste, qui daus les dialogues avec Salomon, donne la réplique à ce dernier. On sait la très grande popularité qu'eurenlt en Europe, au moyeu âge jusqu'au milieu du xvie siècle, les Dialogues de Salomon el de Marcoul ‘ce dernier s'identifie avec Saturne). Dans ces dialogues, aux sages paroles de Salomon, Marcoul répond soit par des truismes, soit par des plaisanteries, soit par des obscénités. Cf, l'ouvrage de John M. Keusus, Anglo-saxon Dialogues of Salomon and Saturnus ;Londres, 1818, in-8o}, XIVe volume de l’Aelfric Society ; pour la branche allemande, Voar, Die deustchen Dichlungen von Salomon und Markolf (Halle, 1880), in-80: Alessandro Wessecorski, Neue Beilräge zur Geschichle der Salomonsage dans l'Archiv für slavische Philologie, VI, pp. 566 et sqq. — De même que Vilion, Rabelais, en mettant dans la bouche de Spadassin cette phrase : « Qui ne s’aventure, n'a cheval, ni mule, ce dit Salomon », et cette répartie dans celle d'Échephron : &« Qui trop s'aveuture perd cheval et mule, respondit Malcon » (1, 33), ne prétead pas citer une parole de Salomon; mais les dialogues de ce dernier avec Marcoul étant essentiellement populaires, il met — sûr d’être compris de son lecteur — les susdits proverbes sous le patronage « de ces deux types contradictoires de la sagesse des nalions. » {G. Paris, Lu lilt. fr. au moyen äge, Paris, 1888, S 103; Keusre, Anglo-saron Dialoques of Salomon and Saturnus, p. 81).

2. Sur la lecture de ce Débat , cf. Romania, t. XXX (1901), p. 382.

14 LOUIS THUASNE.

De l'immense exposition de Nature qui constitue une espèce d'encyclopédie !, il suffira de citer ces extraits.

L'homme, dit Nature, jouit de son libre arbitre, et il est la propre cause de sa « mesaise » :

Il n'est hons, de ce ne dout mie,

S’il ne set par astronomie

Les estranges condicions, |

Les diverses posicions :

Des cors du ciel, et qu’il regart

Sor quel climat il ont regart,

Qui ce puisse devant savoir

Par science ne par avoir.

Et quant li cors a tel poissance

Qu'il fait des ciex la destrempance,

Et lor destorbe ainsinc lor euvre, Quant encontre eus ainsinc se queuvre, Et plus poissant, bien le recors,

Est force d’ame que de cors :

Car cele meut le cors et porte,

S'el ne fust, il fust chose morte.

Miex donc et plus legierement

Par us de bon entendement

Porroit eschiver Franc- Voloir, es Quanqu'ele puet faire doloir, ‘ N'a garde que de riens se duelle,

Por quoi consentir ne s'i vuelle,

Et sache par cuer cette clause,

Qu'il est de sa mesaise cause.

Foraine tribulacion

N'en puet fors estre occasion ;

N'il n'a des destinées garde,

Se sa nativité regarde,

Et cognoist sa condicion,

Que vaut tel predicacion ?

Il est sor toutes destinées

Ja si ne seront destinées...

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